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Par Monique VILLAUME

Chaque mois, Monique vous propose le parcours et les ramifications de trois mots français courants.

Fame

Écririez-vous un remède de bonne femme ou un remède de bonne fame?
Ne criez pas à l’imposture ! Je sais bien qu’un adulte de genre féminin est une femme.
Mais qu’entendez-vous par cette expression ? Que le remède ne repose sur aucune base scientifique, qu’il ne vaut donc pas grand-chose, qu’il viendrait d’une femme non cultivée ou d’une grand-mère un peu sorcière ? Ne dit-on pas d’ailleurs un remède de grand-mère ?  
Mais ne seriez-vous pas un peu sexiste ?  
En anglais, famous se traduit par célèbre, renommé, en bien ou en mal d’ailleurs.
Quelle différence d’appréciation! C’est ce qui m’a interpellé et a motivé ma recherche.
Voici ce que j’ai découvert : En latin fama désignait un bruit qui court, une rumeur.
Et accompagné des adverbes bien ou mal, le mot famé désignait une personne de bonne ou mauvaise renommée.
Nous avons gardé ce sens uniquement pour le lieu, qui peut être mal famé ou malfamé.
Un remède de bonne fame est donc un remède renommé, d’usage courant et connu de tous, sans préjuger de son efficacité. Et seul le sexisme y voit l’œuvre d’une femme ignorante !
Vous écrirez donc désormais, un remède de bonne fame, de bonne réputation.

Fard. Nom masculin.

Vient du verbe farder : maquiller, se déguiser sous une apparence trompeuse.
On le trouve en francique signifiant teindre, colorer (1165) et en haut allemand : farwjan, devenu en allemand d’aujourd’hui: färben (→die Farbe, la couleur).
La notion d’apparence trompeuse n’apparaît plus qu’au sens figuré, dans des locutions littéraires comme agir ou parler sans fard.
Nous avons gardé le sens propre de colorer, maquiller, dans l’expression piquer un fard, rougir, ou avec le participé adjectivé fardé(e) : Elle est trop fardée.  
Mais on entend bien que farder ou maquiller veut aussi bien dire poser un maquillage esthétique que tromper : maquiller un crime !
Sous le fard, les deux sens continuent de se côtoyer ! Et attention à l’orthographe de fard !

Foutu. Adjectif.

Venant du participe passé du verbe foutre, dans le sens de fait.
Bien ou mal foutu, bien fait ou mal fait.
À mettre en parallèle avec le mot fichu, forme atténuée de foutu, de sens équivalent, avec la construction identique :
Bien ou mal fichu, bien fait ou mal fait.
Foutu s’emploie aussi dans le sens de perdu, très abîmé, très malade.
Foutu de signifie capable de, surtout employé dans la forme négative, il n’est pas foutu de
On entend depuis peu l’adjectif préfixé infoutu de, incapable de, d’usage familier.
Avec l’usage, les dérivés de foutre ont perdu la forte connotation sexuelle du mot, comme 
foutaise : chose ou évènement sans intérêt,
foutoir, qui est passé du sens de pénis, ou de lieu d’ébats érotiques, au sens de lieu en grand désordre, d’évolution parallèle à celle du mot bordel.
S’en contrefoutre, s’en moquer, et pour le j’m’en-foutiste, nom masculin d’usage familier.
Si l’on en reste au sens de fait, comme dit plus haut, une femme bien foutue est une femme bien faite et un homme bien foutu un homme bien fait, ou parfois simplement bien habillé !
Et n’allez pas chercher plus loin !

Villaume

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