Octobre 2017

L inconnu du mois

Par Édith PROT 

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Ernest MOINGEON

Il fut un temps où la télévision n’avait qu’une chaîne en noir et blanc. À cette époque, Jean Nohain, un petit homme chauve et jovial présentait des émissions de variétés comme « 36 chandelles » ou « Reine d’un jour » où se retrouvaient des vedettes confirmées, de jeunes talents prometteurs et, parfois, des gens comme tout le monde, mais possédant un talent particulier. C’est ainsi que, en regardant « Rue de la gaieté », je découvris un jour un personnage extraordinaire dont le nom ne me marqua hélas pas, et pas davantage le fait qu’il était meusien.

Ernest Moingeon n’était plus un jeune premier lorsqu’il apparut sur l’écran, puisqu’il était né à Fains-les-Sources en 1885. Il avait participé à la Première Guerre mondiale et avait été fait chevalier de la Légion d’honneur, mais ce ne fut pas ce qui le rendit célèbre. Il avait mené une carrière prospère de négociant en bois, mais ce ne fut pas non plus sa profession qui le propulsa sous les feux de l’actualité, même si les plus anciens de ses admirateurs se plaisent à rappeler que souvent, après une transaction, il ne détestait pas donner un échantillon de ses talents. Car pour les plus de soixante ans, Ernest reste encore LE magicien de Bar-le-Duc. Certains rappellent avec émotion un tonneau magique dont le robinet fournissait à la demande des boissons différentes sans qu’on puisse comprendre comment il fonctionnait.   

Mais surtout, Ernest Moingeon possédait un cerveau exceptionnel, qui lui permettait de résoudre en quelques secondes des calculs d’une extrême complexité, comme des extractions de racines carrées voire de racines cinquièmes de nombres à 10 chiffres, battant à plusieurs reprises des machines à calculer pendant les années soixante. Sa virtuosité me cloua à mon fauteuil, moi qui, à cette époque, en étais tout juste à mémoriser mes tables de multiplication ! Je fus très surprise lorsque ma mère m’apprit un peu plus tard qu’un autre homme, bien plus jeune, nommé Maurice Dagbert, avait été capable de rivaliser avec cet extraordinaire papy, car dans ma grande naïveté d’enfant, j’avais supposé qu’il fallait s’entraîner sans relâche et pendant toute une vie pour mémoriser autant de choses… À ma décharge, je tiens à préciser que je ne fus pas la seule à tenter de trouver une explication à un don aussi stupéfiant, puisqu’un certain Robert Toquet, célèbre professeur à l’Institut Métapsychique International, demanda à Ernest Moingeon, ainsi qu’à Dagbert, de participer à plusieurs expérimentations, mais sans pouvoir en tirer de conclusion probante.

Ernest Moingeon mourut à Fains-les-Sources en 1967 et ne restent maintenant de lui que deux livres écrits de sa main, dont un de souvenirs et un autre consacré à sa méthode de calcul rapide. Non, je fais erreur, il reste surtout de lui toutes les étoiles que j’ai vues, toujours présentes au fond des yeux de ceux qui m’ont parlé de ses spectacles… et ça, ça n’a pas de prix !

Prot

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