Novembre 2017

Jeuxdemots

Daniel dubourg2
par Daniel DUBOURG

Culs et culottes

C’est parce que j’évoquais récemment, en vacances, un vieux souvenir de lycée que l’idée m’est venue de parler de cul. Rassurez-vous, les potaches que nous étions aimaient, comme toujours, se raconter des histoires et délirer sur des notions scolaires au programme. Nous avions décidé d’entretenir nos copains- et nos profs dotés d’humour ! - de Q nu ! De Q nu, oui ! Et c’est ainsi que nous voilà partis à délirer sur la composition d’un sketch parlant des Quotients numériques, les fameux Q Nu !

Vous pensez bien que j’ai fermement hésité avant de me décider à écrire cet article. Tout de même, on y réfléchit à deux fois, lorsqu’il s’agit de tenir de tels propos dans une revue littéraire… On craint forcément d’effaroucher le lecteur que l’on risque de perdre, alors que l’on veut en gagner. Une gageure, en quelque sorte.

Finalement, tout « bien » réfléchi, je me suis jeté à l’eau, sans crainte de la noyade. Peut-être me dira-t-on si j’ai eu raison.

Et pour que cul ne soit pas seul, je lui ai tout logiquement adjoint culotte, ce qui est bien mieux que tomate ou hélicoptère, ne pensez-vous pas ?

 

Cul, mot qui a toujours fait couler des ruisseaux d’encre, à l’instar d’un autre, fait de trois lettres aussi, tout proche de lui. Vous en avez eu vent, j’imagine…

Donc, d’entrée, on remarque que cul et culotte sont indissociables, comme cul et chemise, collant si bien l’un à l’autre qu’ils finissent par se ressembler et se fondre, comme par mimétisme. En fait, rien de très étonnant, puisque le second mot découle du premier, ou que tous deux sont frère et sœur, c’est comme vous voudrez.

Le premier est très souvent utilisé dans des expressions courantes ou par l’adjonction à un autre mot. Voyons cela.

Il y avait autrefois, dans les châteaux et forteresses, des culs-de-basse-fosse où se mouraient des humains qui, quels qu’aient été leurs erreurs, leurs opinions ou leurs forfaits, ne méritaient pas un tel châtiment de souffrance et d’avilissement. Car « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on fasse à toi-même ». Même un peu plus aérée, la base de Guantanamo n’a rien à envier à ces mouroirs, en ce XXIe siècle. Sans oublier d’autres lieux aussi sordides qui nous sont inconnus…

Passons en revue le cul-de-jatte, le cul de bouteille, le cul-de-lampe, sympathique petit dessin triangulaire, initialement, figurant à la fin d’un chapitre de livre. Et puis il y a le cul- de- four, terme désignant, en architecture, une voûte formée d’une demi-coupole (c’est-à-dire, un quart de sphère).

Ajoutons le nœud en cul-de-porc, qui est une variété de nœuds de marine ; et la bouche en cul-de-poule marquée par les lèvres resserrées, indiquant une moue, alors qu’un cul-de-poule, en cuisine, est un gros bol semi-sphérique. À noter cependant que le cul-de-poule ne saurait être le contenant idéal pour mijoter un coq au vin...

Et évitons de déboucher (si l’on peut dire !) sur un cul-de-sac, voie sans issue, ou impasse, et, par extension, action qui ne mène à rien.

Cela n’étonnera personne de dire que le mot cul, passant pour trivial grossier, voire les deux, désigne, au choix, les fesses et l’anus, le trou du… (non, je ne l’ai pas dit !) finalement. Oui... finalement !

On n’a donc pas manqué de créer d’autres termes pour nommer cette partie dorsale basse de l’anatomie humaine et animale : l’arrière-train, la croupe, le derrière, le derche, le baigneur et le dargif, en argot, les fesses, le postérieur (alors que nous ne connaissons aucun antérieur) ; ou, à l’usage des enfants : le popotin, le nono, le gros poum, termes si poétiques empreints de retenue...

 Naturellement, impossible d’éviter les expressions assez familières, souvent assez osées, elles aussi, et toujours imagées, ce qui a pour intérêt d’éviter une foule d’explications, sachant qu’un dessin, une représentation mentale, en valent bien cent. Ce n’est pas chinois tout de même… Et en parlant de cent, nous visiterons prochainement, si je puis dire, ces culottes gravées dans l’histoire.

Rares doivent être nos semblables qui ne se sont jamais le tapé le cul par terre, en prenant connaissance de quelque chose d’irrésistible, d’hilarant. Il faut convenir que l’exercice, délicat, requiert une réelle souplesse proche de la virtuosité. À ne pas pratiquer trop souvent, toutefois !

Moins drôle, par contre, est de recevoir des coups de pieds au cul ou de se faire botter le cul, tant au sens figuré qu’au sens propre.

Du reste, sans doute dans l’objectif d’éviter cela, certains choisissent de devenir lèche-culs, flatteurs invétérés ou hypocrites avérés, désireux de se faire bien voir d’autrui pour obtenir toutes sortes d’avantages. Et ce n’est pas l'affable Jean de La Fontaine qui s’est gêné pour en parler ni Molière qui nous présenta le faux-cul Tartuffe. Car on n’en compte pas que de vrais !

Les plus courageux travaillent, mais les paresseux, les trop douillets, les geignards tirent au cul ou au flanc (faudrait savoir !) Et, même si cette expression est issue de l’argot militaire, elle a largement débordé dans le cadre civil, le tire-au-cul ayant infiltré toutes les classes sociales.

 Et n’oublions pas "faire cul sec " qui signifie boire un verre (et non prendre un verre dans le but de le boire, mais plutôt ingérer son contenu, de préférence !) d’un trait et jusqu’au fond, sans pour autant boire le calice jusqu’à la lie. Hallali…

Après tout cela, comment ne pas penser que le mot cul, très bête quand il est doublé, a attisé l’imagination, la création verbale et non verbale.

Qui d’entre nous ne connaît pas ou n’a pas connu, à juste titre, quelqu’un qui en a bien assez, sa dose, sa claque, ras la casquette, plein…

C’est souvent la marque d’une grande fatigue, d’un trop-plein consistant à en avoir jusque-là, d’un ras-le-bol pas forcément en forme de cul-de-poule, d’une exaspération, d’une immense lassitude. Et sans aller aussi loin, on gagne alors le droit de s’arrêter là. C’est ce que je fais à présent, sans oublier que, la prochaine fois, il sera question de culotte. Et il faudra bien "faire avec", et non pas sans.

Dubourg

Commentaires (2)

1. Monique Villaume mercredi, 15 Novembre 2017

Le mot cul et ses dérivés occupe 2 pages de mon dictionnaire de mots meusiens. Comme il a occupé le vocabulaire parental meusien des années 30 à 60, voire davantage.
C'est un "gros mot", populaire, interdit aux enfants bien que cette partie de leur corps soit souvent menacée !
"Tu vas l'avoir su l'c..." ou bien "tu vas voir ton c..." ou encore, "Attention ton c...!"
Mais quand l'Annette de Ligny déclare: "Quand les culs sont usés, ils n'ont plus besoin de culotte", on reste coi devant cette philosophie bien meusienne ! Merci Daniel !

2. Eliane KLEIN mardi, 14 Novembre 2017

Bravo, tu réussis toujours à nous épater !

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