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Lagneau patrick
par Patrick LAGNEAU

 GRAND CONCOURS PLUME D'AUTOMNE

SOLUTION ET RÉSULTATS

Voilà le moment tant attendu. Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps.
Sachez toutefois que vous avez été
X à participer à notre concours : Y non membres de PLUME et Z membres de PLUME.

Dans le texte étaient cachés 32 noms d'auteurs ou illustrateurs.

Et celui qui en a trouvé le plus est un membre/non membre de PLUME.

Le membre de PLUME le plus sagace en a trouvé ?. Il s'agit de Prénom/Nom.

Le gagnant officiel (non membre de PLUME) en a trouvé ?. Il s'agit de Prénom/Nom.

Il remporte donc les 18 livres offerts par des auteurs de PLUME. Ces livres lui seront remis officiellement lors de notre salon : 

 PLUME d'AUTOMNE 
 Dimanche 16 décembre 2018 
 de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00
 Salle des fêtes de l'Hôtel de Ville de Bar-le-Duc 

Et maintenant... la solution !
(Vous pouvez cliquer sur les noms en bleu pour découvrir
les pages dédiées aux auteurs et illustrateurs)

Ligne intramuros

Annie Aubertin

    Nous sommes début janvier. Avec un froid de saison. Nous attendons sous le préau de notre école privée l’arrivée de notre professeur de français tout en discutant entre élèves de première. Une chose est certaine, aujourd’hui il est en retard. Finalement, le proviseur nous rejoint. Il est accompagné d’une femme d’une cinquantaine d’années, un panier sous le bras, vêtue d’un long manteau noir avec un col de fourrure et coiffée d’un chapeau bizarre que j’apparente à une chapka yiddish (Cailly). Le proviseur nous invite à entrer dans le bâtiment. Nous gravissons les deux étages en échangeant à voix basse sur ce drôle d’oiseau, et nous enfilons le couloir. Nous pénétrons dans la salle Van Gogh (Salvan) les uns derrière les autres et, sur le parquet, marchons (Quémard) en silence jusqu’à nos places où nous nous installons. Le proviseur se place debout, derrière le bureau, la mystérieuse femme à ses côtés. Sans préparation psychologique et surtout sans explications, il nous annonce d’entrée :

    - Monsieur François ne viendra plus. Je vous présente notre nouveau membre du corps professoral : Annie Aubertin (Lagneau, comme annoncé en novembre, ce nom n'est pas comptabilisé). Elle sera dorénavant votre professeure de français.

    Puis s’adressant à elle :

    - Je vous laisse avec vos élèves, Madame.
    
- Merci, Monsieur le Proviseur.

    Et il s’éclipse sans un mot de plus, nous laissant pantois, entre les mains de celle qui doit nous préparer à l’épreuve de français du bac. Comme tout bon potache qui se respecte, nous savons que nous allons la tester, mais nous allons rapidement nous rendre compte que c’est effectivement un drôle d’oiseau. Ce premier cours restera gravé dans nos mémoires.
Elle a des livres dans le panier qu’elle tient par l’anse. Elle met (Anselmet) alors sur le bureau une pile d’une dizaine de bouquins, balaie la classe d’un regard inquisiteur, puis lance :

    - Nous sommes en cours de français. Donc, nous parlons français. Je ne tolérerai aucun mot non-inscrit dans le dictionnaire. Que d’ailleurs vous devriez lire ! Peu importe lequel. Le Larousse ou le Petit Robert transmettent (Bertrand) le vocabulaire de notre langue. Je suis intraitable sur ce principe et je vous préviens de suite que je sévis au moindre (Villaume) écart de langage. Des commentaires ?

    Notre délégué de classe, élu à la majorité d’entre nous pour sa faculté à ne pas se laisser intimider par les profs, lève la main. Elle le repère.

    - Ton nom ?
    - Jolibois, Madame. Je suis le délégué de classe.
    - Je t’écoute…
    - Pourquoi ce sermon à votre première prise de parole ?

    Un léger sourire se dessine sur ses lèvres et elle répond, sans s’énerver :

    - Ce n’est pas un sermon. C’est (Moncey) juste une mise au point pédagogique afin de vous préparer au mieux à l’oral de juin. C’est en forgeant que l’on devient forgeron. C’est en vous exprimant correctement tout au long de l’année que vous épaterez vos examinateurs. Merci pour ton intervention, Jolibois. Nous allons pouvoir maintenant commencer…

    Elle se tait quelques secondes, les yeux fermés, comme pour chercher l’inspiration.

    - Lorsque nous entrons pour la première fois dans une bibliothèque, le premier livre en général que l’on attrape, roman (Prot), essai ou recueil de poésie, nous marque à tout jamais. Pour moi, ce fut un livre d’Edmond Rostand. Qui peut me dire quel est son chef d’œuvre et me citer le nom de son personnage incontournable du théâtre français ?

    Nous sommes plusieurs à lever la main. Elle passe la parole à un élève au hasard.

    - Cyrano de Bergerac ! C’est un homme au gros nez que (Groenecke) l’auteur lui fait comparer dans une fameuse tirade à un roc, à une péninsule.
    - Bien, mais dites grand nez ! Pas gros nez ! Ce n’était pas un clown…

    Devant la bévue, toute la classe s’esclaffe, rit niaisement (Frignet), mais Annie Aubertin, d’un geste de la main autoritaire, impose aussitôt le silence.

    - Petite leçon : respectez toujours un de vos camarades qui prend la parole. Même s’il dit une ineptie, il a pris la parole. Vos réactions peuvent transformer cette tentative en expérience négative et le marquer à vie. Donc, on le respecte. Parlez-moi plutôt maintenant des auteurs que vous lisez.
    - Al Gore ! lance un de mes camarades.
    - Al Gore n’est (Gornet) pas un auteur littéraire au sens propre. C’est un homme politique américain qui a rédigé un manifeste écologique pour la planète. Citez-moi plutôt des romanciers français qui vous ont plu !
    - Guillaume Musso, Marc Lévy…
    - Ne me parlez pas de Musso, ni de Lévy. Ce qu’ils écrivent, c’est du roman de gare, du remplissage (Durand) de cerveau par du vide ! Je sais que cet avis, peu d’entre vous le partagent. Or je (George) persiste et j’assume. Je ne vous demande pas de me citer des auteurs qui écrivent des polars ni, comme (Arnicot) vous l’imaginez, des romans à l’eau de rose. Non, citez-moi par exemple du Bourget, (Dubourg) Paul Bourget, avec « Le démon de midi », Rousseau, avec…

    - M’dame, Rousseau, c’est dépassé, c’est du passé…
    - Bravo pour ce paronyme, jeune homme, mais désolée de te contredire, Rousseau  modernise (Somot) la littérature en 1761 avec son roman épistolaire « Julie ou la Nouvelle Héloïse ». Et Tolstoï ? « Guerre et paix »… Rares, (Pérard) sûrement, sont ceux qui parmi vous l’ont lu…
    - Non, M’dame, moi, je l’ai lu. Et ça m’a plu. D’ailleurs, je compte bien le relire…

    - Et tu as raison. Comme le dirait Bergson (Reber) « Vivre, pour l'esprit, c'est essentiellement se concentrer sur l'acte à accomplir ». Ton acte à accomplir, à toi, c’est de relire ce livre qui t’a plu. Jamais ne remets tes relectures (Remetter) au lendemain ! Fais-le quand l’envie te vient. Mais dans tous les cas, il faut lire. Tenez ! Laissez-vous donc emporter par Balzac qui, en quatre-vingt-dix tomes, a (Thomas) écrit « La condition humaine ». Je ne vous demande pas de lire l’intégralité. Commencez par « Le père Goriot » ou « Le colonel Chabert ». Vous aurez un bon aperçu du style de l’auteur.
    - Hou là ! Vous imaginez le prix que ça doit coûter de tels pavés, lance mon voisin sans avoir été invité à prendre la parole.
    - On ne choisit un livre ni au prix ni au (Prignot) nombre de pages. Juste se laisser guider par le plaisir de la découverte. Et puis qui t’a dit de les acheter ? Les bibliothèques regorgent de perles de la littérature. Vous pouvez même y lire des bandes dessinées. Un album illustré fait (Streiff) beaucoup pour la culture de l’individu.
    - M’dame, je peux vous poser une question ?
    - Je t’écoute…
    - Mon grand-père m’a dit que je devais lire une auteure que je ne connais pas. Que dois-je lire d’elle ?
    - Une bien belle chance que d’avoir un grand-père qui incite à la lecture ! Comment s’appelle cette auteure ?

    Fier de lui, l’élève lâche dans un souffle :

    - Céline !

    Ricanements dans la salle, vite enrayés par le geste imposant de la prof.

    - C’est un homme et Céline est son patronyme. Louis-Ferdinand de son prénom. Un auteur sujet à controverses. Il est permis de se demander quelle force créatrice anima Céline (Macel) pour rédiger « Le Voyage au bout de la nuit » et écrire ensuite ses méprisables pamphlets antisémites ? C’est juste une réflexion personnelle. Je te conseille malgré tout de lire « Le voyage au bout de la nuit ». Bon, poursuivons…

    Elle prend un à un les livres de la pile qu’elle a constituée sur le bureau au début du cours.

    - Dans les auteurs incontournables, signalons Barbey (Lombard) d’Aurevilly avec ses œuvres romanesques complètes en deux tomes, Musset avec « Lorenzaccio »…

    Un de mes camarades lève la main.

    - Oui ?
    - J’ai lu des commentaires sur cette pièce de théâtre. Elle ne fait pas l’unanimité…

    - On a tout dit de « Lorenzaccio », (Didelot) tout et son contraire. Musset a dû se retourner dans sa tombe plus d’une fois.


    Elle saisit un troisième livre.

    - Ah, tiens, celui-ci est également indispensable. « Bel ami » ! Qui, il faut que je sache, a lu Maupassant (Chalumeau) et notamment cette œuvre-là ?

    Personne ne se manifeste.

    - Bon, eh bien, nous avons du pain sur la planche ! C’est grâce à la lecture que vous développerez votre imaginaire.

    Elle soupire et prend le livre suivant sur la pile.

    - Il suffit de se plonger dans Barjavel, (Ambard) que ce soit « La nuit des temps » ou « Le grand secret » pour comprendre le sien.

    Un autre livre…

    - Lisez « La métamorphose », ce chef d’œuvre qu’a écrit Kafka (Krika) pour comprendre le châtiment imaginaire qu’il s’inflige…

    La sonnerie de fin de cours retentit.

    - Bon, pour terminer, comme nous approchons de l’Épiphanie, nous commencerons à étudier dès la semaine prochaine le dernier Bruno Tessarech, « La galette des Rois ». L’auteur, même s’il parle fève, reconnaît (Lefèvre) que son roman en est justement dépourvu. Vous le trouverez facilement. Il était en librairie dans les bacs lundi (Klein) dernier.
    - M’dame, les internes pourront-ils sortir pour l’acheter ?

    - Demandez au proviseur dont il vous faut l’accord de (Lacorde) principe… Vous pouvez y aller…

    Comme des mouches, les élèves s’envolent de la classe. Cette prof-là m’interpelle. J’ai envie de la titiller, de la mettre en porte à faux. 

    - Excusez-moi !
    - Oui…
    - J’aimerais vous poser une question…
    - Je t’écoute…
    - Pourquoi le tableau « L’origine du monde » de Courbet, hier, (Beyer) a-t-il été censuré par Facebook…
    - C’est une des inepties du monde d’aujourd’hui. N’aie aucune crainte ! Je suis certaine que Facebook passera en justice et sera débouté pour cette censure artistique.
    - Merci, M’dame, bonne journée !
    - À toi aussi !

    C’est ainsi que s’achève le premier cours d’Annie Aubertin, une enseignante qui marquera ma vie, j’en suis sûr…

 

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