Coinphilosophe3Juillet aout 22018 1

Par Daniel DUBOURG

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La grenouille et les vacances

Autrefois, dans son bocal, la grenouille d'Albert Simon, qui donnait les tendances météorologiques, grimpait à son échelle ou en descendait les barreaux, selon le temps à venir. Méthode empirique et peu précise, qui ne nous permettait pas de nous renseigner sur la température de l'eau et de l'air. Le milieu aquatique convenait toujours au batracien, car il n'était soumis qu'à de très infimes variations.

Et qui ne connaît pas l’histoire de cette autre grenouille, tranquillement installée dans son bocal, sous lequel on a allumé un feu très doux.

La température s’élevant progressivement, l’animal finira par mourir dans un élément vital devenu peu à peu insupportable. Elle ne se sera jamais aperçue de rien et n’aura donc pas eu la possibilité de réagir pour se sauver.

La période estivale nous conduit à certaines attitudes que nous n’avons pas forcément à d’autres moments. Elle est celle du « grand repos annuel » au cours duquel nous décrochons et rompons avec nos habitudes quotidiennes orchestrées par le travail, de nombreux rendez-vous et des obligations incontournables.

Il s’ensuit forcément que nous décidons, en été, de marquer le pas, de changer de rythme, ce qui est normal. Nous consacrons plus de temps à penser à nous-mêmes et à nos proches, car notre esprit est désireux de se libérer d'une foule de soucis et de contraintes.

On « s’adoucit », on se relâche, on se relaxe, corps et esprit tout à la fois. On se laisse donc envahir par la torpeur et la douceur, bien décidé, le dépaysement aidant, à mettre à distance nos pensées quotidiennes ordinaires. On ouvre donc une parenthèse que l’on devra refermer bien vite après quelques semaines, même si l'on sait que, dans une phrase, le sens du contenu de la parenthèse ne peut être dissocié de celui de cette dernière.

Pour autant, notre fameuse halte estivale peut être l’occasion idéale de faire le point, justement parce qu’on se sent plus libre, plus disponible, moins happé par le temps, ce temps dévorant, toujours insuffisant, après lequel nous courons en vain sans jamais parvenir à le saisir puisque nous avouons souvent ne pas l’avoir.

Le moment des vacances (c’est peut-être plus celui de l’été) est celui où l’on se lâche, comme il est coutume de le dire à présent. On se laisse aller davantage, on peut se ramollir, ralentir, s’assouplir, s’assoupir et récupérer, se vider la tête, connaître les plaisirs différents, des moments d’évasion et d’escapade.

On voit la vie soudain plus belle parce que l’on s’est « délocalisé ». On fait relâche tout en sachant que, dans quelque temps, il faudra bien s’y remettre, comme on dit.

Trop penser risquerait de gâcher ces quelques jours de congés. On ne veut donc pas entendre parler de tout ce qui pourrait causer souci, ombrage.

Je ne voudrais pas jouer les gâte-sauces en disant que, quelle que soit la latitude, le feu doux continue de réchauffer le bocal. Si nous le savons, c’est peut-être mieux…

Alors, n’est-il pas possible de nous tenir en éveil et d’exercer notre capacité d’attention et notre esprit critique, que l’on se prélasse sur le sable chaud ou que l’on gravisse des sentiers ardus, heureux d’être de ceux qui le peuvent et qui l’ont choisi ?

La force de l’habitude et la lente progression de la température de l'eau ne devraient pas nous empêcher d’être heureux et satisfaits de vacances bienvenues et nécessaires, de faire des rencontres et des découvertes de toutes sortes, de tisser des liens. À certaines conditions toutefois… Entre autres, celle qui consiste à surveiller étroitement son bocal et même le bocal commun, histoire de ne pas rendre inacceptable ce qui ne saurait l’être, tant pour l’individu que pour le groupe. Mais là, tout est peut-être fonction de la taille de notre bocal.

Bonnes vacances !

 

Dubourg

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