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Par Monique VILLAUME

Chaque mois, Monique vous propose le parcours et les ramifications de trois mots français courants.

Cap. Nom masculin.
Attesté en ancien provençal (500 à 1000) cap, au sens propre, signifie tête.
Au sens figuré, il désigne déjà celui qui dirige. Le mot français qui l’a détrôné en lui correspondant exactement est chef : celui qui est à la tête.
Au sens propre, nous avons conservé la vieille expression couvre-chef pour chapeau.
Au sens figuré, nous devrions voir bientôt voir  son féminin cheffe, déjà employé dans les organigrammes (madame X, cheffe de projet), et écrit dans les dictionnaires belges.
Le mot cap s’est spécialisé en marine pour désigner la direction avant, à la tête du navire.
En géographie maritime : un cap est un promontoire, qu’il faut franchir.
Son sens figuré  est passé dans les expressions actuelles, franchir un cap (une étape décisive), donner le cap, mettre le cap sur… Dans le langage entrepreneurial, il s’agit d’indiquer une direction ou de définir des objectifs à plus ou moins long terme.
Attention, on dit et écrit :
De pied en cap, littéralement, des pieds à la tête mais,
de cape et d’épée, expression définissant un genre littéraire (comme le roman d’A. Dumas : Les Trois Mousquetaires) ou cinématographique (comme Fanfan la Tulipe, de Christian-Jacque).
Les mousquetaires, réputés peu fortunés, n’auraient eu, pour se couvrir et se défendre, que leur cape et leur épée.
Laissez-moi  encore vous taquiner avec les mots dérivés de cap comme capitaine, capital, ou encore la peine capitale, bien nommée puisqu’elle pouvait coûter la tête du condamné.

Comparer. Verbe transitif.
Emprunté au latin comparare (apparier), de compar (égal, pareil).
Composé de com (co/avec) et parer (par/pareil).
Il signifie : rapprocher deux objets de nature différente pour en apprécier leur rapport d’égalité, de ressemblance ou de dissemblance.
Le participe passé, adjectivé, s’est répandu dans les domaines littéraires ou scientifiques : Littérature comparée, anatomie comparée, psychopathologie comparée, etc.
La comparaison de deux objets d’une même discipline a toujours fait partie de l’enseignement de cette matière. Ex : l’étude comparée de la poésie de Marot et Ronsard, l’étude comparée de la névrose et de la psychose.
On trouve des ramifications vers pareil, apparier, parité, comparateur, comparatif, comparable.
S’il est aisé de comprendre l’étymologie de in-com-par-able (que l’on ne peut comparer à rien), il est surprenant de voir combien ce mot a dérivé dans le langage courant pour signifier : magnifique, sublime, hors du commun ! On a oublié qu’il s’agissait de relativiser en comparant, on est dans une sorte d’absolu ! Pourtant, il serait parfois utile de se retourner vers la racine  du mot pour ne pas tomber trop vite dans une admiration excessive de l’objet incomparable !  

Canaille. Nom féminin ou adjectif.
Du latin caneglia : troupe de chiens, le mot canaille a remplacé chienaille, ou chenaille, bas peuple.
Nous en avons gardé la racine, cane/chien à laquelle fut rajouté le suffixe péjoratif aille.
C’est plutôt le mot racaille, construit sur le même mode, qui a repris aujourd’hui, avec le mépris préexistant constitutif de canaille, le sens de : catégorie sociale de bas niveau, rebut.
Le mot canaille, lui, s’est beaucoup adouci et sert surtout à gronder affectueusement un enfant, soit comme nom petite canaille (ou nos chères Vieilles Canailles), soit comme adjectif signifiant coquin: « Avec ton air canaille, (ter), how can I love you ! » (Ch Aznavour) !

Villaume

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