Décembre 2017

Coinphilosophe

Par Daniel DUBOURG

Daniel dubourg2

L'adresse du bonheur

Au mois de décembre, outre Sylvestre qui a l’honneur de clore l’année, nous comptons deux autres héros qui, en réalité, n’en font qu’un. Je veux nommer Saint-Nicolas et le Père Noël.

Le premier est ce vieux bonhomme évêque de Myre, qui n’a jamais mis les pieds en Lorraine, mais dont la basilique de Saint-Nicolas-de-Port contient une précieuse relique, en l’occurrence, une phalange de doigt de la main droite du célèbre ecclésiastique.
Rappelez-vous. Il arrive un jour, fatigué, affamé et transi chez ce fameux boucher qui n’est rien d’autre qu’un ogre ayant découpé trois enfants partis glaner aux champs afin de les mettre dans son saloir.
Sans l’arrivée inopinée du vieil évêque, les enfants y seraient restés. Le miracle veut que, grâce au saint homme, les trois mômes retrouvent soudainement leur intégrité, corps et âme tout ensemble. Ils se reconstituent, souriants et reconnaissants, heureux d’avoir effleuré le paradis, dit le troisième, ce que rapporte la chanson.
Bien entendu, et vous le savez, il existe une lecture de cette légende dorée à un autre niveau, celui du symbole. Retenons simplement le bonheur des trois enfants d’avoir retrouvé la vie. Le bonheur…
Le Père Noël créé bien plus tard et pour d’autres besoins devrait, en toute logique, susciter bien moins d’intérêt que l’homme à la crosse et à la mitre. En effet, sauf erreur, il n’a pas commis le moindre exploit. Oui, je vous l’accorde, il parvient cependant à descendre dans toutes les cheminées, au grand dam de ceux qui encouragent les régimes alimentaires et prônent une révision complète de notre alimentation, faute de quoi, les humains des sociétés modernes risquent de connaître mille turpitudes de santé parmi lesquelles l’arthrose dont notre voyageur à traîneau ne semble pas victime. Il suffit de constater les prouesses dont il est capable.
Et si ce Père Noël, subtile « réincarnation » de l’évêque, est devenu si célèbre sous de nombreuses latitudes, c’est sans doute parce qu’il est un éternel distributeur de cadeaux. A priori, c’est plus spectaculaire que d'extraire des gamins d'un tonneau, ce qui peut en dire long, si l'on veut bien s'arrêter sur cette « nuance ». Mais, quoi que l’on puisse penser de cet événement appelé Noël et de tout ce qui s'y réfère, selon notre culture, notre possible appartenance religieuse, nos origines et notre philosophie, concédons que le cadeau peut apporter un certain bonheur à celui qui l'offre comme à celui qui le reçoit. Le bonheur…
Je n’ai même pas ouvert le dictionnaire pour tenter d’en trouver la définition, car je crains qu’elle ne m’apporte pas grand-chose, illustrant le concept en termes tout à fait généraux qui ne sauraient me satisfaire. De plus, elle risquerait de me bloquer dans mon propos.
Ce bonheur, comme l’amour ne saurait se réduire à une simple définition aussi recherchée soit-elle. Du reste, chacun d’entre nous ne cite-t-il pas des exemples de ce qui, pour lui, illustre le bonheur, en se référant à sa propre expérience ? Une image vaut mieux que mille mots.

Ainsi, nous pouvons ébaucher les contours de ce bonheur que chacun recherche, souhaite ressentir et vivre. Nous pourrions également dire qu’il est si personnel qu’il en existe de multiples facettes. Il serait difficile à partager, et pourtant, pas forcément évident à donner. Et ceci serait-il intimement lié à la nature de l'homme ?
Autant d’humains, autant de bonheur ? Pas si sûr. Parce que ceux de nos semblables qui vivent dans des conditions inhumaines (la liste de celles-ci est si longue…) n’ont peut-être pas en eux la moindre étincelle de bonheur. Ou alors, ils vont puiser au fond d’eux-mêmes pour la trouver. Les autres, ceux pour lesquels la vie est plus claire, sans souffrance et sans vicissitudes, parviennent peut-être à le trouver et à le vivre, ce bonheur. Mais est-ce si certain ?
Ce bonheur serait-il changeant, fluctuant et insaisissable ? Et s’il n’est pas quelque chose de complexe et formaté qu’il faut atteindre à tout prix, s’il est au contraire quelque chose de simple comme un état intérieur, produit d’une mystérieuse alchimie, que nous éprouvons, ne serait-il pas plus facile de le partager à tout instant, au quotidien, et même sans en parler forcément. Simplement pour l’immense plaisir de le vivre et l’irradier. Une autre façon de donner, de se donner. Un partage, en quelque sorte.

Ah ! Le bonheur…

 

Dubourg

Commentaires (3)

1. Lisette lundi, 04 Décembre 2017

Merci Daniel pour ce beau texte qui amène bien des réflexions... Il m'a apporté également un moment de bonheur !

2. Daniel DUBOURG dimanche, 03 Décembre 2017

Mon cher Serge, ton petit pont de bois jeté entre deux textes du Porte-Plume de décembre est bienvenu. De quoi philosopher encore, puisqu'il existe encore tant de tranchées et de balles...

3. Serge beyer dimanche, 03 Décembre 2017

"Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.
Le bonheur est dans le pré, cours-y vite. Il va filer.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite................
Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite,
Saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé !" Paul Fort
Que cet extrait d'un poème écrit pour évoquer avec ironie les poilus sautant par-dessus la tranchée sous les balles ennemies soit une passerelle entre ton texte et celui de Jean Luc, un pont entre philosophie et histoire....
Ah, le bonheur ! ;-)

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