Décembre 2017

Feuilleton
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Brigitte MONCEY

La belle inconnue du parc Japiot

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(8/11)

Inlassablement, les aiguilles de la pendule avançaient. Tout en buvant expresso sur expresso, Louis se forçait à la réflexion. Quel pouvait être le rapport entre l’inconnue du parc Japiot, le Carnaval Vénitien et les Plumistes ? Grand lecteur, il connaissait quelques écrivains de l’association, dont une qui habitait la même rue que lui. Mais non, se rassura-t-il, le cadavre n’était pas le sien. Il l’aurait identifié aussitôt. Elle chaussait certainement du 39, mais il ne l’avait jamais vue avec des escarpins aux pieds ; de loin, elle leur préférait les pataugas. Elle portait des lunettes. Or, aucune paire n’avait été retrouvée. Et puis, les deux femmes n’avaient pas le même âge ni le même physique. Il ne l’avait aperçue dans aucun défilé de Vénitiens ou si, peut-être parmi le public, affublée de son habituel « Nikon ». Il la croisait souvent en bord de Meuse où elle prenait des clichés et à maintes reprises, ils avaient eu l’occasion de discuter. Elle avait, de son côté, fait quelques piges pour le seul quotidien de la ville, l’Est-Républicain où il était journaliste. Ils avaient donc de nombreux points communs. Il s’adresserait à elle.

Trois heures passées… Il ne pouvait vraiment pas la déranger au cœur de la nuit. Même s’il en mourait d’envie, il attendrait le lendemain et lui demanderait de ressortir le dossier qu’elle avait préparé pour publier son blog l’année précédente. Elle y avait développé les coulisses du festival vénitien en donnant son point de vue. Il se rappelait que l’article était très bien élaboré et les photos magnifiques. Peut-être y trouverait-il un indice ?

Puis, il revint sur l’objet de sa réflexion. Le rapport entre la victime et… Une pensée venait de frapper son cerveau. À sa connaissance, personne n’avait examiné le profil psychologique de la jeune femme. Quelle erreur ! Il récapitula tout ce qu’il savait d’elle. Pas grand-chose en réalité. Une belle fille de vingt-deux ans, élégante, aide-soignante au Centre Hospitalier Saint-Nicolas de Verdun, découverte morte, à l’aube d’une matinée pluvieuse. Et s’il demandait à Marc, le kiné de l’hosto ! Il la connaissait certainement. Louis établit donc toute une liste de questions à lui poser pour cerner un peu mieux le personnage de Victoire. Trois heures trente. Il prit un léger sédatif et s’allongea sur son lit. Youpi dormait depuis longtemps et ne tarderait pas à le réveiller pour sa première promenade.

Quelques heures plus tard, Louis était à pied d’œuvre. Il rencontrait souvent Marc lorsqu’il promenait son chien, lui aussi. Il les aperçut au loin et accéléra la cadence pour les rattraper. Ils se baladèrent une trentaine de minutes. Louis eut la réponse à ses interrogations. Il se dépêcha de rentrer chez lui pour consigner ce qu’il avait appris.

Victoire était une personne discrète, un peu hautaine et qui ne se liait pas facilement. Elle demeurait seule dans un petit meublé et tous les soirs, elle révisait ses cours. Elle était ambitieuse et ne voulait pas stagner dans l’emploi ingrat qu’elle occupait. Ce n’était pas digne d’elle. Elle voulait devenir au moins infirmière et préparait le concours d’entrée à l’école. Son salaire d’aide-soignante lui permettait de vivre chichement. Pour se maintenir en forme, elle courait. Marc ne lui connaissait aucune attache. Il avait réussi à la faire parler, lorsqu’elle était venue le voir pour soigner une contracture musculaire récalcitrante. Depuis, une certaine complicité s’était installée entre eux et elle se découvrait chaque fois un peu plus. La semaine dernière, elle lui avait dit qu’elle se sentait épiée depuis peu, qu’elle avait croisé une berline noire devant chez elle, puis devant l’hôpital, puis non loin du parc où elle faisait son jogging. Il savait aussi qu’elle était bénévole et qu’elle aidait les artisans du festival. Cette année, elle avait accepté de faire partie des « costumés ». Bien cachée derrière son masque, nul ne pourrait la reconnaître. Marc par contre, n’avait jamais entendu parler de l’association des Écrivains et n’avait aucune idée d’un possible rapport entre Plume, Victoire et les Vénitiens. Il était dévasté par la mort de la jeune femme et promit à Louis de le seconder dans son enquête.

Louis déposa Youpi chez lui et repartit aussitôt voir l’auteure qu’il connaissait. Il lui avait laissé un message avant de sortir et elle venait de lui répondre. « Vous pouvez passer prendre un café, je vous attends. » Il savait qu’elle n’était pas matinale. Il passa à la boulangerie, choisit quelques viennoiseries et sonna à sa porte. Le café fleurait bon. Ils s’installèrent autour de l’îlot de la cuisine et se mirent à parler de tout et de rien avant d’entamer la discussion qui l’amenait vers l’inconnue. Elle saisit son ordinateur portable et se connecta sur son blog. Les photos défilèrent jusqu’au moment où Louis lui demanda de s'immobiliser sur un cliché. Il représentait plusieurs chats, dont un était revêtu d’un costume bleu et blanc, assorti d’une cape dorée. Le voilà l’indice. L’auteure se rappelait très bien ce moment, car, amoureuse des félins, elle avait tenu à interviewer les acteurs-chats. Non, non ce n’était pas une jeune femme sous ce déguisement, mais un homme qui apparaissait tête nue un peu plus loin. Elle lui montra et fit un agrandissement. Oh stupeur ! Louis découvrit… le vendeur de chaussures. À côté de lui… l’Inspecteur Marchon, grimé lui aussi en matou. Mais que faisaient-ils ensemble ? Pourquoi Jean-Luc lui avait-il caché un des éléments essentiels de l’enquête ?

Là-dessus, tout en dégustant un croissant de lune, l’écrivaine lui confia que les vestiaires des Vénitiens se trouvaient à l’étage de l’Hôtel des Sociétés, au-dessus de la Bibliothèque, près de la salle réservée pour le salon Plume de Printemps.

Louis, intrigué, repartit chez lui. Une fois encore, les Plumistes apparaissaient. Que venaient-ils faire dans cette histoire ? Au moment de le quitter, sa presque voisine lui avait remis le programme ainsi qu’un flyer et une invitation pour la prochaine édition du salon. Il s’installa à son bureau et prit connaissance de la liste des écrivains qui seraient présents fin mars 2017. Une vingtaine en deux jours. Il pointa le doigt sur un nom, se gratta le menton du mouvement machinal qu’il avait lorsqu’il était en pleine réflexion et s’écria : « Le voilà le rapport, le nom de jeune fille de la femme de Marchon est le même que le patronyme de cet auteur ». Le mystère s’épaississait. Jean-Luc était donc bien mêlé à ce meurtre. Voilà pourquoi il lui avait dit de ne pas trop se montrer. Louis avait une excellente mémoire, ce qui lui rendait d’énormes services. Il lui avait même dit exactement : « Tu vas pas rester là. Le proc te connaît ; peut-être, même le substitut. On sait pas qui va venir. Mais moi, j’aimerais bien que tu la joues discrète... » Louis l’avait écouté et quitté la scène du crime. Et le policier de garde, pourquoi n’avait-il pas dénoncé le journaliste lorsqu’il avait affirmé qu’il n’était au courant de rien ? Se pouvait-il que l’Inspecteur lui ait ordonné de se taire ? Et qui connaissait son adresse devant laquelle il avait été agressé juste après être passé au Commissariat ? Et pourquoi n’avait-il pas relevé le numéro d’immatriculation de la berline que Louis lui apportait sur un plateau d’argent ?

Décidément, il y avait de plus en plus d’éléments troubles.

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