Décembre 2017

Le coin historien5

Par Jean-Luc QUÉMARD

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Centenaire de la Grande Guerre
CHALAINES pendant la première guerre mondiale

Pendant la première guerre mondiale, le secteur « sud meusien » faisait partie de l’arrière front, néanmoins ma grand-mère se souvenait d’avoir vu passer en automne 1914, des colonnes de cavaliers « Uhlans ». Elle me le répétait souvent, « oui, mon gamin, j’ai vu ces boches passer dans la rue ! » comme elle se plaisait à les appeler, en décrivant leur seyante tenue et leur fière allure sous leur casque à pointe ; armés d’une grande lance, bien campés sur leurs chevaux. Elle ne manquait jamais d’y faire allusion lorsque je l’interrogeais sur le passé de mon grand-père maternel, gazé en décembre 1916 durant la bataille de Verdun lors de la reprise du village de Bezonvaux. Ce passé est relaté dans mon roman historique « Une lueur d’espoir » où, durant cette terrible guerre le village de Chalaines avait toute sa place. En effet, en vue d’accueillir un grand nombre de blessés et afin de seconder l’hôpital de Vaucouleurs, le château de Chalaines (construit en 1784, Jean-Baptiste Pernot, conseiller du roi Louis XVI, en fut le 1er propriétaire) fut réquisitionné et servit d’hôpital sous la dénomination de : hôpital complémentaire n°32. Il fut sollicité notamment lors de la bataille du saillant de Saint-Mihiel et de la bataille de Verdun. Au cours du mois de mars 1916, ce village accueillit le 170e de ligne dans ses granges ou remises avant que ce dernier soit appelé à rejoindre le front de Verdun. Le 16 mars 1916, le général JOFFRE se rendit à Chalaines, sur le plateau de Rouveau qui domine le val des couleurs ; devant une foule innombrable, il passa en revue le 170e et le 174e de ligne, ce dernier étant cantonné à Rigny-la-Salle, village proche de Chalaines. Ces deux régiments quittèrent leurs cantonnements pour l’Enfer de Verdun le 26 mars 1916. Dès leur engagement, dans les différents combats auxquels ils participèrent, ces deux unités furent durement éprouvées par des pertes très conséquentes. Sensible aux sacrifices de ces soldats, Monseigneur GINESTY, Évêque de Verdun, célébra un office religieux à l’église du village le 3 mai en mémoire des Poilus des 170e et 174e de ligne, tombés dans cet ouragan de fer et de feu ; particulièrement pour Georges et Jean ARNAUD du 170e, ces deux frères tués lors d’un bombardement par le même obus dans le bois de la caillette situé au sud du fort de Douaumont.

Le 18 décembre 1916, l’hôpital de Chalaines accueillit 120 soldats arrivés par train sanitaire à Vaucouleurs, blessés dans le secteur de Bezonvaux et de la plaine de la Woëvre lors de la reprise de ce village par les troupes françaises ; idem le 21 avril 1917 où l’hôpital accueillit une centaine de blessés, l’histoire se répéta le 12 août 1917 avec à nouveau, une centaine de blessés du front de Verdun, dont des soldats du 170e RI qui avaient séjourné l’année précédente à Chalaines.

Le 7 avril 1917, la mairie-école et l’hôpital pavoisent aux couleurs de la bannière étoilée des États-Unis qui viennent de rentrer en guerre contre l’empire allemand. Le 17 novembre 1917, récemment arrivés dans le secteur, une dizaine de soldats américains blessés dans un accident de camion dans la descente dangereuse de Montigny-lès-Vaucouleurs furent admis à l’hôpital complémentaire de Chalaines. Ce village sera occupé au début de l’automne par les services administratifs et logistiques américains. En vue de libérer le saillant de Saint-Mihiel, ils quittèrent cette localité pour participer avec les unités de combat à la grande offensive Meuse -Argonne de septembre 1918.

Le 14 mars 1918, le général PÉTAIN venu passer en revue les troupes à Vaucouleurs visite l’hôpital de Chalaines avant de poursuivre sa route sur le camp d’aviation d’Épiez pour passer en revue une escadrille (la CA 130) de bombardement, équipée d’aéroplanes de fabrication italienne « Caproni ». La population verra souvent des avions dans le ciel de Chalaines, celui-ci, sera survolé à maintes reprises par les deux escadrilles de chasse ; l’une équipée de Spad S.XIII (la Spa 78) au fuselage orné d’une panthère noire, l’autre de Salmson, (la Sal 4) dont les deux terrains d’aviation étaient implantés dans la périphérie de Vaucouleurs. Enfin le 11 novembre à 11 heures, le sacristain sonna les cloches à toute volée pour annoncer l’armistice et Chalaines retrouva petit à petit la douceur de vivre en paix. Il honora comme toutes les communes de France ses morts, dix-huit noms (dont deux décédés des suites de leurs blessures le 29 avril 1919 et le 8 novembre 1920) furent gravés sur le marbre du monument. Les villageois espéraient que ce soit les derniers, hélas... Le monument aux morts fut érigé en 1921, devant la mairie-école, une grande bâtisse construite en 1885.

Quelques délibérations du conseil municipal :

Dès l’entrée en guerre, la municipalité dut prendre des initiatives quant au ravitaillement, à l’hébergement des troupes de passage et autres…

- le 11 août 1914, sous la présidence de monsieur FRIGANT, adjoint, remplaçant monsieur PATRICH, maire absent pour cause de mobilisation, vote d’un budget de deux milles francs (soit à ce jour, 6350€) pour constituer un stock de farine, de sel et autres denrées de première nécessité afin de subvenir aux besoins des habitants. 

- Le 26 décembre 1915, vote d’un budget de huit mille trois cent trente francs (soit à ce jour, 26450€), pour le logement et le cantonnement des troupes de passage dans le village.

- Le 10 juillet 1919, vote d’un budget de neuf cents francs (soit à ce jour, 2858€), pour organiser la fête de la victoire du 14 juillet.

- Le 3 août 1919 : sous la présidence de monsieur PATRICH, maire, lecture d’un discours rendant hommage aux 17 tués de la commune avec l’énumération de ces derniers.

- le 18 novembre 1919, vote d’un budget de six mille francs (soit à ce jour, 19052€), pour l’érection d’un monument en hommage aux dix-sept tués de la Grande Guerre. 

- le 1er octobre 1920 : demande d’une subvention en regard de l’article 81 de la loi des finances du 4 juillet 1920 qui fixe les conditions d’attribution pour aider les communes à ériger un monument aux morts. La somme demandée est de 780 francs (soit à ce jour, 2477€).

Après avoir passé un contrat de construction de gré à gré avec l’entreprise Louis Lemaître, marbrier à Vaucouleurs le 15 juillet 1921, sa construction fut quasiment immédiate. Le monument a été inauguré le 30 juillet, le conseil municipal a voté en conseil extraordinaire, le 17 août 1921 une somme de 650 francs (soit à ce jour, 2064€), pour les festivités dues à l’inauguration.

Prochainement, la petite histoire d’un musicien dont la renommée commençait à poindre, décédé à l’hôpital de Chalaines en 1918.

 

Quemard

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