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Par Daniel DUBOURG

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Les mots doux

Christophe a chanté « Les mots bleus », ceux qui rendent les gens heureux, et qui sont comme les mots doux, ceux que se murmurent les amoureux.

Les mots que l’on s’échange peuvent être durs ou doux, c’est sans doute une banalité. Ils peuvent aussi soigner ou ravager, ensorceler, blesser, détruire ou construire. Ils ont tant de pouvoir qu’ils sont aussi outils de persuasion et d’embrigadement.

Avons-nous toujours conscience, non seulement de leur signification, mais encore de la portée et du poids qu’ils ont et que nous ne soupçonnons pas forcément, lorsque nous les utilisons ?

Il en est que nous employons fréquemment, quotidiennement, parce qu’ils sont des formules consacrées prononcées parfois de façon mécanique.

Bonjour, bonsoir, au revoir, merci, bonne nuit, à bientôt… Autant de petits mots au sens desquels nous ne pensons pas toujours, au moment même où nous les prononçons.

Et si nous nous donnions le temps, patiemment, chaque jour, de vraiment penser que nous souhaitons un bon jour à la personne que nous saluons ?

Ces petits mots doux le sont parce qu’ils font du bien lorsqu’ils sont adressés avec une réelle intention. Ils sont aussi tous ronds. Ils ne contiennent pas de lettres agressives susceptibles d’écorcher notre oreille, de nous crever les tympans. Et ils sont encore mieux reçus, accompagnés d’un regard bienveillant, d’une voix douce et calme, d’un geste apaisant, d’une main tendue ou bien ouverte.

À ce moment-là, leur effet est assuré parce que l’intention que nous plaçons en eux leur confère une valeur, une portée et une charge. Prononcés mécaniquement, de façon convenue, ils deviennent insipides et se dépouillent de leur « substantifique moelle ».

Par extension, les termes bienveillants que nous adressons consciemment aux gens de nos rencontres quotidiennes (parents, enfants, voisins, collègues, etc.) devraient finir par nous conduire à prendre le temps de choisir sans cesse les mots que nous utilisons et donc de tourner sept fois notre langue dans la bouche. Nous parviendrions peut-être ainsi à exprimer au plus juste nos pensées, nos émotions et nos sentiments. En même temps, nous serions sans cesse en présence de l’intention que nous mettons dans la communication avec autrui.

Et les mots ronds et doux, à condition d’être utilisés souvent et de façon volontaire, pourraient être susceptibles de modifier, toujours consciemment, notre façon d’être et de penser.

Car, si c’est en forgeant que l’on devient forgeron, qu’est-ce qui interdit de penser que c’est en disant des mots doux qu’on le devient davantage et qu’on aide son prochain à le devenir ou à le rester ?

Vite ! mon jardin et mon verger m’appellent.  Ils me disent des mots doux et je ne peux pas résister à leur invitation. Mon propos n'en sera que plus court, cette fois.

Dubourg

Commentaires (1)

1. Véronique VAROQUIER mardi, 01 Mai 2018

Merci au philosophe pour cette prise de conscience et cet éclairage intéressant !
Pas besoin de grand discours pour exprimer une intention ou une attention !
Belle journée à vous et bon jardinage !
Véronique

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