Octobre 2017

Par Angeline BOSMAHER

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DES NOEUDS D’ACIER
de Sandrine COLLETTE
(2013)
Grand prix de la littérature policière

Née à Paris en 1970, Sandrine Collette passe un bac littéraire à l’université de Nanterre puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. Elle devient chargée de cours à Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.
Des nœuds d’acier (Denoël, 2013), obtient le grand prix de littérature policière 2013. En 2014, elle publie son second roman Un vent de cendres (Denoël) qui revisite le conte de La Belle et la Bête.
Devenue une incontournable du thriller français, elle exprime à nouveau son talent dans Six fourmis blanches (2015), Il reste la poussière (2016) qui obtient le Prix landerneau du polar.

Théo purge une peine de prison pour avoir agressé son beau-frère qui a séduit sa compagne, Lil. Quand il sort de son univers carcéral, il n’a qu’une envie… se venger de celui qui a brisé sa vie. Il se rend donc dans l’hôpital où ce dernier est réduit à l’état végétatif. Sa revanche est jubilatoire, mais de courte durée, car interdit de visite, il a enfreint la loi et doit se mettre au vert. Il choisit un coin reculé de montagnes où il pratique quotidiennement la randonnée. Hébergé par Madame Mignon, une tenancière aux petits soins pour lui, il suit souvent ses conseils d’itinéraire jusqu’au jour où dans un site au panorama splendide, il tombe sur une bicoque aux allures d’abandon, mais dont le jardin est entretenu. Soudain, un vieillard sale et dépenaillé le braque avec un fusil. Néanmoins, lorsqu’il s’explique et fait allusion à Madame Mignon, le vieil homme lui offre un café. Mal à l’aise, Théo essaie de prendre congé quand un coup sur le crâne le plonge dans l'évanouissement.
Lorsqu’il se réveille dans une cave sordide, deux frères patibulaires lui annoncent qu’il est devenu leur esclave. Privé d’eau, de nourriture, commence alors une vie d’enfer, une vie de "chien", son nouveau nom. Désormais il n’aura pour seul horizon que les quatre murs de ce sous-sol avec pour geôliers deux frères dégénérés vivant comme des reclus au milieu des bois : Basile et Joshua. Son corps s’aguerrit dans la douleur, mais son esprit est toujours tenaillé par des questions sans réponse : est-il en train de payer ses fautes passées ? Les mois, les années défilent, indifférents à la bête de somme qu’il est devenu, où chaque jour se transforme en une quête pour sa survie… Avec pour seuls compagnons des souvenirs :

« Je lève les yeux et je dessine le visage de Lil dans le bleu absolu. Un visage fin et rieur, des mèches blondes et courtes, indisciplinées. Je pose une main sur l’image qui se dissout lentement, et pourtant je la touche à peine. Je dis son nom à voix basse, Lil. Lil.­ »

Avec ce premier roman, Sandrine Collette nous offre un texte à couper le souffle. Dans un panorama montagneux où l’espace est illimité, elle nous entraîne dans les entrailles d’une masure recluse, gérée par deux psychotiques arriérés, sans aucune compassion, qui n’hésitent pas à frapper de plus en plus fort pour exercer leur emprise physique et psychique. Les scènes d’horreur se succèdent toujours plus palpables et l’auteur nous plonge dans l’abomination humaine.
Nœuds d’acier est un polar psychologique addictif, car palpitant de bout en bout. Dès la première page, le lecteur est happé par un tourbillon de faits qui évoluent crescendo, oscillant entre l’inimaginable et le macabre.
Atmosphère délivrée dans un style épuré, mais redoutable où la nature devient parfois un baromètre des tensions et des émotions ressenties.

« Une nuée de mouches tournant autour des limaces comme pour les houspiller, se posant et s’envolant sans relâche. Les mêmes mouches qui me collent aux yeux et au coin des lèvres quand je travaille et que je transpire, insupportables d’acharnement, et que je finis par ne plus chasser. Elles sont là, à vous rendre fou. Vous êtes seul et elles sont des milliers. J’en ai tué, inlassablement, et tué encore. Et il en est revenu autant, davantage même… 
Ces mouches, c’est le mal qui les attire.
La fatigue, la merde et la mort. »

Capture 8

Bosmaher

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