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Par Édith PROT

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Jean-Ignace Jacqueminot

Avez-vous déjà ouvert un exemplaire du Code civil ? Certes, il s’est beaucoup étoffé depuis sa création, mais la première version était déjà de taille respectable. Il est donc plus qu’évident que Napoléon, même s’il dormait peu, n’a pas pu écrire seul un tel pensum, mais on ne parle jamais des collaborateurs qui, dans l’ombre, se chargent du travail ingrat. L’idée de rédiger un Code civil clair et utilisable sur tout le territoire n’est d’ailleurs pas de lui. Elle avait été prise sous la Révolution, mais avait tourné court. Quatre projets furent ensuite rejetés par le Directoire, mais Bonaparte s’en inspira largement pour rédiger son propre code, reconnaissant haut et fort que ce « Jacqueminot avait beaucoup de connaissances en législation et un esprit fort juste ». Mais qui était donc Jacqueminot ? Encore un Meusien, bien sûr !

Jean-Ignace Jacqueminot voit le jour à Naives-Rosières en 1754. Son père est un marchand de vin suffisamment aisé pour permettre à son fils de faire des études de droit à Nancy. Jean-Ignace devient avocat et commence sa carrière au parlement de Nancy. Lorsque la Révolution éclate, bien qu’intéressé par les idées nouvelles, il ne souhaite pas pour autant un bouleversement complet des institutions et se contente d’une prudente neutralité. C’est un événement local qui va le mettre en lumière un peu malgré lui. Un conflit éclate au sein des régiments basés autour de Nancy entre les soldats et leurs officiers au sujet d’un retard sur leur solde. Soutenus par une partie de la population de la ville, les soldats en exigent le versement immédiat. Après plusieurs tentatives de conciliation, le général Malségne lui-même décide de se rendre dans une caserne. Mais ce militaire plein de morgue, refusant de céder à la piétaille, sort son épée et blesse plusieurs soldats avant de se retrouver cerné. Il ne doit son salut qu’à l’intervention d’un civil qui se jette entre les adversaires et lui fait un rempart de son corps. Ce civil, c’est Jacqueminot. Au cours des années qui suivent, il paie ce geste pourtant courageux, car il fait de lui un suspect aux yeux des révolutionnaires, et il ne parvient à éviter les charrettes de la Terreur qu’en se réfugiant par deux fois chez ses parents, dans la Meuse.

Puis arrive l’année 1797. Les habitants du tout nouveau département de la Meurthe, devant élire un député au Conseil des Cinq-cents, se souviennent du sang-froid et de la pondération de cet avocat et l’envoient à Paris. Devenu président du Conseil, il y propose essentiellement des réformes législatives, dont une sur les testaments des militaires, une autre sur les droits de succession et une troisième plus controversée sur la liberté de la presse. Il rédige également une première ébauche de ce qui deviendra le Code civil. Après le coup d’État du 18 Brumaire, il se rallie à Bonaparte qui le charge de reprendre ses travaux avec Cambacérès afin de lui soumettre un nouveau projet. C’est à lui qu’on doit l’idée de jury populaire indépendant dans les procès criminels ainsi que la possibilité de révision d’un premier jugement. Très conservateur, il milite aussi pour l’encadrement du divorce, le rétablissement de l’autorité paternelle et la censure de la presse qu’il juge responsable des excès de la Terreur. Pour le remercier, Bonaparte le soutient lorsqu’il brigue le poste de sénateur du Nord et, une fois devenu empereur, le décore de la Légion d’honneur et le fait Comte de Ham, dignité au nom ronflant recouvrant une réalité symbolique puisque ce fief est en fait une forêt sur les ruines de l’ancien château du Ham, à Erize-Saint-Dizier.

Lorsqu’il décède en 1813, Napoléon lui fait l’honneur suprême d’un caveau au Panthéon de Paris. Eh oui ! La Meuse est peut-être un département mineur si on en croit la moue méprisante de certains journalistes parisiens, mais elle peut s’enorgueillir d’avoir un de ses enfants au Panthéon, là où reposent les Français illustres… Tous les départements ne peuvent en dire autant !

Prot

Commentaires (1)

1. STOCK Christine samedi, 01 Septembre 2018

Merci de faire valoir la Meuse, je ne savais pas qu'il y avait autant d'hommes célèbres dans notre département et c'est avec plaisir que je lis votre rubrique.

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