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Daniel dubourg2
par Daniel DUBOURG

Une histoire un peu tarte

Madeleine et Charlotte, deux amies, n’avaient pas le sou. Elles étaient fauchées comme les blés. Mais, comme il leur fallait bien gagner quelque argent pour assurer leur subsistance, elles se mirent en quête d’un emploi.

Elles décidèrent de tenter leur chance en jetant leurs dernières économies dans un voyage Paris-Brest sans retour, espérant bien trouver un emploi en Bretagne.

Elles avaient bien songé, dans un premier temps, à devenir gardiennes de far breton. Mais elles abandonnèrent vite ce projet qui conduisait inévitablement à une vie rude, austère, et toute de solitude. Contre toute attente, alors qu’elles commençaient à désespérer de trouver un emploi, on leur proposa une place dans une pâtisserie. Une véritable aubaine ! Très vite, elles surent se rendre indispensables ; et les clients étaient ravis de leur gentillesse, de leur courtoisie et de la qualité de leur service.

Le soir, dans leur petite chambre, elles peignaient en silence. Comme Madeleine (qui pleurait souvent sans raison, mais discrètement) et Charlotte faisaient merveille dans la petite boutique, le commerce devint si florissant que le pâtissier s’enrichit rapidement.

En raison de bons et loyaux services, les demoiselles fatiguées par de longues journées de travail demandèrent quelques jours de congé. Un peu de repos leur serait salutaire.

Afin de ne pas perdre de temps en voyages longs et exténuants, elles prirent l’avion. Un supersonique les transporta en un éclair en Forêt-Noire, où elles avaient réservé une chambre dans un couvent, une très antique bâtisse de style florentin au sol marbré, occupé par des religieuses.

Elles firent rapidement connaissance d’Honoré, le jardinier de ces chastes locataires. C’était un homme sobre, dévoué et si affable, que la mère supérieure lui prédit un jour une vie paradisiaque, forcément éternelle, ajoutant cependant : « Ce n’est pas parce que vous risquez de devenir un saint, Honoré, que vous devez ne plus tenir compte des bêtises que vous fîtes autrefois à Cambrai, et que les journaux relatèrent abondamment en leur temps. Restez vigilant, afin de ne pas sombrer ».

Honoré, tout heureux de l’être et de se mouvoir comme un poisson dans l’eau en ce charmant gynécée, consacrait une bonne partie de son temps, à l'insu de toutes, à traquer le pet de nonne, celui qui, discret, fuyant ou tonitruant, venait troubler chaque vendredi de prière, en témoignant musicalement de la récente absorption de flageolets et en affichant sa présence odorante, avant d’aller s’étouffer sous les épais tissus des robes.

Suzette, la joviale sœur cuisinière, qui avait Honoré à la bonne, lui faisait régulièrement sauter quelques crêpes, lui bourrait des chaussons de compote et lui cuisait des escargots. Le jardinier était si dorloté, si bien nourri qu’il finit par afficher une brioche de rentier.

Pour tenter de lutter contre son obésité qui allait… croissant, le brave homme décida un jour d’entreprendre un périple dans le bas Varois, qui lui donnerait l’occasion de filer droit en rectifiant sa ligne courbe. Pour assurer sa marche, il emprunta donc le bâton de Jacob, un vieux croquant de ses voisins. Il accomplit sa randonnée en se nourrissant souvent de pain perdu qu’il trouvait sur le chemin, avant d’aller se baigner.

Honoré revint au couvent, après plusieurs semaines de marche, maigre comme un clou et quasiment filiforme. Les bonnes sœurs en furent si étonnées qu’elles en restèrent baba. Pour fêter dignement ce retour, on prépara des Tatin et on pria le jardinier de relater son périple en mille feuilles, sur papier bible.

Ne me demandez pas ce que sont devenues Charlotte et Madeleine. Je serais bien incapable de vous le dire. Cette histoire se termine brutalement, j’en conviens. Mais vous étiez prévenu(e) : je vous avais dit qu’elle était tarte.

Dubourg

Commentaires (2)

1. Edith mardi, 01 Mai 2018

Le chat m'a donne sa langue! Charlotte et Madeleine ont rencontré un financier pour leur boutique mais elles sont tombées sur une tuile car c'était un croquant. Heureusement il a fait amande honorable pour cette pièce montée qui avait failli finir en petit four et elles n'ont pas fini chocolat!

2. Lisette mardi, 01 Mai 2018

J'adore !! Quelle gourmandise ! Je vais croquer un macaron... Merci Daniel, c'est succulent !

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