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Par Monique VILLAUME

Chaque mois, Monique vous propose le parcours et les ramifications de trois mots français courants.

Dame. Nom féminin.

Il est bon de savoir que ce mot vient du latin domina, maîtresse de maison, souveraine, amie, et qu’il est le féminin de dominus. Il fut d’abord l’appellation des femmes de haut rang, par opposition à demoiselle qui désignait les épouses des bourgeois.
Dans le langage courtois, dame s’applique à la femme aimée « la dame de mes pensées ».
Il fallut attendre le XVIe siècle pour que le mot s’étende à toutes les personnes de genre féminin, mais toujours avec une nuance de courtoisie par rapport au mot femme.
Dire d’une femme : c’est une dame, c’est appuyer sur la déférence inhérente au mot dame.
Cette déférence se retrouve dans le vocabulaire religieux : Notre Dame n’est pas une femme. Sainte et vierge, appartenant à l’ensemble des fidèles (notre), c’est une  femme sublimée.
Dans les jeux, la dame est vue comme épouse du roi, la connotation de reine est perceptible.
Qu’en est-il alors de madame, ma-dame ?
Relevons d’abord la construction faite à l’identique de monsieur, mon-sieur.
Son pluriel est évidemment mesdames, comme messieurs est le pluriel de monsieur.
Madame a suivi la même évolution sociale que dame. La fille aînée du roi soleil fut appelée madame Royale et le Duc d’Orléans, frère du roi, fut appelé Monsieur ou Monsieur Frère.
Cependant, dès le XVe siècle, madame s’appliqua aussi aux bourgeoises mariées, non titrées, puis, au XVIIe siècle, aux femmes mariées de la classe moyenne.
L’opposition mariée-non mariée devint essentielle pour distinguer madame de mademoiselle, tandis que l’idée de hiérarchie sociale demeurait : Madame était la maîtresse de maison, pour les domestiques. On a caricaturé cette époque par madame est servie devenue formule culte.
Jusqu’à hier, placé devant le patronyme, le mot madame a surtout désigné l’épouse de
Mais cette histoire est loin d’être terminée, et les dames d’aujourd’hui s’affranchissent de l’obligatoire juxtaposition de leur patronyme à celui de leur époux.
Quelle aventure que celle de ce petit vocable de quatre lettres d’apparence si anodin !     

Dédicace. Nom féminin.

Je ne peux pas laisser passer ce mot qui concerne mes amis de l’association Plume, appelés familièrement Plumistes. Les auteurs écrivent et dédicacent leurs livres, c’est pour eux un moment privilégié de rencontre avec leurs lecteurs.
Les artistes peintres ou illustrateurs dédicacent aussi, souvent d’un joli trait.
En latin chrétien, dedicatio est le nom de l’action qui a donné dedicare, dédier.
Le mot latin a d’abord désigné la consécration d’une église, d’un monument. Puis il s’est spécialisé dans le domaine artistique pour désigner l’action de dédier une œuvre à quelqu’un.  Cet usage du nom dédicace est devenu courant pour désigner l’envoi manuscrit, puis l’annotation manuscrite d’un livre, d’un auteur à son lecteur. Il désigne aussi le moment de cette action. On peut lire parfois, auteur en dédicace.

Dégrader. Verbe transitif.

Ce mot issu du latin se compose de de, partitif, et gradus, grade. Faire descendre d’un grade. D’abord appliqué au domaine religieux (dégrader un évêque), il s’est spécialisé dans le domaine militaire. Il transmet une idée morale d’abaissement, d’humiliation, tout comme ses participes adjectivés dégradé et dégradant. Par extension, on l’emploie pour détériorer.
N’oublions pas le sens de ce verbe en peinture et en photographie où grade renvoie à degré. Dégrader est alors un terme technique, sans connotation péjorative, qui signifie diminuer graduellement l’intensité d’un coloris ou de la lumière.
Le participe passé dégradé peut devenir adjectif ou nom : un fond dégradé, un dégradé de jaune.

Villaume

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