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Par Angeline BOSMAHER
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LA TRILOGIE BERLINOISE
de Philip Kerr
 
Trilogie

Né à Édimbourg en 1956, Philip Kerr est un auteur de romans policiers et de littérature jeunesse. Après des études de droit et de philosophie à l’université de Birmingham, il travaille comme rédacteur publicitaire avant de devenir journaliste indépendant.
Avec le succès mondial de sa Trilogie berlinoise (1989-1991), il décide de se consacrer à l’écriture. Son roman sur la mafia russe, Chambres froides, a été adapté à la BBC en série sous le titre « Grushko » en 1994.


En 2006, il offre à Gunther, son héros récurrent de la Trilogie, de nouvelles aventures dans la mort entre autres qui obtient le prix du polar européen dans le cadre du festival Quai du Polar à Lyon.
Depuis 2004, il poursuit également la publication d’une série pour la jeunesse Les enfants de la lampe magique.
Marié à la romancière Jane Thynne (en 1961) et père de trois enfants, il meurt des suites d’un cancer en 2018.

La Trilogie berlinoise comporte les titres suivants : L’ère de cristal, La pâle figure, Un requiem allemand. Dans un contexte historique du III° Reich, ces romans policiers ont pour héros un détective privé, Bernie Gunther.
Berlin, 1936 : Gunther a quitté la police pour devenir détective privé. Spécialisé dans la recherche de personnes disparues, ses affaires se portent bien, les Juifs ayant tendance à beaucoup disparaître dans l’Allemagne nazie. Pourtant sa principale enquête lui est confiée par un riche allemand de souche prêt à payer le prix fort pour retrouver les assassins de sa fille et de son gendre, morts à leur domicile au cours d’un cambriolage qui a mal tourné. Bernie traque les "voleurs tueurs" louvoyant entre voyous, SS et Gestapo.
Berlin, 1938 : associé à Bruno Stahlecker, ancien flic mis au placard pour non-apparte-nance au parti, Gunther est obligé de quitter son travail de détective pour réintégrer les rangs de la police. Nommé commissaire par le directeur de l’Office central de sécurité du Reich, Reinhard Heydrich, sa mission est de retrouver le psychopathe qui enlève et assassine des adolescentes aryennes dans les rues de Berlin.
Vienne, 1947 : Revenu des camps de prisonniers russes, Gunther est désormais un homme marié qui tente de survivre dans un Berlin ruiné et divisé. Il découvre que sa femme le trompe avec un militaire américain. Quand un officier russe, Poroshin, lui demande de venir à Vienne pour aider un ancien policier, Emil Becker, emprisonné pour avoir tué un officier américain, il est soulagé de s’éloigner des affres de la pénurie allemande et de ses problèmes conjugaux. Poroshin qui a une dette envers Becker veut que Bernie prouve son innocence avant qu’il ne soit exécuté par pendaison. Une fois débarqué dans la capitale autrichienne, Gunther est embarqué dans de dangereuses aventures.

Ce qui passionne tout d’abord dans cette trilogie, c’est la toile de fond historique qui présente la montée du nazisme, son apogée et sa fin…
Dès 1936, les mentalités changent : les Juifs sont caricaturés dans les journaux populaires, deviennent des boucs émissaires et l’objet d’une stigmatisation pernicieuse. L’ère de cristal fait référence à la "nuit de cristal" un point d’orgue de leur persécution.
La montée du nationalisme s’effectue par étapes, brassant tous les ingrédients effrayants d’un régime totalitaire : les femmes sont renvoyées à leurs foyers dans un rôle d’épouse et de mère, avec défense de fumer, de se maquiller… Les jeunes sont embrigadés dans les jeunesses hitlériennes. L’homosexualité est considérée comme un crime… Le jazz américain est interdit …
En 1947, avec la fin de la guerre commence enfin la chasse aux anciens nazis et les certificats de dénazification.

Dans un contexte nazi où propagande, endoctrinement, racisme, discrimination, cruauté, violence, manipulations, bêtise constituent le quotidien de Bernie, ce héros s’efforce de faire correctement son métier de détective privé, mais surtout de garder sa liberté, son esprit critique, son humour décapant qu’il décoche dans des piques savoureuses. Gunther est un personnage incorruptible, doté d’un caractère perspicace, courageux, dont l’insolence est un baume jubilatoire. « Il est vrai toutefois que les partis politiques ont toujours eu une forte propension au salut : les sociaux-démocrates brandissaient bien haut leur poing fermé, tandis que les bolcheviks du KPD le tenaient à hauteur d’épaule ; les centristes avaient pour signe de ralliement le pouce et l’index ouverts comme un pistolet ; enfin, les nazis pliaient l’avant-bras d’un geste sec, comme pour vérifier si leurs ongles étaient bien nets ». Derrière l’humour de Bernie, l’écrivain dénonce les idéologies tyranniques qui régentent l’homme grâce à des machines à broyer.

Dans un contexte barbare, l’écriture de l’auteur souvent mordante, ironique, fait sourire, parfois rire. Arme redoutable et libertaire pour lutter contre l’oppression.
Un pavé de plus de 1000 pages à savourer et à méditer…

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