Novembre 2017

Par Daniel DUBOURG

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Grossir le ciel
de Franck Bouysse

Vous prenez un lieu isolé niché au fin fond des Cévennes, là où l’homme a tendance à se faire rare. Dans le décor, vous plantez deux modestes fermes très proches, distantes à peine de quelques centaines de mètres, et forcément là depuis longtemps. Dans chacune d’elles, un paysan qui mène une vie laborieuse, solitaire et presque coupée de la « civilisation ». Le décor est à peine exagéré, mais en ces endroits, outre le tracteur, de rares voitures et la télévision qui a supplanté la radio, on pourrait le tenir pour vrai. Et ce ne sont pas les clients du petit café, de la boulangerie et de l’épicerie du village qui vous contrediraient.

Gus, le premier, entre deux âges a pour seule compagnie son chien Mars. Le second, Abel, est largement l’aîné. Tous deux vaquent à leurs occupations quotidiennes partagées entre les champs, les quelques vaches, le bois et les inévitables réparations de tous ordres. Ils travaillent dur et les jours se succèdent au rythme des saisons et de leur climat, souvent rude à l’hiver. Et si le paysage est majestueux, il ne sait pas, pour autant, procurer la maigre distraction de la radio et du petit écran.

Plus par nécessité que par élan, désir et affinités, une relation particulière de voisinage s’est établie entre les deux hommes. Ce n’est ni de la camaraderie ni de l’amitié, mais plutôt une forme de communication nécessaire entre eux, créée par leur proximité dans ces espaces quasi déserts, juste pour ne pas perdre l’usage de la parole, dirait-on, et pour assurer une sorte de solidarité minimale en cas de besoin, une relation d’aide pour des travaux pénibles et ponctuels.

Les discussions et les rares rencontres sont brèves et rudes, autour d’un verre de rouge. Ici, on ne s’éternise pas à évoquer des souvenirs, à formuler des envies et à émettre des idées. Ici, on ne manifeste ni sentiment ni émotion. Les échanges restent superficiels et pragmatiques, portant toujours sur le temps qu’il fait et la vie de la ferme. On pourrait voir affleurer parfois comme une rivalité teintée de défiance. On se toise un peu, on veut montrer à l’autre que l’on est le plus solide, dans cette vie austère où distraction, humour et amour font défaut. On soigne sa carapace. Mais la nécessité de ne couper aucun pont en raison de l'isolement refait toujours surface. Donc…

Un jour, celui du décès de l’abbé Pierre, quelques événements proches, inattendus et troublants viennent altérer et perturber la relation entre les deux compères. Des événements empreints d’une touche de mystère, qui vont peu à peu installer l’inquiétude et la suspicion, parce que personne ne souhaite en parler, parce que l’on élude. Mais pourquoi ?

C’est l’évolution de cette situation nouvelle faite d’une tension permanente entre les deux individus vivant là-haut, au lieu-dit Les Doges que décrit l’auteur, jusqu’à la terreur. Le tout marqué par une issue imprévisible.

Un captivant polar rural superbement mené, ayant épinglé quelques prix au passage.

Grossir le ciel 1

Dubourg

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