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Par Daniel DUBOURG

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Ça vous gêne si je meurs chez vous ce soir ?
de Sophie BOUR

C’est vrai que le titre de ce roman a plusieurs particularités. D’abord, il est long. Inhabituel, tout de même. Il est une question, ensuite. Et enfin, on peut sans problème le trouver provocateur. En effet, même si la politesse requiert que l’on demande un service, lorsque l’on n’est pas chez soi, il faut bien avouer qu’en ce cas précis, la demande est très particulière. On comprendrait parfaitement que la personne à qui est adressée cette question précise ne réponde pas forcément par l’affirmative. Mais pour ce qui est de la réponse, mystère ! Elle doit bien être dans l’ouvrage…

Au-delà de ces quelques considérations, la personne qui pose cette question pour le moins inhabituelle, voire dérangeante, n’est pas n’importe qui. Elle a 97 ans et tous ses esprits à la fois. Du reste, poser ce genre de question peut laisser à penser qu’il y a humour ou malice, en plus d’une possible provocation.

Alors, Ève (puisque c’est d’elle qu’il s’agit) est une philosophe aguerrie, éveillée et caustique au possible. Dans son cercle d’amis, on aime ses positions affirmées et sa forte personnalité, qui suscitent estime, amitié et réelle considération. D’ailleurs, elle ne supporterait pas la tricherie.

La vieille dame dispose donc de tout le nécessaire pour être dérangeante et éveiller l’intérêt d’un auditoire. Et ce soir de Noël où elle se retrouve « en famille », auprès de Véra et Richard, ses excellents amis, de leurs enfants et petits-enfants, elle ne manquera pas, de façon inattendue, de captiver son monde.

Il n’y aura pas que ce dernier à être captivé. En effet, le lecteur le sera progressivement, juste le temps que le décor soit planté et que soit fait le tour des invités, en cette soirée de réveillon.

Elle est malade, Ève. Plus très solide. Il est vrai que sa vie ne semble plus tenir qu’à un fil, lequel pourrait être coupé à tout moment, dirait-on. Beaucoup de fragilité transpirant à travers un tempérament fort et affirmé, qui s’est forgé dans l’affirmation de ses idées, avec conviction, au fil de longues années d’action et de réflexion. Mais en même temps, on pressent toujours la possible présence de ressources insoupçonnées. Et puis, il y a aussi l’aisance verbale, la clarté de la formulation.

La vieille dame se protège, se retranche derrière certaines attitudes pour ne pas se montrer vraiment ? On peut en douter, car, incisive comme elle l’est, tout laisse à penser qu’elle ne fera pas plus de cadeaux à elle-même qu’aux autres. Ève a de la maîtrise ; elle ne laisse rien s’échapper. Mais parfois, on a beau s’efforcer de tout contrôler, un événement anodin en apparence peut devenir un déclencheur inattendu.

Ainsi, Ève se révèle, se raconte sous la plume de Sophie Bour. Et la narration est une réussite, car l’auteure nous la livre avec beaucoup d’observation et de finesse, tout comme elle brosse en détail le caractère et la psychologie de cette vieille dame qui a vécu une existence que l’on pourrait à la limite trouver banale, mais qui ne l’est en rien. Peut-être, simplement, parce que c’est ce que l’on fait de sa vie, à partir d’un événement, qui est bougrement intéressant, captivant. Pas banal.

Partant de là, que vous dire d’autre ? Lire « Ça vous gêne si je meurs chez vous ce soir ? »

Bour

Dubourg

Commentaires (1)

1. sophie bour samedi, 10 Mars 2018

Merci vraiment pour ces mots qui me touchent et qui montrent ton esprit d'analyse éveillé ! Merci aussi d'avoir choisi de parler de mon livre, ça me fait très plaisir ! Bises.

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