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Ce mois-ci, Monique BERNARD

07 21 monique bernard

Biographie

Monique a été une autrice non meusienne invitée dans la bibliothèque du site de PLUME. Pour découvrir sa biographie et sa bibliographie, nous vous proposons de vous rendre sur sa page archivée en cliquant sur ce lien.


Ecriture

« Agacée depuis longtemps par une habitude française, dont même la plupart des femmes de ce pays n’ont pas conscience, j’ai décidé de prendre la plume pour illustrer cette misogynie héritée de l’époque napoléonienne. Aux lectrices (et lecteurs) d’en juger. »

Au nom de la femme
ou
les tribulations d'une Française en Europe

(Partie III sur IV)

À mon retour en Allemagne, le jugement de divorce définitif n’étant toujours pas là, et comme j’en avais assez de cette double identité, je m’adressai à une autre banque pour demander une ouverture de compte et je présentai ma carte d’identité. Comme on ne me connaissait pas, on fit confiance à mes papiers. Nul ne savait que j’étais une femme divorcée et que je m’étais appelée un moment d’un autre nom. Ce n’était pas plus difficile que ça ! Je ne pus pas fermer tout de suite mon ancien compte à la première banque, car j’avais souscrit un crédit pour l’achat de mon appartement. Ainsi j’ai conservé pendant quelques mois deux comptes en banque sous deux noms différents. Un escroc ne ferait pas mieux ! Alors, un conseil : si un jour il vous arrivait de changer de nom, changez aussi de fournisseurs, ceux qui ne vous connaissent pas vous feront confiance. D’ailleurs, je ne voulais pas tromper, au contraire, mais on devient parfois suspect en croyant être honnête.

Les choses finirent par s’apaiser. Le jugement de divorce arriva et me permit de régulariser le problème du nom à l’état-civil. Je pus alors le communiquer à mon employeur, mes assurances, mon ancienne banque, ma caisse de retraite, et à toutes les institutions concernées. J’eus un nouveau permis de conduire et tout rentra dans l’ordre. Je m’étais habituée à porter à nouveau ce nom qui avait été le mien les vingt-cinq premières années de ma vie.

Mais quelques années plus tard la question se reposa lorsque mon nouveau compagnon et moi décidâmes de nous marier. Entre-temps une nouvelle loi avait été promulguée, qui permettait au couple marié – comme je l’ai expliqué plus haut – de choisir comme nom de famille celui de l’un d’eux. En plaisantant je demandai à mon futur conjoint s’il souhaitait adopter mon nom que j’étais disposée à lui offrir. Ce à quoi il me répondit sur le même ton de plaisanterie, qu’il avait mis vingt ans à se faire un nom dans le domaine scientifique où il travaillait et qu’il n’était pas disposé à en changer. Argument irrévocable que je partageais, car je m’étais rendu compte que mes premiers travaux universitaires avaient été publiés sous mon double nom de femme mariée et qu’il me faudrait encore quelques années pour me faire connaître sous le nouveau, d’autant plus que ce dernier n’apparaissait pas à la même place de l’ordre alphabétique dans les bibliographies. Alors, encore un conseil aux femmes qui souhaiteraient porter un double nom : placez en premier votre nom de naissance, celui-là ne changera jamais et on vous trouvera facilement par ordre alphabétique, même si vous ajoutez un second nom au premier.

J’hésitais, pour mon deuxième mariage en Allemagne, entre le choix d’un double nom, en laissant Martin en premier, comme la loi le prévoyait désormais, ou celui de conserver simplement mon nom patronymique. Je le trouvais un peu trop simple, il y avait tant d’homonymes, et Martin-Felden ne sonnait pas trop mal et m’éviterait d’être confondue avec une autre. Mais je me souvins à temps que, pas plus qu’avant, ce double nom ne pourrait figurer sur mes papiers d’identité français. Nous décidâmes donc d’un commun accord de conserver chacun notre nom de naissance, ce que j’eus du mal ensuite à faire admettre à ma famille et à mes amis français qui pensaient qu’étant mariée je portais automatiquement le nom de mon mari. Rares sont ceux qui connaissent la loi. Je reçus alors des lettres qui m’étaient adressées sous le nom de mon mari ou sous un double nom que je ne portais pas. Martin-Felden ou Felden-Martin. En Allemagne je n’avais aucun problème, sauf lorsque je rencontrais de nouvelles personnes en compagnie de mon mari et que ces dernières m’apostrophaient du nom de celui-ci, Frau Felden. Mais cela ne me gênait pas outre-mesure, c’était une façon de me situer par rapport à lui, qu’ils connaissaient, une simple convention sociale, on ne pouvait quand même pas demander à tout le monde de retenir deux noms par couple. La langue française a résolu le problème en permettant d’interpeller quelqu’un, sans être impoli, par un simple Monsieur ou Madame, qui autorise à ne pas retenir le nom de la personne, ce qui est bien commode quand on a comme moi tendance à l’oublier. J’eus quand même parfois le sentiment de me trouver dans une situation bizarre, lorsqu’un jour où je partais en vacances avec mon second mari et une de mes filles, née du premier mariage, on appela les noms de trois passagers qui tardaient à se présenter à la porte d’embarquement. C’était nous ! Trois noms pour une mère qui voyageait avec son mari et son enfant !

À ce sujet j’eus d’autres ennuis dans les aéroports. Le titre de Docteur ou Dr. que les Allemands placent devant leur nom s’ils l’ont obtenu et qui en fait officiellement partie, est parfois bien pratique. Je le considère pour ma part comme un simple titre universitaire prouvant qu’on a terminé ses études par une soutenance de thèse. Il n’a pas plus de valeur à mes yeux que toute désignation prouvant une compétence professionnelle, ingénieur, maître maçon, infirmière diplômée. Un jeune Français qui faisait ses études en Allemagne me raconta avoir été invité dans un cercle où tous semblaient être médecins. Il s’en était étonné, trouvant qu’ils avaient parlé davantage de droit et de littérature que de maladies à soigner. Tous avaient un titre de docteur et se faisaient présenter sous ce nom : Dr. Machin, Dr. Chose… Pour ma part je n’ai pas l’habitude de mettre ce titre en avant, mais il m’arrive d’en faire usage : il est parfois bien pratique, car il ouvre magiquement les portes des cabinets médicaux quand il s’agit d’avoir rapidement un rendez-vous. Il figurait aussi, je ne sais comment, sur le billet d’avion qui m’avait été délivré, sans doute parce que l’agence de voyage avait lu ma thèse de littérature comparée ! Je faillis être arrêtée, du moins je fus retardée au contrôle, à mon arrivée à Singapour où mes papiers furent scrupuleusement comparés à mon nom d’enregistrement. Dans ce pays on ne plaisante pas avec l’identité, et pour le fonctionnaire de police asiatique qui contrôle les arrivées et ne connaît pas la signification du Dr. les deux noms indiqués ne correspondaient pas. Dr. Martin n’est pas Martin ! Désormais ne figure que mon nom sur mes billets d’avion, puisque le titre n’est pas indiqué sur mon passeport français.

Un jour, mes papiers ayant expiré, il me fallut en demander le renouvellement et j’hésitais sur la forme à adopter. Je me dis que la solution française consistant à indiquer en premier le nom paternel pour le faire suivre du nom marital était assez commode, mon nom figurait en premier et je pouvais éventuellement prouver que j’étais bien l’épouse de mon mari. Mal m’en prit. Si j’avais su tous les ennuis que cette décision entraînerait, je ne l’aurais jamais prise ! Je m’en aperçus lorsqu’après m’être cassé la jambe lors d’une chute sur mon lieu de vacances en France, je dus être hospitalisée d’urgence. Arrivant sur le coup de minuit à la clinique, on me demanda pour commencer de remplir un formulaire d’admission, ce que je fis en indiquant mes nom et prénom : Martin Pascale. Je passai deux ou trois jours dans cette clinique où je fus très bien soignée et où le personnel soignant connaissait mon nom. Le troisième jour la secrétaire me téléphona pour me dire de lui faire passer ma carte d’identité, et j’envoyai mon mari en mission. Il revint affolé, son français n’étant pas assez bon pour faire de grandes discussions, mais il avait quand même compris de quoi il s’agissait. La secrétaire voulait changer mon nom, vu que j’étais mariée et que le nom de mon mari figurait sur ma carte d’identité. Je pris mon téléphone pour lui expliquer le problème, mais elle n’en démordit pas, elle avait reçu des instructions formelles concernant les relevés d’identité et elle devait m’inscrire sous le nom de Felden, soi-disant pour éviter les confusions ! Je lui fis remarquer que c’était exactement le contraire qui risquait de se produire, mais il n’y avait rien à faire, heureusement que je n’avais pas à subir une deuxième intervention, le chirurgien aurait risqué de m’opérer de la mauvaise jambe, voire de m’amputer, s’il m’avait confondue avec une autre ! Il fut d’ailleurs bien étonné en rentrant dans ma chambre le lendemain pour sa visite, lorsqu’il vit un nouveau nom affiché au pied de mon lit avec ma courbe de température. « Comment, vous avez changé de nom ! » L’infirmière présente dans la chambre se mit à rire, tout le service était au courant de cette bonne blague. Étant libérée, je descendis accompagnée de mon mari au secrétariat pour régler ma facture. Elle était libellée au nom de Felden ! Bien sûr. La secrétaire restait dans sa logique. Je lui fis remarquer que j’avais contracté une assurance maladie en Allemagne sous le nom de Martin, et que je ne serais pas remboursée si je présentais une facture adressée à une autre personne. J’insistais tellement qu’elle finit par ajouter sur la facture un « née Martin » qui me permit finalement de rentrer dans mes frais. Et elle fut bien obligée d’accepter ma carte de crédit où figurait ce seul nom, car Madame Felden n’existant pas, elle était insolvable !

(La suite dans "Porte ouverte"
du Porte-Plume n°100 de décembre)

Ecriture

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