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Par Daniel DUBOURG

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Le coin du philosophe

Elle me plaît bien, cette inscription figurant sur la photo de la rubrique philosophique. À l’évidence, elle montre qu’il s’agit bien d’un coin, d’un petit coin fait de quatre planches, comme j’en connus encore quelques-uns, enfant, bien au calme, à l’abri des indiscrets, le plus souvent implanté tout au fond du jardin, à distance respectable des habitations, sans doute en raison de senteurs et de l’utilisation annuelle d’ultimes productions individuelles. Il s’agissait bien d’un cabinet, d’un véritable cabinet de réflexion, où l’on pouvait à loisir s’abîmer dans celles-ci sans crainte d’être dérangé, mais dont je ne soupçonnais pas la vocation à l’époque. L’installation, quoique sommaire était suffisante. Il y avait même de la lecture, éphémère et parcellaire, à laquelle on pouvait se consacrer un moment, et qui provenait le plus souvent de quotidiens régionaux déjà déchiffrés dans leur intégralité au coin du feu ou sur le bord de la table. C’était en ce lieu modeste et humble qu’ils entamaient leur dissolution, après avoir été parcourus parfois d’un derrière distrait comme disaient certains, avec humour.

Parler de cabinet n’a rien de comique ni de dégradant. Et nul n’est besoin de dresser la liste de ces sortes d’officines parfois étroites dans lesquelles se pratiquent des soins, des examens, ou se prennent des décisions variées, parfois importantes. Citons simplement le cabinet dentaire, celui de l’avocat, celui du préfet ou encore du ministre, à forte population. Il s’agit au départ d’une petite cabine, une petite cabane.

Voilà pour ce qui est de leur fonction. Mais dans le cas qui nous intéresse, si le local échappe à cette destination, il n’en reste pas moins qu’il incite à une certaine humilité, la position temporaire et tout hiératique de l’occupant en donnant le climat et semblant être de nature à favoriser la pensée et la réflexion. Il suffit d’observer l’attitude prise par Le penseur de Rodin pour en être convaincu. Et encore, ce dernier, fort absorbé dans ses pensées, n’est-il assis que sur une pierre…

Certes, ce discret lieu d’isolement n’est pas ainsi perçu lorsque, enfant, on n’est mû que par l’action, l’immédiateté, le mouvement et que, philosophe en voie de construction, l’on n’est guère enclin à pratiquer la spéculation et le retour sur soi-même.

La philosophie itinérante est le véhicule de pensée des péripatéticiens disciples d’Aristote. Le repli sur soi peut se faire au fond d’un tonneau, dans l’obscurité. Selon notre humeur et notre tempérament, nous pouvons choisir de nous isoler ou non pour philosopher. Mais un minimum de calme est indispensable. Se couper du monde, s’en extraire jusqu’à ne plus avoir avec lui la moindre relation n’est peut-être pas une position philosophique, car nous pouvons penser que cette scission et artificielle. En effet, quels éléments sont susceptibles de montrer qu’il y a une véritable coupure ? À chacun d’apprécier. Mais toute coupure volontaire demeurant une position intellectuelle consciente n’en est peut-être pas une, dans la mesure où, même si l’intention est là, de nombreuses fonctions vitales s’exercent encore, nous rattachant ainsi en permanence à nous-mêmes, aux autres, et au monde qui nous entoure.

J’ai cru entendre frapper à la porte. Mais il n’y a personne. Je peux donc poursuivre.

À l’orée de cette nouvelle saison (oui, j’ai l’habitude de fonctionner avec le calendrier scolaire), je tente de définir les orientations que pourraient prendre mes divers propos philosophiques, outre ceux qui pourraient naître de façon imprévisible, motivés par une anecdote ou un événement inattendu.

En outre, il me vient des envies de braver, de polémiquer, en quelque sorte d’être assez impertinent et un tantinet subversif. J’ai bien conscience que l’actualité, de plus en plus riche, incite à cette tendance, parce qu’elle heurte certaines de mes conceptions philosophiques, pour ne parler que d’elles.

J’hésite donc entre cette position et celle qui, plus sage sans doute, consiste à ne pas rentrer dans l’arène conflictuelle, de façon à tenter de prendre un peu de hauteur. Et je me rappelle soudain que philosopher, même si c’est choisir certaines options pour se les approprier et en faire son mode de vie et de pensée, toujours à mettre en doute et à personnaliser, c’est bien plus évaluer afin d’en tirer la substantifique moelle, de façon à opérer en nous quelques réglages et mises au point nous permettant de vivre au mieux le quotidien pour tenter d’être en paix et au clair avec nous-mêmes et les autres. J’espère que ces quelques considérations très personnelles ne vous ont pas rebuté(e). Sinon, excusez-moi.

Cette fois-ci, je n’ai pas rêvé : on frappe vraiment à la porte. Bon. Je n’ai pas encore choisi. Je viens tout juste de terminer un ouvrage traitant du choix et de l’engagement. Et j’allais aborder la table des matières.

Dubourg

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