Décembre 2017

L inconnu du mois

Par Édith PROT 

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Antoine Lefèvre

Tous ceux qui ont vu le film cultissime « Amélie Poulain » ne peuvent avoir oublié la séquence où Amélie découvre, cachée derrière une plinthe, une boîte de bonbons contenant les trésors d’un enfant qui vivait autrefois dans le même appartement. Enfin, pas une boîte de bonbons, une boîte de bergamotes, tout à fait semblable à celles qu’utilisait ma grand-mère pour ranger ses boutons ou ses écheveaux de coton à broder. Sur toutes ces boîtes, la même faute d’orthographe (du moins le pensais-je) : il y a deux "t" à bergamotes. Eh bien, la responsabilité en incombe à un Meusien, Antoine Lefèvre, un pâtissier né à Varennes-en-Argonne en 1814. Ah ! Je vois déjà les fidèles habitués de cette rubrique lever les bras au ciel en se disant : « La pauvre, elle nous a déjà dressé le portrait du fondateur des biscuits LU et elle l’a oublié ! ».

Rassurez-vous, je me souviens de cet autre Lefèvre natif du même village et prénommé Jean Romain. D’ailleurs, si notre inconnu porte le même patronyme, ce n’est pas une coïncidence. Ils sont frères. Lorsque le premier part pour Nantes pour fonder sa célèbre pâtisserie, l’autre préfère rester dans la région. Il épouse Philogène Denise et ouvre en 1840 une boutique rue Saint-Dizier à Nancy, qu’il baptise « Maison Lefèvre-Denise ». Il se spécialise dans la confiserie, la chocolaterie et propose également du pain d’épice. Bien entendu, en bon nancéien qu’il est devenu, il fabrique aussi des macarons et surtout, des bergamotes. À cette époque, le dictionnaire n’a pas tranché et autorise l’écriture de ce mot avec un ou deux "t". Ses concurrents ayant tous opté pour un seul "t", Antoine choisit de se singulariser en en mettant deux. C’est Louis, son fils, qui en fera une marque déposée en 1898 et qui aura l’idée de ranger les bonbons dans des boites en fer blanc décorées par les fameuses grilles de la célèbre place Stanislas.

Bien qu’ayant changé plusieurs fois d’adresse, la maison Lefèvre existe encore de nos jours et appartient toujours aux descendants d’Antoine, mais le flambeau étant quelquefois passé de père en fille, ils ne s’appellent plus Lefèvre. Ils ont cependant gardé le nom de leur ancêtre dans la dénomination de leur affaire qui s’est appelée au fil du temps Lefèvre-Georges puis Lefèvre-Lemoine. Vous pouvez vous y rendre au 47 boulevard Henri-Poincaré (encore un Meusien). Bien que parfaitement et authentiquement nancéiennes, les confiseries que vous y dégusterez ont un retour en bouche tout à fait typique : un arôme venu de Meuse. Mais attention, soyez vigilants ! Vérifiez bien que vos bergamotes ont deux "t", sinon ledit arôme ne s’y trouvera pas…

 

Prot

Commentaires (1)

1. beyer serge vendredi, 01 Décembre 2017

Désormais je regarderai différemment ces bonbons avant de les croquer, et vérifierai comment est parfumé mon Earl Grey, avec un ou deux "thés".
Un reportage et une histoire au rythme bien plaisant , comme chaque mois !

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