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Par Daniel DUBOURG

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L’esprit des lois

Dans le domaine scientifique, la quantité de lois découvertes et établies au fil des siècles, sans cesse revues, affinées et réajustées, par des découvreurs acharnés, est impressionnante. Bon nombre d’entre elles tiennent du domaine de la physique, de la chimie, de la génétique ou encore de l’électricité. 

D’autres, sans doute bien plus nombreuses, ont été rédigées par les hommes, dans le but de régir la vie sociale, en référence à des conceptions morales et éthiques d’une société donnée. Celles-là sont forcément très diverses, car adaptées au milieu, à l’époque. Elles représentent « la » loi.

Dans les deux cas, elles s’appliquent à l’homme. Pour ce qui est des lois régissant une foule de mécanismes très complexes, elles ont une sorte de caractère immuable.  S’il semble impossible de les changer a priori, il faut s’appliquer à mieux comprendre leurs modalités de fonctionnement et le champ de leur application.

Beaucoup d’entre elles font encore l’objet de recherches, aidées par des évolutions technologiques et des découvertes récentes, dans le but d’en mieux connaître les mécanismes. Les progrès de la science et les moyens d’investigation de plus en plus perfectionnés disponibles font émerger des données nouvelles venant éclairer l’application des lois en question.

Celles que l’homme a élaborées sont d’un tout autre domaine, puisqu’elles ne procèdent pas de lois physiques, mais de conceptions éthiques, d’options philosophiques ou religieuses.  Elles ont aussi une évolution lente.

Il en est une, très vieille, qui semble pourtant s’appliquer encore fréquemment.  Elle ne figure sans doute dans aucun écrit. Ancienne, elle frappe l’esprit par son caractère primaire. Il s’agit de la fameuse loi du talion, qui veut que l’on sanctionne un acte par sa réplique stricte. C’est le fameux « œil pour œil, dent pour dent ». Voilà bien une loi qui a l’ambition de l’équité par une espèce de « juste » retour des choses. Pas besoin de faire un dessin pour comprendre qu’elle ne peut mener qu’à une éternelle et sinistre partie de ping-pong. Elle n’arrange rien et ne permet surtout pas de faire avancer la réflexion, la vengeance étant le seul et rudimentaire moteur de règlement d’un conflit. 

Dans la panoplie des lois qui ont la vie dure et qui, semble-t-il, continuent de régir la vie, en s’appliquant également au genre humain, il y a cette fameuse loi de la jungle, souvent dite inexorable, immuable. Là, nous sommes dans l’univers de la compétition, de la rivalité, de la prédation et j’en passe. Tout cela constaté, admis et rarement remis en question par l’homme. Les progrès de la science semblent aujourd’hui susceptibles de nous éclairer davantage sur celle-ci et de montrer qu’elle n’est pas forcément ce que nous pensons.

Et si ce que nous nommons « loi de la jungle » était, au-delà des apparences, un réseau complexe d’entraide pour maintenir un équilibre subtil, fragile sans doute, mais permettant une vie pérenne par d’incessants ajustements. Si la règle était de ne pas pulvériser « l’autre du dessous », dans la chaîne alimentaire, avec une éternelle fringale, en le priant de se reproduire encore longtemps pour assurer notre propre survie.  Celui que l’on mangerait et que l’on remercierait, en quelque sorte, en lui lançant un désinvolte et faussement compatissant « tu sais bien que ça doit t’arriver ! » Si la règle était de ne pas craindre d’être forcément croqué, un jour, par le « prédateur du dessus », en vertu de l’implacable système qui fait que le croqué est toujours le croqueur de quelqu’un, et vice-versa (la raison du plus fort est toujours la meilleure).

Oui, parce que, tout bien réfléchi, une fois que l’anéantissement d’une espèce, d’une variété (qui joue forcément son rôle dans l’équilibre de l’ensemble) est consommé, la chaîne est cassée. Et, comme on le sait, la force de celle-ci ne vaut que par celle de son maillon le plus faible (contraire de fiable ?).  Alors, ensuite, que fait-on ?

La collaboration, la compassion et l’entraide ont sans doute de beaux jours devant elles. Et si ceux-ci sont encore éloignés, certains signes auraient tendance à montrer qu’ils pointent le bout de leur nez et qu’on pourrait bien quitter un jour le « chacun pour soi », le fameux individualisme tant décrié et constaté.

Pour être convaincu, il faudrait des données convaincantes, démontrant que cela est réel et profitable au groupe, comme à l’individu. Ces dernières sont émergentes et constatables en bien des domaines. Mais alors, pour quelles raisons beaucoup se montrent-ils si réticents ?

Dubourg

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