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L'inclassable de

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Daniel DUBOURG


Des origines supposées du tennis

Le tennis, sport très en vogue qui commence à pouvoir être pratiqué par les classes laborieuses (RMistes et chômeurs mis à part, bien sûr !) en ce XXIe siècle bafouillant, n'est pas, à proprement parler, rentable, du moins, sur un unique point : l'occupation de l'espace. En effet, les dimensions du terrain sont assez réduites (d'où son nom de "court", peut-être), ce qui autorise au plus la présence de quatre joueurs (le double). Et encore, remarquez-le bien (car nous ne le redirons plus), dans une rencontre de double, seul l'un des deux équipiers peut frapper la balle pour la renvoyer à l'adversaire, l'autre étant obligé d'attendre que cette dernière lui revienne éventuellement. Donc, sur quatre joueurs, il n'y en a que deux à être occupés à la fois, un de chaque côté du filet.

Pour ce qui est des autres aspects de la rentabilité, il ne faut se faire aucun souci : grands joueurs classés ATP, sponsors de tous poils et énergumènes gravitationnels n'en sont pas à râcler le fond de leur bourse dès le 9 du mois.... Petite parenthèse, mais de taille: au tennis de table, celle-ci est si petite que les joueurs ne peuvent même pas y accéder. Et s'ils s'y hasardaient, ils ne pourraient pas jouer : il suffit d’imaginer leur position… Voilà pourquoi, sans doute, ils restent au sol, surtout quand on sait (mais seulement quand on sait...) que ce sport se pratique aussi en double ! Jouer à quatre sur une table ne serait vraiment pas pratique ! Certaines recherches tendraient à prouver que le tennis de table trouve son origine dans des joutes oratoires nées entre tribuns et gens brillants de la bonne société réunis autour d’un repas raffiné au cours duquel les orateurs se renvoyaient la balle, la fourchette ou la cuiller faisant symboliquement office de racket (pardon ! raquette !)

Mais revenons au sujet qui nous intéresse, car la parenthèse présente tarde à se fermer. Le tennis trouve ses origines chez les gens de la mer, les pêcheurs hauturiers, comme les thoniers, par exemple. Lors des rares moments de loisirs, une fois le filet tiré, un peu avant midi ou en soirée, on le tendait sur le pont pendant que le cuisinier (souvent chinois, et de là vient peut-être le ping-pong, mais n'anticipons pas trop, que diantre !), préparant le repas, levait des filets de thon ou de cabillaud.

Les marins utilisaient des poêles comme raquettes. Un jour, le fond de l'ustensile jugé un brin trop lourd a été remplacé par des cordes, les chats étant nombreux sur les bateaux en raison de la présence d'horribles et pullulantes hordes de rats.

Au départ, il n'y avait pas de balle. Les marins utilisaient des citrons cueillis au hasard des escales dans les îles (d'où la couleur de la balle) et se les envoyaient pour les attendrir. Ils les frappaient donc de leur poêle, en faisant de grands gestes de bras. De la vient le terme « zeste de citron » colporté par un marin qui avait un seveu sur la langue.

Les ramasseurs de balles que nous connaissons ne sont que la réplique ancienne des mousses d'autrefois, mais ils n'ont strictement aucun rapport avec les balles en mousse. Le lien est trop facile, il est vrai.

Ah, le filet ! Quand le citron « pressé » touchait vraiment bien le filet, on disait déjà « net » car on voyait bien (entre nous, Internet = entrefilet...). Dans le cas contraire, c'était flou et on ne disait rien, même pas « ah, le flou ! Il me faut des lunettes ! »

L'arbitre de la rencontre était le hunier qui, du haut de son perchoir, dans la mâture et la voilure, pouvait repérer toutes les fautes des joueurs. La haute chaise de l'arbitre est là pour rappeler cette particularité.

En mer et surtout par grosse mer quoi, tangage (t'engages la partie ? Mais oui ! vous y êtes !) et roulis étaient si forts que le joueur au service, balloté, déséquilibré, empiétait involontairement dans son camp. Le citron était alors souvent expédié largement hors des limites souvent mal définies. Voilà pourquoi, aujourd'hui, le serveur a droit à deux balles de service mais aussi pourquoi il y a obligation, sur un court de terre ferme pas forcément battue, de placer les deux pieds derrière la ligne de fond.

Sur le thonier, à la fin de la partie, il fallait assurer le service aux cuisines. On enroulait alors le filet, on rapportait les poêles et tous les citrons utilisés et, à table, le cuisinier donnait le thon. Au dessert, on avait coutume d'honorer le vainqueur de la rencontre en levant à bouts de bras, au-dessus de la tête, tous les saladiers posés sur la table. Cette tradition a été conservée pour la remise de la Coupe Davis.

Longtemps, la tenue blanche du tennisman a été obligatoire, par pur conservatisme aristocratique. Oh, non ! Elle n'avait rien à voir avec l'accoutrement de nos braves pêcheurs mouillés, gluants d'écailles, puant la morue et le viscère chaud. Elle trouve cependant ses origines dans la marine, eh oui ! En effet, dès que ce sport s'est démocratisé, sa pratique s'est foutrement répandue et la marine, marchande comme de guerre, a adopté la tenue blanche.

Aujourd'hui, on affuble celle-ci de couleurs, de calicots, de pancartes, de logos. Il paraît que les marques publicitaires font gagner de l'argent aux joueurs dont ce sport est le métier, le casse-croûte, le gagne-pain (notez, au passage, que l'on ne dit pas le gagne-croûte et le casse-pain ; c'est logique : après avoir gagné son pain, on peut seulement casser sa croûte. Enfin, c'était une divagation). Ma foi, il faut bien, nécessité oblige, qu'ils nourrissent leur petite famille, ces braves joueurs, quand ils en ont une. Il est vrai que les pêcheurs à l'origine de ce jeu innocent n'étaient en rien soucieux de cela. Le poisson était leur gagne-pain et voilà qui les comblait abondamment, on l'imagine.

La mode a, ma foi, raccourci les pantalons pour tailler des shorts (à noter : short=court, en anglais, le court de tennis…), rien de plus logique dans la logique de recherche d'une plus grande liberté de mouvement et d'une saine aération, l'esthétique n'intervenant que peu.

C'est peut-être pour les mêmes raisons que les jupettes des tenniswomen sont rapidement devenues courtes, si courtes qu'elles existent encore, malgré tout, comme les derniers témoins d'une époque puritaine révolue.

Beaucoup s'interrogent sur l'origine du nom de ce sport. En vérité, ce dernier a été attribué bien tardivement, à une époque toute proche où les femmes commencèrent à fréquenter timidement les courts. D'abord, spectatrices, elles s'émerveillaient de voir circuler, à folle allure, une boule jaune qu'on frappait d'un engin aux formes si proches de leurs chères poêles à frire auprès desquelles la gent masculine les maintenait. On aurait dit comme un oignon faisant la navette entre les poêles, jeu très masculin, à vrai dire. Plus tard, l'une de ces dames, épouse d'un joueur, désireuse d’apprivoiser aussi cette boule jaune et de tenir fermement le manche bien rigide de la raquette, introduisit dans les gradins un mot timidement prononcé qui, de bouche à oreille, devint bientôt « tennis ».

Bien entendu, dans certains couples un peu branchés, comme on dit de nos jours, la plaisanterie masculine à la mode fut vite : « Tu ferais une petite partie de tennis avec moi, ma chérie ? ».

Enfin, et pour finir, à propos de court, sachez que la pratique de ce sport n'a cessé de se répandre. Sur les paquebots, liners et autres transatlantiques, on a dessiné des terrains bien plus longs que leurs ancêtres tracés sur le pont encombré et étroit des thoniers. Peu à peu, par extension, les marins (et hop ! on revient à eux, comme quoi le monde est bien fait, pour lui) sont devenus des marins aux longs courts...

 

Dubourg

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