Novembre 2017

Coinphilosophe

Par Daniel DUBOURG

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Symbole

La fête celtique de Samain célèbre, le 31octobre, le retour au sommeil de la terre et l’arrêt de toute croissance pour les mois d’automne et d’hiver. La nature se repose et, en son sein, s’accomplit l’œuvre au noir, la transformation silencieuse et invisible.

En de nombreux endroits officient les sorcières, trop heureuses de pouvoir enfin et à nouveau donner libre cours à leurs obscures pratiques maléfiques. Dans le noir, c’est plus facile de passer inaperçu.

En même temps, le jour de la Samain, les esprits viennent rendre visite aux vivants. Simple visite amicale ou inquiétant retour, cela dépend de chacun d’eux et de sa disposition… d’esprit.

Pour un temps, symboliquement, c’est l’heure des défunts, corps en terre. Profusion de chrysanthèmes, recueillement… Tradition celtique « profane » reprise par l’Église, comme tant d’autres…

Le dernier « fruit » aujourd’hui disparu, tiré de nos champs avant le grand sommeil est la betterave. Autrefois, on la creusait, on y taillait des visages effrayants et on y logeait une bougie qui, allumée, révélait un faciès enflammé, infernal, propre à apeurer les enfants. Dans le Nord, on prenait de gros navets blancs.

La survivance de cette tradition ancestrale est parfois assurée, de nos jours, sans que, pour autant, ceux qui la vivent en connaissent le sens profond et sacré que leur donnaient les Celtes.

Notre société moderne y voit surtout un divertissement saisonnier et un moyen de consommer tout ce qui tourne autour de l’événement. Le potiron remplace alors la betterave partie autrefois outre — atlantique de notre vieux continent, pour y revenir dépouillé de sa fonction symbolique.

Mais revenons à cette flamme modeste et discrète qui vit dans le fruit. Autour, tout est noir. Elle est le seul point de lumière scintillant dans l’obscurité.

Le noir complet n’existe pas. Toujours y palpite une mince source lumineuse, une étincelle, celle de la Vie, celle qui sonnera, au printemps, le grand réveil de la Nature, celle qui est inscrite dans la partie yin du symbole taoïste chinois.

L’espoir, l’espérance manifestés par cette étincelle, c’est ce qui ne meurt pas, aussi noire, aussi sombre, désespérante ou funeste que puisse être la situation, au plus profond de chacun.

Dans le grand sommeil se prépare la régénération, la renaissance au premier temps du cycle, au printemps.

Si cette œuvre au noir s’accomplit dans le règne végétal, pourquoi celle-ci n’aurait-elle pas lieu en chacun de nous ? Marguerite Yourcenar a su nous le rappeler dans son livre qui porte ce titre.

Ce pourrait être intéressant de se pencher davantage sur les sens possibles des symboles, dans une société si préoccupée par le « faire » et la performance. Simplement parce que nous avons peut-être un profil de betterave…

Dubourg

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