Décembre 2017

Par Angeline BOSMAHER

angeline-bosmaher-2.jpg

L'amie prodigieuse
par Elena FERRANTE

Une trilogie

L’AMIE PRODIGIEUSE /LE NOUVEAU NOM/ CELLE QUI FUIT CELLE QUI RESTE

   Le nom de l’auteur est inconnu bien que quelques patronymes soient avancés comme celui de Domenico Starnone ou celui de son épouse Anita Raja, éditrice et traductrice. Refusant la lumière des médias et acceptant avec parcimonie les interviews écrites, Elena Ferrante laisse filtrer quelques indices: une mère de famille ? Une œuvre d’inspiration autobiographique ? Rien n’est acquis avec certitude. Probablement née à Naples, ville omniprésente dans ses romans, elle vivrait en Grèce selon certains ou serait installée à Turin.
   L’amie prodigieuse, parue en 2011, est le premier récit d’une trilogie au succès international.

   Naples dans les années 50, ville sombre à l’ombre du Vésuve, avec un parti communiste en plein essor, la Camorra en toile de fond … Lila et Elena habitent dans un quartier pauvre : « Ce que c’était, la plèbe, je le sus à ce moment-là, beaucoup plus clairement que quand Mme Oliveiro me l’avait demandé des années auparavant. La plèbe, c’était nous. La plèbe, c’étaient ces disputes pour la nourriture et le vin, cet énervement contre ceux qui étaient mieux servis et en premier, ce sol crasseux sur lequel les serveurs passaient et repassaient… »
   Elles font connaissance sur les bancs de l’école et, au fil des jours, une amitié passionnelle tisse ses liens entre ces deux gamines issues du même milieu. Derrière l’admiration qu’elles éprouvent réciproquement se cachent des sentiments moins nobles comme la jalousie, l’envie, la compétition.
   Deux personnalités antinomiques et tellement complémentaires, à la fois proches et rivales. Lila est noire, petite, rebelle, parfois cruelle, terriblement intelligente et fascinante alors qu’Elena est plus calme, plus posée. Toutes deux douées pour les études suivront pourtant des parcours différents : bien que surdouée (« Qui t’a appris à lire et à écrire Cerullo ? » Cerullo, menue, les cheveux, les yeux et la blouse tout noirs, un nœud rose autour du cou, et six années de vie seulement, répondit : « moi. »), Lila les abandonnera très tôt pour travailler dans l’atelier de son père, cordonnier alors qu’Elena guidée par son institutrice ira au collège puis au lycée et enfin à l’université. Pourtant, c’est toujours Lila, autodidacte, qui demeurera son fer-de-lance, l’aiguillon qui la stimule et la pousse à continuer.
   Elles se battent toutes deux pour trouver une place au soleil en évoluant au milieu de personnages bigarrés : maris jaloux, frères mafieux, pères laborieux et souvent tyranniques, mères possessives, amis dévoués d’où émergent quelques figures atypiques comme Donato Salvatore, un cheminot poète, Pasquale, un maçon communiste ou encore Nino, un intellectuel impénétrable… Elles tracent leur chemin pour grandir et sortir de l’adolescence. Lila, grâce à son talent créatif, aidée par son prétendant qui possède le sens des affaires, offrira à sa famille une ascension sociale : une boutique de chaussures sur mesure !
   C’est l’adolescence qui éloignera les deux filles l’une de l’autre. La rupture arrive avec les affres des premières amours…

   Sensationnel voyage au cœur de l’Italie du boom économique, l’amie prodigieuse trace le portrait de deux héroïnes inoubliables que la narratrice peint et dépeint avec beaucoup de tendresse. Ce roman d’apprentissage explore tous les thèmes : amour, amitié, condition féminine, ascension sociale, âpreté de la vie… « Notre monde était ainsi, plein de mots qui tuaient : le croup, le tétanos, le typhus pétéchial, le gaz, la guerre, la toupie, les décombres, le travail, le bombardement, la bombe, la tuberculose, la suppuration. » La mort est un aléa qu’elle soit naturelle ou accidentelle.
   Une multitude de portraits attachants façonnés par une écriture foisonnante dont les détails ciselés portent à croire que l’auteur rédige une autofiction dont la vie réelle lui fournit un réservoir de souvenirs vécus. Le lecteur découvre une chronique socio-économique réaliste doublée d’un univers de contes où certains personnages jouent le rôle de l’ogre (Don Achille), de la bonne fée (Mme Oliveiro), de la sorcière boiteuse (la mère d’Elena). Lecture addictive d’où émanent des odeurs de pizzas, de fruits mûrs et de fleurs, de bains dans l’eau bleue de la mer. Difficile de quitter ces deux amies qui deviennent très vite celles du lecteur dont le regard critique, tour à tour, les soutient ou les accable. On ressent avec elles, on partage avec elles : joie, ressentiment, hésitation, haine, amitié, amour… Amour surtout, tellement complexe et si profond.

Couv plume a lu

Bosmaher

Commentaires (3)

1. brigitte moncey vendredi, 01 Décembre 2017

J'ai lu les deux premiers tomes, j'attends que les autres sortent en livres de poche. J'adore, c'est super. Merci Angeline pour cet échange.

2. Chantal vendredi, 01 Décembre 2017

Effectivement, quelle belle histoire d'amitié, dure et tendre à la fois.
La parution du 4ème tome est prévu normalement à partir du 18 janvier. Il me semble que ce serait le dernier.
Nous l'attendons avec impatience !

3. Lisette vendredi, 01 Décembre 2017

Quelle belle histoire, celle de l'amitié entre ces deux petites-filles qu'on suit livre après livre. A quand le 4ème tome?
J'ai adoré!!

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau