Novembre 2017

Le coin historien5

Par Dominique LACORDE

Lacorde dominique

MARCEL VASSART : LE DERNIER MARECHAL-FERRANT
DE GESNES-EN-ARGONNE
(2/2)

À Gesnes l’extraction du minerai de fer date des temps primitifs et l’industrie du fer occupait à Gesnes un assez grand nombre d’ouvriers. Jeantin dit dans son Manuel de la Meuse : « Gesnes a conservé longtemps son industrie naturelle : celle de la fonte de fer disparue la première et celle de la cémentation des aciers (boucles de fer). » L'extraction de dépôt ferrugineux est très importante à Gesnes. Jeantin note « qu'à Gesnes la cémentation de l'acier s'opérait de toute antiquité. » À Gesnes, l'exploitation du minerai produisait annuellement 4 000 hectolitres de minerai lavé qui occupaient de 15 à 20 ouvriers. Le minerai de fer était tiré de l’étage du gault. Il n’y a pas longtemps que l’industrie du fer a disparu, car dans une délibération du conseil municipal (23 octobre 1834), on lit que les lavoirs à mine de fer sont établis dans le pré de l’ancien moulin, mais qu’ils sont préjudiciables à la prairie. À Gesnes les métiers du fer furent exercés d’abord par les ouvriers du fer ou ouvriers en acier, ainsi dénommés jusque vers 1750, puis dans les actes d’état civil ils sont désignés sous le nom de boucliers jusque vers 1780, ensuite blouctiers pour enfin être plus précisément dénommés ouvriers en chapes ou fabricants de chapes de boucles à partir des années 1790. À côté de ces dénominations relatives aux ouvriers, il y avait aussi des affineurs en grosse forge, et bien sûr des forgerons, qui existaient à Gesnes depuis au moins 1705, et des maréchaux ferrants. Blouctiers, boucliers, chapliers, ouvriers en chappes, fabriquant de chappes, faiseur de chappes de boucles, autant d’appellations pour le travail du fer à Gesnes : J.B. Bonnivert, Noël Lallemant, Pierre Corvisier, Jean Lallemant, Nicolas Lallemant, Gilles Lallement (1796), Chaillier, Claude Petit, Pierre Vauquoy, Robert Vassart, Alexandre Vassart (1788), Jean Henrionnet, Charles Lallemant, Watrin, Gilles Roger, J.B. Druart, toutes des personnes qui ont gagné leur vie à Gesnes grâce au travail du fer.

6 forge marcel vassart gesnes 2004 7 forge marcel vassart gesnes 2004
Forge Marcel Vassart Gesnes 2004
Loupe4

À partir des années 50, la mécanisation des travaux agricoles gagne du terrain et les chevaux disparaissent petit à petit et en 1956, Marcel arrête définitivement son activité de maréchal-ferrant et devient agriculteur. Il utilise encore souvent sa forge pour de menus travaux. Il meurt à Commercy le 14 février 1963 à l’âge de 78 ans.

8 marcel et madeleine vassart 1940
Marcel Vassart, avec la casquette, accompagné
de ses deux filles Marguerite et Madeleine - 1940
Loupe4

 

Avec lui s’éteint la profession de maréchal-ferrant exercée à Gesnes par les familles Mabille, Monchot, Sartelet et enfin Vassart. Quand j’étais enfant, « Pépère Marcel » nous racontait sa « guerre de 14 ». Il s’inventait des souvenirs héroïques. Nous aimions l’écouter. C’était mon grand-père. Il disait tout le temps « Comme en 14... » avec son accent patoisant du terroir. À Gesnes, en me promenant dans les champs, je trouve encore aujourd’hui très fréquemment des fers à cheval ; je les ramasse et je ne peux alors m’empêcher de penser à lui ! J’en ai toute une collection... Trois de ses petits enfants vivent encore à Gesnes aujourd’hui.

Lacorde

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