Le coin historien5Juillet aout 22018 1

Par Jean-Luc QUÉMARD

Quemard 3

Si Rembercourt-Sommaisnes m'était contée (3/4)

L’annexion de Rembercourt-aux-Pots à la France

Une longue période très complexe, traversée par maints rebondissements qui ont épisodiquement, perturbé l'histoire de cet inoffensif et pittoresque village aux allures seigneuriales.

François 1er, déjà lors de son règne, lorgnait sur cette partie de Meuse ; celle du Barrois mouvant[1] et non mouvant[2] et les terres d'Argonne, afin d'agrandir son royaume au détriment du Saint-Empire germanique dont le fleuve Meuse était de fait, la frontière naturelle. Dès lors, Rembercourt-aux-Pots, se situait à l'ouest de cette limite, quelles seraient les conditions de son rattachement au royaume de France ? Une rente limitée dans le temps, un achat en « Louis d'Or » (monnaie frappée de 1640 à 1792), une conquête militaire ? Non, rien de tout cela, seule la bonne intelligence permit un rapprochement idéalisé sous le règne de Henri II (la chevauchée d’Austrasie[3] de 1552, qui permettra à Verdun de devenir française en 1648). Les négociations menées sous Louis XIII et Louis XIV, enfin sous Louis XV, amèneront Rembercourt sous la régence du roi Stanislas, Duc de Lorraine et Duc de Bar, à devenir définitivement française en 1766. Mais de François Ier à Stanislas, que de tourments, que de tergiversations, de négociations, notamment avec le roi Charles IV de Lorraine.

Dès le début du XVIe siècle, l’autorité royale s’affirmait de plus en plus sur l’Argonne et dans le Barrois, on y remarque nombre de conflits déférés à la justice du roi de France. Or, en 1529, des bourgeois de Rembercourt refusèrent de comparaître devant le tribunal du bailli de Sens, sous prétexte que leur village était sous l'emprise de l’empire germanique et rattaché à l’évêché de Verdun. Ce genre de situation particulière, mais monnaie courante à l’époque, laissait à penser que les contrées situées sur la rive gauche de la Meuse seraient un jour ou l’autre rattachées au royaume de France. Et Rembercourt n’y échappera pas.

En 1535, un procès intenté à Claude de la Vallée, prévôt de Clermont-en-Argonne remit en cause les limites du royaume ; ce qui permit d’affirmer les droits souverains du roi de France sur cette partie du territoire meusien. Monseigneur Aimond, évêque de Verdun, ne tenta rien contre cette résolution, bien au contraire, il reconnaîtra cette juridiction royale comme celle étant la plus appropriée sur cette terre argonnaise. Les cardinaux Louis et Jean de Lorraine, successivement évêques de Verdun, n'en firent pas état et laissèrent la suprématie royale s’installer pour des raisons opportunistes et familiales. En 1538, François 1er voulut calmer les ardeurs du parlement de Paris en intervenant à ce sujet pour éviter d'entrer en conflit avec Charles Quint ; son intervention judicieuse, hélas tardive, n'empêchera pas la procédure d’acquisition des territoires à l'ouest de la Meuse. Celle-ci vit le jour le 16 juillet de cette même année et ne s’arrêta plus jusqu’à l’annexion complète.

Cette procédure de rattachement à la France étant très complexe, il n'est pas aisé ici d'en décrire toutes les phases, en voici les principales étapes :

Cette planification ne fit pas l'unanimité en Lorraine. La cour intenta une véhémente protestation, affirmant que les terres d'Argonne situées sur la rive gauche ne relèvent nullement du Roi de France, arguant que ces dernières ne font pas partie du Barrois mouvant, dont les monarques par tradition, ont reçu hommage. Elles sont gérées sous la tutelle du diocèse de Verdun. Cependant, un compromis fut établi en avril 1539 dans lequel, François 1er signa avec Anthoine de Lorraine un traité qui poussa ce dernier à lui rendre hommage en lui cédant les châteaux de Souilly et de Louppy et, de ce fait, de tous les territoires compris entre ces deux localités. Cette affaire sera, semble-t-il, non contestée jusqu'en 1562, époque où Nicolas Psaume, évêque de Verdun, affirmera à nouveau ses droits sur le territoire de Rembercourt-aux-Pots. Hélas, il fut débouté et, Rembercourt et ses terres ainsi que le Barrois mouvant furent soumis en 1633 (décision du parlement de Paris, suite au traité de Vic signé en 1632[4], pour une durée de huit années sous le sceptre du Roi de France jusqu'en 1641. Louis XIII, alors, aux affaires, fit acte de souveraineté sur Rembercourt en passant ses troupes en revue dans les plaines du finage[5]. Selon les témoignages de l'époque, il aurait été hébergé à l'auberge du faisan d'argent.

La dernière partie paraîtra au mois de septembre.

 


[1] Le Barrois mouvant alias Barrois royal, partie occidentale du Barrois incluse dans la mouvance du royaume de France.

[2] Le Barrois non mouvant, alias Barrois ducal, partie du Barrois qui n'est pas affiliée au royaume de France.

[3] Expédition militaire contre  Charles Quint qui permit à Henri II de conquérir dans le Saint-Empire romain germanique  les Trois-Évêchés, Metz, Toul et Verdun, cette dernière sans résistance.

 

[4] Le finage (du latin finis, limite, clôture) correspond à l'étendue d'un territoire villageois. Très souvent le finage regroupe plusieurs terroirs permettant une diversification des ressources. En Europe, les limites des finages médiévaux se sont souvent transformées en limites de communes.

[5] Il s'agit de Vic-sur-Seille, traité signé le 6 janvier 1632 entre le duc Charles IV de Lorraine et le roi Louis XIII, prélude à celui de Westphalie du 4 octobre 1648 qui octroiera les évêchés de Metz, Toul et Verdun au royaume de France.

 

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