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Par Dominique LACORDE

Lacorde dominique

Les « VATELOTES »
La « Doctrine Chrétienne »  en Meuse

(Les photographies peuvent être agrandies d'un clic)

Qui dans le département de la Meuse n’a pas entendu parler de la “Doc”, cet établissement scolaire catholique situé à Verdun, rue Mautroté, tenu par des sœurs ? Mais se souvient-on que la « Doctrine Chrétienne de Nancy » est de fait une congrégation religieuse née en Lorraine ? Qui n’a pas le souvenir de ces sœurs de la Doctrine Chrétienne : des photos de patronage, de communion, des souvenirs de piqures et de soins, de catéchisme, de garderie...

Cette congrégation des « bonnes sœurs » ou des « chères sœurs » de la Doctrine Chrétienne a en effet une très longue tradition de présence en Meuse… depuis 1704 à Montfaucon-d’Argonne, leur plus ancienne implantation, soit plus de trois siècles !

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Soeur Saint-George
Lucienne Zunhamer

Les anciens se souviennent très bien de ces sœurs avec leurs cornettes et les documents sont nombreux, dans beaucoup de  villages meusiens, qui attestent de leur grande influence auprès de la jeunesse et des familles. Appelées sœurs « Vatelotes » du nom de leur fondateur, on les nomme aussi sœurs de la Doctrine Chrétienne de Nancy ou sœurs de la Providence. Jean-Baptiste Vatelot est considéré comme le fondateur de l'Institut des Sœurs de la Doctrine Chrétienne, qui met en forme les «  petites écoles » à la demande de son évêque.

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Père Vatelot

Né à Bruley (54) en 1688, il est ordonné prêtre en 1710. Il devient chanoine de la cathédrale de Toul et se lance, avec ses collègues, dans l'aventure scolaire en créant ces premières « petites écoles pour les filles ». Cent-vingt-sept écoles et deux hospices ont été fondés en Lorraine de 1686 à 1789, un travail colossal qui continuera pendant la Révolution. Le début du 18e siècle est propice à la création de nombreuses congrégations locales due à l’engagement de prêtres ou de femmes influentes qui refusent la dure réalité des familles pauvres et qui veulent leur donner un minimum d’instruction civique, morale et surtout religieuse.

Outre la Doctrine Chrétienne, de nombreuses autres congrégations œuvraient en Meuse dans certaines villes ou certains villages comme à Commercy, où l’on trouve en même temps la présence de deux congrégations : les sœurs de la Charité de Saint Charles, congrégation hospitalière, à l’hôpital, ainsi que des sœurs de la Providence à l'école Jeanne d'Arc. Fondée en 1629 par Élisabeth de Ranfaing à Nancy, présente de 1662 à 2004 à la maison de secours et de soins puis au CHU de Nancy, la congrégation des sœurs  de la Providence de Portieux fut fondée, en Lorraine au 18e siècle par un prêtre, Jean Martin Moyë. Les autres congrégations présentes en Meuse : les sœurs de Notre Dame de Verdun, les Filles de la Charité, les sœurs de la Providence de Saint André de Peltre, les sœurs de Saint Joseph de Verdun… Dans de nombreux villages meusiens, on retrouve des traces de la présence des sœurs de la Doctrine Chrétienne dans les tombes des cimetières où de nombreuses sœurs sont enterrées comme à Montfaucon, Verdun, Bar-le-Duc, Haironville, Romagne-sous-Montfaucon, Dun-sur-Meuse, Étain, Murvaux, Revigny-sur-Ornain, Saint-Mihiel, liste non exhaustive… Les épitaphes, souvent illisibles avec l’usure du temps, sont particulièrement intéressantes et expriment en général le témoignage de reconnaissance de la population envers ces sœurs au dévouement sans fin. En 1888, la Doctrine Chrétienne possède dans le diocèse de Verdun, soit le département de la Meuse, cent-vingt-sept établissements avec trois cent quatre-vingt-onze sœurs.

IMPLANTATION DES SŒURS EN MEUSE

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Montfaucon - L'hôpital

1704 : MONTFAUCON D’ARGONNE : avant 1704 l’école est réservée exclusivement aux garçons. Ce n’est qu’à partir de cette date et avec la venue des sœurs de la Doctrine Chrétienne à Montfaucon que l’école des filles sera ouverte. La Révolution chasse les sœurs de la Doctrine de tous les villages meusiens. Ce n’est qu’en 1808 que réapparait la première religieuse de la Doctrine Chrétienne de Nancy. En 1905 les Lois de séparation des Églises et de l’État du gouvernement Combes amènent des transformations dans les tâches des religieuses. Leur rôle est moins reconnu par l’Administration. Elles ne sont plus autorisées à enseigner aux jeunes filles. Elles doivent se réadapter. Elles développent alors d’autres tâches comme le patronage, la garderie, l’éducation civique des jeunes filles, des futures mères de famille… 

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Montfaucon

1710 : STAINVILLE. 1714 : PAGNY-SUR-MEUSE 1723 : OURCHES-SUR-MEUSE. 1726 : PAGNY- LA-BLANCHE-CÔTE. 1739 : BAZEILLES-SUR-OTHAIN. 1747 : BONCOURT-SUR-MEUSE. 1758 : TROUSSEY.1763 : RARÉCOURT. 1769 : CHALAINES. 1770 : MAXEY-SUR-VAISE. 1770 : RIGNY-LA-SALLE. UGNY-SUR-MEUSE. VAUCOULEURS. COUSANCES-LES-FORGES. 1776 : BRIXEY-AUX-CHANOINES. GOUSSAINCOURT. HAIRONVILLE. 

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Murvaux
Soeur Jeanne Levacq
décédée en 1826

SAUVIGNY. SAINT-GERMAIN-SUR-MEUSE. 1778 : SIVRY-SUR-MEUSE. 1777 : DUN-SUR-MEUSE.1779 : ÉTAIN. 1779 : MURVAUX. 6 1784 : CLERMONT-EN-ARGONNE. FRESNES-EN-WOËVRE. 1785 : ROMAGNE-SOUS-MONTFAUCON. 1788 : VERNEUIL-GRAND. 1803 : ANCERVILLE. 1825 : VERDUN. 1850 : BAR-LE-DUC : Les sœurs de la Doctrine ont été présentes à Bar-le-Duc après la Loi Falloux de 1850. En 1863 les sœurs de la Doctrine Chrétienne ont une école au faubourg de Marbot. Sur la paroisse Saint-Antoine, il existait une petite communauté de sœurs de la Doctrine Chrétienne qui étaient au service de la paroisse. Entre autres, il y avait Sœur Saint-Michèle qui a actuellement cent-un ans, bon pied bon œil, et se trouve à la maison de retraite des sœurs de la Doctrine Chrétienne à Nancy. 1902 : BELRUPT-EN-VERDUNOIS. RÉCICOURT. OURCHES-SUR-MEUSE. STAINVILLE. SAINT-MIHIEL. LIGNY EN BARROIS : les sœurs de la Doctrine étaient à Notre Dame des Vertus. 1925 : HANNONVILLE REVIGNY- SUR-ORNAIN. DOMRÉMY. DAMVILLERS… Les religieuses de la Doctrine Chrétienne ont été très présentes en Meuse durant plus de trois siècles. Dans l’histoire du département elles ont été là dans les moments difficiles ; elles ont contribué à éduquer et instruire des milliers de jeunes filles, de familles et d’enfants. Elles ont permis surtout aux filles et aux mères de famille d’exister, de s’instruire ; elles ont transmis des bases solides d’éducation religieuse et civique. Leur présence a répondu à un moment donné à un besoin et a forgé une certaine éducation pour les filles.

Lacorde

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