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par Joëlle FRIGNET

J’étais au bout du rouleau et, si je voulais assurer la jonction, il me fallait absolument m’y résoudre.
Après le boulot, je me dirigeai donc vers le supermarché le plus proche.
D’abord, choisir la couleur : le blanc n’était-il pas trop salissant ? Et le rose, m’irait-il au teint ?
Uni ou avec motifs ? Ceux-ci s’harmoniseraient-ils avec le décor ambiant ?
Et le parfum ? La lavande ne jurerait-elle pas avec le désodorisant ? Le muguet n’était-il pas décalé en ce mois de novembre ?...
Combien ? 2, 4, 6, 8,12 ou plus ?
C’est fou ce que c’est devenu compliqué de choisir son papier-toilette!

- Alors, t’en chies ? 

Merde, Norbert ! C’est sûr, lui, le vil fayot, n’était pas confronté à ce problème. Ce rayon lui allait à ravir, car il œuvrait dans le même secteur !
D’un coup un de mes anciens fantasmes ressurgit et je me revis tapissant le fond de son caleçon de graines de cynorrhodon ! C’était vraiment la dernière personne que j’avais envie de rencontrer en dehors du bureau. Il nous pourrissait  continuellement la vie et la coupe était pleine, toute l’équipe était en pétard !

C’était un être  abject, moche comme un pou, méchant comme une teigne. Les psys plaideraient sûrement en sa faveur, arguant que pour compenser son physique ingrat, il avait besoin de se sentir supérieur. Sa raie au milieu et sa  bouche crispée évoquaient un Playmobil constipé !
Son regard était certainement hypocrite mais impossible à croiser derrière des verres qui devaient friser les deux centimètres d’épaisseur ! Il avait toujours un demi-sourire aux lèvres, mettant en valeur la proéminence de ses incisives supérieures. Il était très maigre et avait les jambes trop courtes Son seul atout était d’avoir une chance extraordinaire aux jeux de hasard.

Il errait toute la journée dans les bureaux, sans jamais rien faire, se conte
tant de sa vue basse et son sourire béat, pendant que les  autres s’escrimaient à la besogne. Personne ne l’avait jamais vu travailler ! Et le patron n’y trouvait rien à redire, vu qu’ils s’entendaient comme larrons en foire et étaient inséparables en dehors des heures de bureau.

De dépit, j’attrapai le premier lot venu et me dirigeai rapidement vers la caisse.

Loupejeux2

Frignet

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