Le coin historien5 12-decembre-1.jpg2018 1

Par Jean-Luc QUÉMARD

Quemard 3

Joseph Boulnois
De Verneuil en Halatte à Chalaines

Peu de monde connaît ni se souvient de ce personnage, et pourtant, il laissera une œuvre derrière lui. En effet, ce brillant musicien qui excellait dans le domaine de la musique baroque, de chambre et religieuse est décédé bien trop tôt sans avoir pu obtenir la reconnaissance qui lui était promise. Il évoluait dans ce monde musical avec aisance, reconnu par ses pairs et un public averti. Ce dernier fut, au fil du temps, conquis par sa parfaite maestria de ses œuvres et compositions jouées sur son instrument de prédilection, l’orgue.

Nous savons très peu de choses sur Joseph Boulnois[1], né à Verneuil en Halatte (Oise) le 28 janvier 1884, décédé à l'hôpital militaire complémentaire n°32 de Chalaines (sud meusien) le 20 octobre 1918, à l’âge de 34 ans. Pour parler un peu de lui, ignoré même par la plupart des Chalainois, intéressons-nous d’abord à sa trop brève carrière musicale.

Son père, instituteur, organiste à l’église de Verneuil, lui transmit ce virus dès son enfance .Très tôt, décidant d’exceller dans ce domaine, il fait ses études musicales au Conservatoire de Paris où il étudie le contrepoint avec un maître et l'orgue avec un virtuose. En 1906, il épouse la pianiste Jane Chevalier qui lui donne un fils l'année suivante, Michel qui deviendra aussi un éminent compositeur et organiste.

Suite à ses études en musicologie, se révélant un excellent organiste, il est en 1908, tout désigné pour obtenir le poste de titulaire à l'orgue de l’église Sainte Élisabeth-du-Temple dans le 3e arrondissement à Paris. Puis est nommé à l'orgue de l’église Saint-Louis d’Antin dans le 9e arrondissement. Désireux de continuer dans un autre domaine, il devient en 1909, chef de chant à l’Opéra-comique. Ne se résignant pas à abandonner le genre musical religieux, trop partisan de ce dernier, il demeure très actif dans ce domaine et donne de nombreux récitals, notamment en étant avec Marc de Ranse,[2] le cofondateur des Concerts spirituels de Saint-Louis d'Antin.

Puis vint le changement d’un monde qui va se révéler mortifère, hélas, ce qui était illusoire, voire utopique pour certains devient une réalité qui aboutira à un effroyable conflit.

Rappelé comme beaucoup de jeunes Français en août 1914, il est incorporé dans un service sanitaire. Au début de la Grande Guerre, Joseph Boulnois est affecté le 1er janvier 1915 à l'hôpital Février de Châlons-sur-Marne où il sert comme brancardier. Démontrant d’excellentes capacités humaines et actif dans son rôle, il est nommé caporal le 26 mars 1915, puis, se révélant un brillant soldat, est nommé sergent le 19 octobre 1916. Cependant, musicien dans l’âme, ne pouvant se réduire à abandonner cet art, il continuera à produire des œuvres. Et paradoxalement, c’est dans ce contexte qu’il écrira ses œuvres les plus importantes telles que :

  • la Sonate pour piano, la Suite en 5 parties pour piano et violoncelle, le Trio pour piano, violon et violoncelle. Il écrira également une mélodie en 1915 dédiée à un joli texte écrit par le poète Banville,« Nous n'irons plus au bois ». Cette romance bien connue des enfants que nous chantions lors de nos balades en forêt accompagnés par l’institutrice ou l’instituteur.

Muté à l’hôpital militaire de Vaucouleurs en 1916, puis de Chalaines au cours du printemps 1918, c’est dans cette dernière affectation, qu’il contractera la grippe espagnole ; cette insidieuse pandémie qui causera des millions de morts sur tout le continent européen. Atteint par ce fléau, il doit quitter son emploi et il est hospitalisé le 15 octobre 1918 dans le service où il servait en tant que brancardier. Il décèdera 5 jours plus tard, à trois semaines de l’Armistice.

Durant son séjour à Chalaines, pendant ses quartiers libres, avec l’autorisation du curé, il jouait de l’orgue, voire composait à l’église. En guise de remerciements et pour le plaisir des fidèles, certains dimanches, il accompagnait magistralement la chorale. C’est à Vaucouleurs et à Chalaines, qu’il composera ses deux dernières œuvres, sans doute les plus belles : Sainte Cécile au milieu d'un grand concert des anges et un Trio pour piano, violon et violoncelle.

Désirant me rendre compte de la nature de ses œuvres, j’ai retrouvé dans les archives audio de France-musique, une émission « talents fauchés »  qui lui était consacrée le 21 novembre 2014. J’ai ouï et apprécié avec une émotion certaine la sonate pour piano et violon écrite en 1918. Mélomane à mes heures, je puis dire qu’il n’avait rien à envier aux plus grands.

Si Joseph Boulnois n’a pas révolutionné le monde musical de son époque, il en demeure néanmoins un compositeur reconnu. Il a écrit 42 œuvres réparties en : musique pour orchestre, musique de chambre, mélodies, suites pour piano et orgue, et une pièce théâtrale. Maîtrisant son art, ce talentueux musicien fut primé à 4 reprises.

Joseph boulnois

Ses principales compositions écrites durant la Grande Guerre :

Pour piano :

La Basilique (1918)
Sonate (1918)
Sainte Cécile au milieu d'un grand concert des anges (1918) à Vaucouleurs et Chalaines

Musique de chambre :

Quatuor à cordes (1916)
Sonate pour violoncelle piano (1917)
Suite en cinq parties pour piano et violoncelle (1918)
Trio pour piano, violon et violoncelle (1918) à Chalaines

Mélodies :

    Les roses de Saadi, poème de Marceline Desborde-Valmore (1915)
    Nous n’irons plus au bois, poème de Théodore de Banville (1915)
    Souvenir, poème d’André Chénier (1916)
    La Flûte, poème d’André Chénier (1916)
    Recueillement, poème de Charles Baudelaire (1916)
    Trois Sonnets, poème de Charles-Augustin Sainte-Beuve (1917)


[1] J’évoque ce brillant compositeur dans mon ouvrage « On a eu d’la chance », tome II de « Une lueur d’espoir ».

[2] (1881 – 1951), éminent pianiste et organiste, maître de chapelle, chef de chœur. Ancien combattant de la Grande Guerre, blessé, il sera fait prisonnier en Belgique en 1914.

Quemard

Ajouter un commentaire