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Par Monique VILLAUME

Chaque mois, Monique vous propose le parcours et les ramifications de trois mots français courants.

Babiller. Verbe intransitif.

Ce mot propre au langage enfantin aurait pour  racine l’onomatopée bab, qui exprime, tant en anglais, en allemand qu’en néerlandais, le mouvement des lèvres, avec ses deux consonnes bilabiales [b,b] : to babble (anglais), babbeln (allemand), babbelen (néerlandais). Initialement péjoratif, puisqu‘il désignait le fait de s’exprimer de façon volubile ou de dire des choses insignifiantes, le verbe babiller s’est spécialisé pour décrire les exercices vocaux des bébés, groupés sous le vocable babil.
On retrouve cette répétition du b dans le patois Haut-Savoyard: baboler, (papoter, radoter).
D’ailleurs le verbe papoter, construit sur le même mode avec ses deux bilabiales sourdes, signifie aussi parler de choses futiles. Bizarre…
Je ne résiste pas à inclure dans cette recherche le mot babine qui désigna d’abord la lèvre pendante des animaux comme le baboin, puis, par extension, fut appliqué aux personnes.
Les locutions, se lécher ou se pourlécher les babines peuvent tout aussi bien s’appliquer à un animal (sens propre) qu’à un humain (sens figuré, métaphore).
Que les Babettes ou Babeths se rassurent, leur bab n’aurait rien d’infantile, il obéirait juste à une habitude française de répéter des syllabes pour créer des surnoms affectueux tels que Gégé pour Gérard, Momo pour Monique ou Maurice, Bébert pour Robert, etc.
Mais tout de même, ce surnom Babette ne vous évoque-t-il pas une moue enfantine célèbre? Celle de Brigitte Bardot en 1959 dans le film Babette s’en va-t-en guerre ?

Baderne. Nom féminin.

Vous avez sans doute entendu l’expression : c’est une vieille baderne, sans bien savoir ce que veut dire ce mot. En provençal, il désignait une grosse tresse faite avec de vieilles cordes.
Quel lien peut-on trouver avec ce vieux prof qui radotait et que vous excusiez en disant :
-  Bah, c’est une vieille baderne !
C’est que le mot a voyagé par les mers figurez-vous, et ce sont les marins, dans leur argot,  qui désignèrent ainsi tout ce qui leur semblait hors d’état de servir. Quelques vagues plus loin, le mot nous est revenu, appliqué à des personnes d’âge très mur !

Breloque. Nom féminin.

Ce mot est attesté depuis le milieu du xvème siècle sous différentes formes : brelique, oberlique, breluque ou berluque. On trouve encore berloque et berloquer en patois meusien. Dans ces mots, il est toujours question d’une partie mobile ou de deux parties qui s’emboîtent mal. Les breloques désignent des colifichets ou bijoux de peu de valeur, que l’on accrochait à des hochets de bébés pour faire du bruit ou à des bracelets. Mais le peu de valeur est relatif, l’on trouve, dans de belles ventes, des breloques en argent ou en or, finement travaillées.
Le mot s’est en effet spécialisé en bijouterie pour désigner des objets petits et mobiles, à suspendre à une chaîne, un collier, un bracelet. Il perd alors son sens péjoratif.
Une ramification de breloque ou berloque serait le verbe emberlificoter, embrouiller jusqu'à ce qu’on n’y comprenne plus rien.
Un appareil bat-il la breloque ? C’est qu’il fonctionne mal, que deux parties se désolidarisent. Alors méfiez vous si votre cœur bat la breloque, c’est, au sens propre, qu’il bat irrégulièrement, ou au sens figuré, qu’il s’est s’emballé sous le coup d’une émotion si forte que vous risquez d’en être tout emberlificoté.

Villaume

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