EtymotsJuillet aout 22018 1

Par Monique VILLAUME

Chaque mois, Monique vous propose le parcours et les ramifications de trois mots français courants.
Vous trouverez cette fois six mots, pour agrémenter vos soirées de juillet et d’août réunis.

Gadoue. Nom féminin attesté dès 1561, à rapprocher de son doublet : gadouille.

Dans l’étymologie, on trouve en gallo-romain les mots : gade : boue et vadum : gué, ainsi que doue : fossé, qui a donné le mot français→ douve.
Au final de tous ces croisements, gadoue signifia : la boue des fossés.
Le français l’utilisa dans le sens de terre détrempée, mais le mot a désigné aussi un ensemble de matières fécales et d’immondices employées comme engrais.
Par extension, on lui donna un sens péjoratif pour désigner les choses sales et on l’appliqua aux femmes malpropres ou de mauvaise vie : les prostituées (1867).
Naturellement aussi, on lui trouva un synonyme de 5 lettres bien connu et nous ne disons plus, pour évoquer quelqu’un dont la situation est désastreuse, qu’il est « dans la gadoue » ! Nous utilisons le synonyme ! 

Gaffe. Nom féminin.

Dans le dictionnaire ce mot suit, par le hasard des lettres de l’alphabet, mais cependant bien opportunément, le mot précédent : gadoue.
Ce mot a depuis longtemps une double acception :
Il nommait une perche pour passer un gué et désignait aussi la maladresse du piéton qui patauge dans la boue du gué.
Aujourd’hui encore, nous avons gardé les deux sens, d’abord celui de la perche qui sert à manœuvrer une petite embarcation, et celui, venant du provençal, de la maladresse.
Le dérivé verbal gaffer a lui aussi les deux sens : accrocher au moyen d’une gaffe ou commettre une maladresse « j’ai gaffé ».
Dans le langage courant, on trouve également l’idée de guetter, surveiller, faire attention.
- Gaffe ! ou fais gaffe ! Fais attention, regarde bien !
On explique la proximité de sens entre l’objet gaffe et l’idée de surveillance par une métaphore : Accrocher (gaffer) du regard, surveiller.
D’ailleurs, en argot, un gaffe est un gardien de prison, celui qui gaffe, qui surveille.

Gaillard(e). Adjectif et nom.

Sans doute dérivé du gallo-romain galia : force, robustesse, vaillance. (Gallia est à l’origine du nom de notre pays : la Gaule).
Un gaillard est un homme solide et être gaillard dès le matin signifie être vaillant, en forme !
Outre la force, l’adjectif évoque la joie de vivre, l’entrain, la gaieté, un peu libre d’ailleurs. Les gaillardises sont des plaisanteries libertines !
Le nom, comme l’adjectif, s’est appliqué à des constructions solides de châteaux ou de cités, comme le Château-Gaillard construit par Richard Cœur de Lion ou Brive-la-Gaillarde et son enceinte construite en 1341, avec l’idée de renforcer sa capacité à résister aux attaques.

Ragaillardir, verbe dérivé, signifie redonner de la force, de la vigueur, de l’entrain.

Les  insolites des étymots en un clin d’oeil :

Un gavroche est un gamin de Paris, espiègle et sympathique.
Il doit son nom à Gavroche, le personnage principal de Victor Hugo dans les Misérables.

Il gît, il gisait, un gisant, viennent des rares emplois d’un verbe à l’infinitif peu connu : gésir, qui signifie être allongé à terre, comme mort.
Il ne s’emploie qu’au présent et à l’imparfait de l’indicatif, ainsi qu’au participe présent.

Vous pouvez faire une pause, voici les étymots du mois d’août.

Hanter, verbe transitif.

L’origine de ce mot se trouve dans le scandinave ancien heimta : qui a donné le « chez-soi » allemand : Heim ou anglais : Home. En passant par la Normandie, il a pris le sens de fréquenter régulièrement quelqu’un. L’expression « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es » en est issue. Nous la traduisons d’ailleurs par « dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ».
Mais la Normandie est une terre de légendes, et hant voulait aussi dire : spectre, tandis qu’en Angleterre, to haunt était largement utilisé dans les romans fantastiques avec des fantômes.
Alors, bien naturellement, les châteaux anglais et normands furent fréquentés par des spectres, et ceci de façon récurrente. Ils furent hantés.
Avec un sujet abstrait, ce sont des idées ou des soucis qui viennent vous hanter la nuit.
Hanter a acquis aujourd’hui le sens d’obséder, et la hantise est une obsession préoccupante.

Heur. Nom masculin.

Ce mot ne fait pas partie, sous cette forme, du vocabulaire actuel courant, à moins que vos propos ou votre style n’aient pas eu l’heur de plaire à quelqu’un, qui vous l’aurait fait savoir.
Il vient du latin classique augurium, présage (favorable ou non), d’où les glissements de sens vers chance (bonne ou mauvaise), puis vers sort, destinée.
Si Molière et Corneille l’utilisèrent, le nom heur vieillit mal, au contraire de ses dérivés qui eux, demeurent bien vivants encore aujourd’hui.
- Heureux, adjectif ou nom,  concerna d’abord celui qui bénéficiait d’un destin favorable.
Il fut longtemps utilisé comme nom, au masculin exclusivement, et plutôt au pluriel :
Les heureux de ce monde. D’abord réservé aux humains, il qualifiera aussi des notions plus abstraites, un heureux sort, un heureux hasard (expressions qui relèvent presque du pléonasme), avoir la main heureuse (surtout dans les tirages au sort !), un heureux caractère, une disposition à bien « prendre » les évènements de la vie.
- Les noms dérivés : bonheur (bon/heur) et malheur (mal/heur), ont gardé la connotation de sort, chance, qu’illustrent les expressions porter bonheur, porter malheur, ainsi que tous les porte-bonheur que l’on vous propose et qui varient selon les pays et les époques.
Par bonheur ou par malheur sont emprunts de votre réaction à un évènement, que vous attribuez encore à la chance.
L’exclamation malheur ! est une exclamation dictée par votre déception ou votre désespoir.

Hirondelle. Nom féminin. L’hirondelle est un oiseau migrateur à queue fourchue.

En 1546, Rabelais utilisait déjà le mot hyrondelle emprunté à l’ancien provençal irondela.
Hirondelle s’est substitué à aronde, dont nous avons conservé la trace dans le vocabulaire technique : en queue d’aronde (le tenon d’un assemblage s‘élargit en queue d’hirondelle).
Le mot, complété : hirondelle de mer, peut désigner d’autres oiseaux marins comme les sternes ou un petit bateau à vapeur rapide, volant au-dessus de l’eau. Les ailes des hirondelles ont inspiré des dénominations familières pour des personnes portant des voiles comme les religieuses, ou pour les gendarmes à vélo, dont le vêtement flottait au vent.
Par allusion au caractère migratoire de ces oiseaux, on dénomma hirondelles les métiers saisonniers comme les ramoneurs, les marchands de marrons (appelés hirondelles d’hiver) qui venaient travailler dans les villes notamment Paris au début de l’hiver.  

Les insolites des étymots en un clin d’œil.

Hémisphère, nom masculin, contre toute attente! C’est pourtant bien la moitié d’une sphère !
Hermaphrodite, nom ou adjectif. Individu bisexué, né de l’union d’Hermès et d’Aphrodite.
Hidalgo. En espagnol, ce nom désigne une personne de petite noblesse, un gentilhomme. Réputé beau et fier. On dit en effet, un bel hidalgo, un fier hidalgo.

Villaume

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