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Par Édith PROT

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Pierre-François Gossin

Voici un homme qui aurait pu vivre vieux s’il avait été brigand ou tire-laine, mais la fatalité voulut qu’il tournât mal : il devint policier…

Lorsqu’il naît à Souilly en 1754, rien ne le prédispose à être un révolutionnaire. Sa mère est de petite noblesse et son père est procureur à la chambre des monnaies de Metz. Lui-même, après une formation d’avocat, est devenu lieutenant-général de police criminelle à Bar-le-Duc. Ce vaillant serviteur de la Couronne doit cependant inspirer confiance à la population puisqu’il est élu député du Tiers-Etat aux États généraux, puis à l’Assemblée constituante. Il s’y fera remarquer à plusieurs occasions. Il participe activement à la commission chargée de créer la future organisation des départements, mais aussi à la mise en place des Archives nationales. Il demande dans un discours vibrant la création d’un jury populaire pour juger les affaires criminelles et c’est sur sa proposition que la dépouille de Voltaire est transférée au Panthéon.

À la fin de son mandat, en 1791, il rentre à Bar-le-Duc pour y occuper le poste de procureur-syndic (ancien nom des préfets de département). Il n’a pas choisi le meilleur moment, car les Prussiens se rapprochent et arrivent devant Verdun l’année suivante. La ville n’est pas en état de soutenir le combat et doit se rendre. Lors de l’entrée des troupes prussiennes, un coup de feu tue un des lieutenants du général prussien. Craignant des représailles, les notables de la ville tentent d’amadouer l’envahisseur en envoyant des jeunes filles offrir des dragées et font appel à Gossin pour négocier une solution pacifique. Gossin refuse dans un premier temps, mais poussé par la population il accepte de se rendre dans la ville. Il n’y rencontre personne, l’armée prussienne s’étant remise en marche vers Paris (elle sera stoppée à Valmy quelques semaines plus tard). Verdun est libérée et Gossin reprend son poste à Bar-le-Duc.

Après le procès de Louis XVI, une vague vertueuse exige la tête des responsables de la reddition de Verdun. Ce sont les jeunes filles aux dragées et Gossin qui vont injustement payer la note. Accusés de collusion avec l’ennemi, ils sont traduits devant le tribunal révolutionnaire, et condamnés à mort le 22 juillet 1794, l’exécution devant avoir lieu le lendemain.

Et c’est à ce moment-là que Gossin aurait pu sauver sa vie. Lorsque la charrette vient chercher les malheureuses jeunes femmes et leurs compagnons d’infortune, le préposé chargé de faire l’appel des condamnés oublie une ligne. Lorsque la charrette se met en route, Gossin, tout surpris de ne pas avoir entendu son nom, se retrouve seul dans la cour de la prison, avec devant lui les portes grandes ouvertes. N’importe quel malfrat en aurait profité pour prendre ses jambes à son cou et disparaître dans la nature. Pas lui. Solidarité avec les autres condamnés ou respect un peu trop poussé des sentences prononcées par l’institution ? Gossin se met en effet à courir… pour rattraper la charrette et la suivre jusqu’à l’échafaud.

Prot

Commentaires (3)

1. Serge beyer mercredi, 07 Mars 2018

Grâce à Edith, on redécouvre qui était celui dont on a baptisé la place où se dresse le Conseil Départemental de la Meuse. Suite à l'intervention avisée de Jean-Paul, j'ai découvert que La Fayette et le poète André Chénier étaient également inhumés à Picpus... Belle rubrique que celle de l'inconnu célèbre meusien !

2. streiff jeudi, 01 Mars 2018

En réalité le Conventionnel Harmand de la Meuse a fait en sorte que Gossin ne soit pas sur la liste. Il n'a pas pu le prévenir. Bêtement Gossin s'entête ! Sans tête ! Il est enterré dans les fosses communes du cimetière de Picpus. Ses enfants sont inhumés dans le petit cimetière attenant.

3. Lagneau Michèle jeudi, 01 Mars 2018

Et il ne serait pas devenu l'inconnu célèbre. Merci pour vos histoires d'inconnus.

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