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Par Brigitte MONCEY
Brigitte moncey

Birmane
de Christophe Ono-dit-Biot

Onoditbiot Birmane

L’  L'auteur : Christophe Ono-dit-Biot,

Né au Havre le 24 janvier 1975,
Reporter et écrivain français,
Directeur adjoint de la rédaction de l’hebdomadaire Le Point, où il est notamment responsable des pages « Culture ».
Fils de professeurs, il décide très jeune de devenir écrivain.

BIRMANE a obtenu le Prix Interallié 2007.

‎Chevalier des Arts et des Lettres
Prix Interallié
Prix Renaudot des lycéens
Grand prix du roman de l'Académie française (2013)

Ses romans

  • 2000 : Désagrégé(e), Paris, Plon ;
  • 2002 : Interdit à toute femme ou femelle, Paris, Plon ;
  • 2004 : Génération spontanée, Paris, Plon ;
  • 2007 : Birmane, Paris, Plon ;
  • 2013 : Plonger, Paris, Gallimard ;
  • 2017 : Croire au merveilleux, Paris, Gallimard Autres

4e de couverture

Couronné par le prix Intérallié en 2007, Birmane raconte une folle histoire entre un jeune homme naïf, une femme médecin humanitaire et un pays à la beauté hypnotisante : la Birmanie. Sur fond de paranoïa, de pierres précieuses, d’opium et de nuits fauves, cette aventure palpitante plonge le lecteur au cœur d’une des plus fascinantes contrées d’Asie.
Quelques semaines après la parution, des milliers de moines défiaient la dictature. Et « The Lady » Aung San Suu Kyi devait recouvrer la liberté.
Sept ans plus tard, la Birmanie s’éveille, mais ses démons sont à l’affût. Et l’histoire de César et Juie, amants du bout du monde, pourrait commencer aujourd’hui.

Mon ressenti

Je ne connais pas la Birmanie (ou Myanmar en Birman). Je me renseigne : c’est un pays d'Asie du Sud-Est continental, ayant une frontière commune avec le Bangladesh, la Chine, l'Inde, le Laos et la Thaïlande. Il est bordé par la mer d'Andaman au sud et par le golfe du Bengale au sud-ouest, avec environ 2 000 kilomètres de côtes... Ono-dit-Biot m’y entraîne.

César me promène dans les quartiers de Rangoon la tropicale, dans les villages du lac Inle et dans la Vallée des Rubis, dans sa jungle envoûtante, dans cette région aux 10.000 pagodes. Il me fait découvrir un peuple écrasé par la dictature et sa guérilla, plongé dans la paranoïa des attentats meurtriers, ses trafiquants, ses multiples ethnies… Il s'enfonce dans la forêt et m’emmène au coeur des ténèbres retrouver la légendaire Femme-Tigre, la fameuse Wei Wei, l'opposante si puissante et mystérieuse de la région Akha, réfugiée avec sa tribu dans le Triangle d'Or, cette région montagneuse d'Asie du Sud-Est aux confins du Laos, de Myanmar et de la Thaïlande, l'une des principales zones mondiales de production d'opium depuis les années 1920.

Il me fait découvrir deux univers incompatibles et en guerre pour un même territoire ; la junte et sa dictature militaire, contre les diverses Ethnies et leurs croyances, leurs langues et leurs coutumes propres, vivant dans la montagne et souvent en lutte armée contre le pouvoir avec son lot de victimes. 
Il me plonge dans une réalité où la violence cohabite avec la beauté la plus ensorcelante. Ambiguïté d’une nation aux vues sublimes, aux nuances exotiques. Une utopie ? Le héros est ballotté de repaires de drogués aux détails sordides, en des endroits paradisiaques, d’ambre et de pierres précieuses.

« Birmane » n’est pas qu’un roman d’aventures. C’est aussi un roman-reportage qui va permettre à César de se surpasser pour un amour follement chimérique, passionné et mélancolique. C’est pour lui plus qu'un dépaysement, un véritable voyage initiatique. Tous ses préjugés vont voler en éclat dans ce pays envoûtant, dangereux et mystérieux aux incroyables et fascinants paysages et monuments, au sourire de sa population malgré la terreur, la violence, les exactions, les viols et les massacres des ethnies qui refusent de se soumettre au pouvoir militaire birman. La culture du pavot et l'arrivée de nouvelles substances. L’enclave particulière à la frontière chinoise où règnent le jeu, la drogue et le sexe…

Un récit bien rythmé, loin des images touristiques, parsemé d’humour et de poésie. Un texte acide et luxuriant. C'est une plongée sans concession dans la Birmanie contemporaine aux multiples visages. Une invitation au voyage, un déracinement assuré pour une aventure des plus exotiques, semée d'embûches, de panoramas paradisiaques. Décollage immédiat. Une mine de renseignements sur un endroit envoûtant, bien mystérieux. Un roman aussi dépaysant que dérangeant. Un cri d'amour pour ce territoire méconnu et ses myriades d'ethnies, toutes menacées par une des pires dictatures actuelles et qui, de nouveau, se trouvent en péril. On découvre là une culture incroyablement riche, foisonnante et fascinante.

Certains diront que les péripéties sont invraisemblables, le personnage principal, César, sans grande consistance avec sa maladresse et son côté "fleur bleue". Moi, j’aime sa métamorphose. Au départ, ce n'est qu'un homme naïf ayant soif d’aventures. À l’arrivée, il ressort mûri par son expérience de la jungle. Ce qu'il va y trouver est bien plus qu'un reportage, c'est sa propre identité, sa raison de vivre, sa nature animale…

EXTRAIT

« Le Scott Market. C’était le centre nerveux de Rangoon. Mieux, son cœur battant, à plein régime, qui m’emportait dans un flot sanguin. Sonné, paumé, mais heureux. Il y a cinq minutes à peine, dans l’arrière-boutique d’une bijouterie, mes 200 dollars s’étaient métamorphosés en une liasse de kyats, la monnaie locale. Une liasse, ou plutôt une brique de vingt-cinq centimètres d’épaisseur. Au propre comme au figuré, j’étais blindé, et c’était rassurant.
Je me suis offert un sac de toile vert olive à bandoulière pour y mettre ma brique et mon appareil photo. Quand un passant, pouce en l’air et sourire défoncé, m’a crié « army bag, very resistant », la culpabilité m’a envahi. Avait-il appartenu à l’un de ces soldats qui violaient les femmes girafes dans les zones tribales ? Le flot de passants m’a lâché dans un espace plus ouvert, qui semblait être la partie « restaurant » du marché. Pris en étau entre les aboiements des tauliers de gargotes qui bataillaient pour les clients, des adolescents qui faisaient la retape pour les carcasses de poissons séchés gigantesques qu’ils portaient sur leur dos, et les cris de pinsons des écolières en uniforme qui jouaient au chat et à la souris, j’ai fini par m’asseoir à la première table qui s’est présentée à mes yeux saturés. J’ai commandé une soupe de nouilles. Je transpirais, et la chaleur du breuvage serait du meilleur effet.
Et puis je l’ai vue.
J’étais en train de chercher du bout de mes baguettes l’œuf de caille qui avait coulé au fond du bol, tout en réfléchissant à la façon dont j’allais commencer mon « enquête ». Elle était assise au bout de la table, à trois mètres. La trentaine ou à peine, blonde aux cheveux courts, ce qui détonnait dans l’atmosphère. Elle lisait, paupières baissées, jambes croisées, incroyablement sereine, transportée par sa lecture dans un monde où la foule, les cris, le jeu des gamines en uniforme n’avaient plus leur place. Gardant son livre en main, elle approchait de temps à autre de ses lèvres une tasse de thé très noir, et semblait en tirer un plaisir intense. C’est au moment où je plissais les yeux pour déchiffrer le titre français du livre – George Orwell, Une histoire birmane que la douleur m’a vrillé les tympans.
Le sol et le toit se sont soulevés, tandis que la déflagration brisait net l’agitation du marché. Instinctivement, je me suis bouché les oreilles. La foule s’était figée. La fille aussi, son livre encore ouvert.
Et puis rien. Pas même une table renversée. Mon bol de soupe intact. J’ai ôté mes mains de mes oreilles. Le silence régnait, bientôt recouvert par une vague de chuchotements. Un enfant s’est mis à pleurer. Étourdis, hagards, les gens se jetaient des regards interrogatifs, surpris d’être encore en vie. Les écolières coururent se réfugier dans le sarong de leur mère. L’explosion avait frappé plus loin.
La fille a fermé son livre, l’a rangé dans un sac de laine qu’elle a mis sur son épaule en se redressant. Sous sa sérénité apparente, elle était en alerte.
— Qu’est-ce qui se passe ? ai-je demandé en français.
Elle m’a dévisagé en rabattant une mèche de cheveux blonds. Des yeux verts, intenses, où ne brillait aucune inquiétude. Seulement de la colère.
— Je ne sais pas, mais faut pas rester là.
Elle m’a jaugé pendant une longue seconde et m’a dit :
— Tu viens d’arriver ?
J’ai hoché la tête.
— Je t’emmène. J’ai une voiture. »

Moncey3

Commentaires (1)

1. Zaz Chalumeau (site web) dimanche, 02 Septembre 2018

Merci pour la présentation de cet ouvrage. Je ne connais pas l'auteur. J'inscris le titre dans mon ficher "livres à lire".

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