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Par Jean-Luc QUÉMARD

Quemard 3

Si Rembercourt-Sommaisne m’était conté (2/3)

Partie II : Le nom de Rembercourt-Sommaisne,
ex « aux-Pots »

Le nom de cette localité de la Meuse profonde a bien donné du fil à retordre aux étymologistes, passionnés par l’histoire attachée à ce vocable. En effet, depuis le Vème siècle, ce village a maintes fois changé d’appellation, à dire vrai, plus d’une vingtaine de fois, sans pour autant dénaturer la racine « Rambercurt ou Rembercort». Il fut découvert dans un registre du 15e siècle (1402) le nom de : Remberticuria ad Pontes, que nous pouvons traduire en : Rembercourt-aux-Ponts, or, cette localité n'a jamais eu besoin de ponts pas plus qu'aujourd'hui. Ce nom devait faire allusion aux grandes familles qui résidaient à cette époque dans ce bourg : les Pontrieux ou Poutrieux, désignant ainsi des fabricants de poutres utilisées pour l'édification de ponts. L'étymologie pousse très loin les recherches qui peuvent souvent se perdre en supputations pour le moins farfelues.

Les changements de nom qui sont mentionnés dans cet article ne concernent que ceux qui ont été l’objet d’une passion villageoise et meusienne du 20e siècle. Orchestrée par un un érudit en la matière, il faut, à ce point, nommer l'abbé Charles Joignon, chapelain en la  cathédrale de Verdun et curé de la paroisse de Rembercourt.

Rembercourt…ex Remberticuria (nom latin), l’abbé Joignon, expert en étymologie, a impulsé une étude de grande envergure dans la première moitié de ce 20e siècle qui amènera son épilogue à la découverte du pourquoi : Rembercourt-aux-Pots.

Le terme : aux-Pots, pourrait laisser croire à un établissement de potiers ou à l’installation d’une poterie dans ce village, or, si tel était le cas, il n’y avait pas plus de ces artisans que dans d’autres communes. Non, il faut chercher ailleurs et surtout dans le domaine de l’histoire de ce village qui dans les temps jadis où le royaume de France était en limite sur cette partie de territoire avec la frontière du Saint-Empire germanique. Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Cette commune était à cette période de son existence, frontalière avec ce pays germanique, ainsi le mot « Pots », trouvait son existence et ainsi sa raison d’être. Ce nom fait son apparition en 1656 sur une carte de l’évêché de Verdun, puis en 1700 sur une carte d’état. En effet, il s’agissait bien en désignant « Pots », des poteaux-frontière dont Rembercourt était un village emblématique de cette limite administrative. L’abbé Joignon venait de toucher un point sensible concernant l’histoire de ce bourg. D’autant plus, qu’en approfondissant l’étude du mot, il s’aperçut que le nom « Remberticuria-ad-postes » signifiait également, par extension, « postes-frontière ». Finalement, on se trouve devant un terme qui peut avoir plusieurs origines, mais un seul dénominateur commun, celui, d’être en accord avec la délimitation administrative de l’époque. Pourtant, ce nom n’a jamais été orthographié comme il se doit : aux poteaux ou aux postes-frontière. La raison d’avoir ainsi été inscrit dans sa plus simple expression « poteaux ou postes » en « Pots », ne s’explique pas, les recherches demeurent vaines. Poussant les investigations, ce découvreur mit le doigt sur un autre élément qu'il pouvait s'agir également de Rembercourt-aux-Postes des fins de France. Ce village ainsi reconnu par le pouillé de 1711, avant d’être annexé  par le Duché de Bar et la Lorraine, était désigné comme tel, à savoir le dernier à franchir avant d'accéder à l'empire teutonique.

Cette étude passionnante ouvrit la voie à d'autres initiatives, en effet vers les années 1930, la commune se demanda s'il ne fallait pas changer à nouveau le nom pour honorer la mémoire des effroyables combats de la Vaux-Marie de septembre 1914, Rembercourt-la-Vaux-Marie. L'abbé Joignon, artisan de cette belle initiative reçut à cet égard, un appui de taille en la personne du héros local, Mr Paul Jolibois[1], lieutenant au 25e BCP[2] qui a participé à cette lutte épique sur ce terrain où tant de ses camarades sont tombés. Il faut rappeler que cet honorable ancien combattant était instituteur avant-guerre à Érize-la-Grande, un petit village sis, non loin de Rembercourt-aux-Pots. Le quotidien «l' Est Républicain » du 27 septembre 1935 relate ce fait où un changement de nom était devenu possible, car la municipalité avait déjà émis le vœu d'en changer en troquant « aux-Pots » par « en Barrois ». Un document administratif faisant foi et attestant ce changement avait été adressé à la Préfecture. Finalement, le souhait de cet érudit curé et de Mr Jolibois n'a pas abouti, ni celui émis par la municipalité de l'époque. 

Jadis, ce terme continua son bonhomme de chemin, les passants et les touristes trouvaient fantasque ce nom qui pouvait prêter à sourire au détriment des administrés qui eux, connaissaient l'histoire et l'origine de ce très curieux et original nom de Rembercourt-aux-Pots et les raisons de son abandon.

Il fallut attendre le 1er janvier 1974, pour que ce village, enfin, trouve une destinée plus heureuse : Rembercourt-Sommaisne, l'aboutissement de la fusion avec son village voisin, Sommaisne. Mais les anciens, selon les us et coutumes, continuèrent longtemps à désigner ce village avec l'ancienne appellation, même encore aujourd'hui, il n'est point rare de mentionner cet ancien terme après avoir conformément appelé de son vrai nom ce Rembercourt qui restera à jamais dans les cœurs, celui de « aux-Pots ». Certains habitants peu corrects ou même des passants tournaient en dérision  ce nom en le découpant de la sorte : Rembert court aux pots. Un amusement qui était parfois ressenti très affligeant par les administrés. 

Au fait, je vous ai entretenus sur le nom de Rembercourt ceci, Rembercourt cela, mais Rembercourt uniquement, d'où vient ce vocable ? Cela se traduit du latin Remberticuria, c'est-à-dire du point de vue étymologique de « terre, cure, ou curie administrative » confiée aux soins ou placée sous l'autorité d'un personnage portant le nom de Rembertus ou Rembert, d'où « curia remberti » ou curie de Rembert.

 


[1] Paul Jolibois fut également instituteur après guerre à Laheycourt, il est l'auteur du livre « En flânant au long de la Chée » paru en 1934, à la librairie Frémont, éditeur.

[2] 25e BCP : 25e bataillon de chasseurs à pied, unité ayant combattu dans ce secteur avec les 26e et 29eBCP et le 106e RI, au sein duquel, un certain Maurice Genevoix était Sous-lieutenant.

 

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Commentaires (1)

1. Edith samedi, 02 Juin 2018

Ce n'est pas parce que je laisse rarement un commentaire que je ne lis pas assidûment tes écrits, toujours très documentés. Je penserai à toi la prochaine fois que j'irai me promener à Rembercourt pour admirer sa superbe église, maintenant que je sais ce que sont les fameux pots liés à ce village !

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