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Par Daniel DUBOURG

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Faits d’hiver…

Qui a dit que l’hiver est une morte-saison ? Si la nature est plongée dans un profond sommeil générateur, il n’en est rien de la gent humaine. Il suffit d’ouvrir les yeux, le journal et de se brancher sur le premier média venu. L’homme est partout en train de faire, marcher, courir, travailler, consommer… Bien entendu, il dort de temps en temps. Nécessaire. Indispensable. Mais à chaque seconde en presque n’importe quel point un peu habité de notre planète, l’activité humaine se manifeste.

Des athlètes vont au bout de leurs forces pour tenter d’agripper des médailles. Conquête, mise à l’épreuve, défi pour approcher ses limites et tenter d’être le meilleur.

D’autres visent aussi la performance en équipe, en mêlée, entourés d’admirateurs qui en font parfois leurs idoles, mais qui les jettent aussi aux orties et envahissent leur carré d’herbe avec violence, quand ils ne savent pas se montrer à la hauteur de leurs espérances. « On a gagné ! », crient-ils sur les gradins et hors stade. « On a perdu ! » assènent-ils, sur les épaules et le crâne de leurs idoles argentées. La réussite doit être à la hauteur de l’investissement, et il faut être payé de retour.

Un peu plus tôt ou un peu plus tard, des rivières sortent vigoureusement de leur lit et bouleversent de façon inattendue l’existence quotidienne de paisibles riverains. En plein hiver, pensez donc ! C’est que la nature est surprenante ! Endormie, elle laisse parfois le temps n’en faire qu’à sa tête. Et tout est à reconstruire, après les débordements.

Chaque jour, certains sortent du jeu. Une infinie quantité des nôtres s’en va dans l’anonymat général. Ils sont peu connus, en tout cas, méconnus de beaucoup. Un matin, c’est le tour d’un écrivain. On en parle. Une autre fois, c’est au tour d’un chanteur. Et comme ce dernier est très connu, on en parle énormément et on lui réserve des obsèques à la mesure de son succès. Un autre matin, un savant tire sa révérence sur la pointe des roues. Indifférence. Il était presque inconnu, sauf d’une certaine sphère, réduite. Différence de notoriété. Il y a connu et connu. Il y a aussi ce qui fait connaître.

Pendant ce temps, d’énormes pétards sont lancés dans la stratosphère et cela intimide, inquiète, questionne. La veille, d’autres pétards, plus petits, il est vrai, ont une fois de plus éclaboussé des populations ou des écoliers. On ne cesse de répéter que les pétards sont dangereux et que, pour cette raison, leur vente est interdite en certains lieux. Faut être prudent.

La prudence, du moins, le souci de prudence, est partout. Nous roulerons moins vite, et ainsi, des vies humaines devraient être épargnées. Louable intention, contestée, il est vrai. Cela se fera et chacun se positionne.

En même temps, il est question de libéralisations, d’actions urgentes pour un certain nombre de situations qui perdurent en de nombreux domaines. Nous ne sommes pas au bout de nos préoccupations…

Des dirigeants s’invitent, prennent des rendez-vous, annoncent un réchauffement possible, avec une sincérité que l’on peut prendre au pied de la lettre. Un réchauffement, cela réconforte et rassure toujours. Enfin… Mais le dernier en date doit être précurseur d’une paix possible, en tout cas souhaitable et indispensable. Notre planète n’en ira que mieux. Et chacun de nous aussi. Notre planète, vieille dame toute vêtue de bleu et vert, s’émoustille déjà à la perspective de retrouver une seconde jeunesse, du moins, une santé et une fraîcheur inespérées. Cela nous concerne tout autant que les poignées de mains échangées en haut lieu. Si ce n’est plus.

Ailleurs, parfois disséminés, souvent amassés, se manifestent le froid, la faim, la maladie, la maltraitance, la violence et tant de ces fléaux polymorphes et récurrents venant régulièrement cribler les ondes et les écrans.

Les faits d’hiver se croisent, sans apparente relation, dans le temps et l’espace, comme des circuits échevelés, des écheveaux emmêlés.

Et le temps passe, la roue tourne inexorablement. Les jours se succèdent et pas un seul ne manque à l’appel. Après la pluie, le beau temps. Après l’hiver, le printemps. Cycles.

Il faudrait des pages et des pages pour énumérer les faits d’hiver. Beaucoup même seraient oubliés. D’ailleurs, nous ne sommes peut-être pas tous attentifs aux mêmes. Nous sélectionnons, filtrons, élaguons, oublions. Et puis, pris par le temps, nous ne pouvons pas le prendre pour penser à tout. Ensuite, il y a notre propre impuissance. Nos limites, également. Nos motivations, nos centres d’intérêt et nos engagements divers.

Nous venons de quitter cet hiver, qui a fait son temps et qui va, de bon gré, céder sa place au printemps, saison de renouveau et de réveil de la nature.

Le tableau hivernal n’est pas que sombre. On peut toujours l’assombrir encore en omettant de déposer des couleurs claires sur la palette. La lumière, plus ténue, ne s’est pas éteinte, c’est tout.

La nouvelle saison ne va rien effacer. Juste estomper, éloigner, favoriser l’insouciance et la légèreté. La misère au soleil...

Alors, dans cet enchevêtrement permanent de faits et d’actions apparemment sans rapport entre eux, nous pourrions chercher quelques liens qui les unissent. Des liens qui pourraient bien nous être communs.

Je ne sais plus qui disait que le bonheur, ce n’est pas un but que l’on vise, mais le chemin que l’on parcourt vers lui.

Dubourg

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