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Par Daniel DUBOURG

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Trébuchons

Trébuchons. Cela ressemble à une incitation, presque une invite. La vie offre un joyeux parcours semé d'embûches, d'embâcles, d'embrouilles et d'embêtements qui semblent, dès la naissance, prêts à nous faire trébucher à l'aide d'une panoplie infinie d'outils voués à la chute, à l'échec, assortie d'une palette dont l'intensité dramatique varie, tant pour les destinées collectives qu'individuelles.

Chacun a donc tout loisir d'en prendre pour son grade dans ce large éventail de situations constituant des épreuves plus ou moins rudes et fortement personnalisées. On dirait que nul d'entre les humains n'a le choix et que chacun reçoit le lot qui lui est destiné, en vertu d'on ne sait trop quelle règle. Bien entendu, la vie n'est pas que cela, heureusement !

Nous avançons sans cesse en équilibre sur notre fil de funambule, gardant à l'esprit l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine démarquant pessimistes et optimistes.

Mais puisque nous parlons du versant difficile des choses, reconnaissons que chacun à sa façon en bave, souffre et rencontre des épreuves, petites ou grandes, au cours de son existence. Quelles qu'elles soient, on dit d'elles qu'elles ont la vertu de nous transformer et nous fortifier, si l'on en triomphe. Mais pourquoi de tels parcours ? Pour apprendre ? Pour grandir, se maîtriser, se réaliser ? Autrement dit, sont-elles nécessaires, indispensables à notre évolution ?

Qui est le semeur d'ornières, d'épidémies, de famines, de guerres et de conflits interminables, de tranchées, de morts ? Y en a-t-il un ? Qui est le faucheur ? Pourquoi tout cela ? Est-ce une partie incontournable de la destinée des terriens que nous sommes ?

On peut retenir que celles et ceux qui ont dépassé les épreuves qui les attendaient au coin du bois se sont, selon leurs dires, trouvés transfigurés, et qu'ils ont appris à se connaître et se découvrir. Ils sont devenus autres en les traversant. Autres dans la façon de voir le monde, autres dans l'humain, dans la tolérance, dans la manière de comprendre et d'aborder la vie en général. Ils ont transformé la leur, précisé l'objet de leurs recherches et affiné la compréhension de leur itinéraire personnel auquel ils ont donné un nouveau sens.

Et après les épreuves, il y avait la joie et le bonheur qui donnent du goût, de l'appétit, en apportant un souffle de renaissance, la mort à une vie passée pour une autre, plus belle et plus intérieure, plus en relation avec le tout. Comme la transformation de la chrysalide en papillon, comme la métamorphose du foetus aquatique en enfant aérien, qui a désormais tout l'équipement nécessaire à des allers-retours incessants entre la terre et les étoiles. Juste que, pour ce faire, la bienveillance de ses semblables est nécessaire. Elle facilite grandement.

L'essentiel n'est pas le nombre de fois que nous trébuchons, au cours de notre long apprentissage d'homme, mais dans le nombre de fois que nous nous relevons. Et tous ceux qui, par leurs actes et leurs pensées, justifient la vie par l'intolérance, la négation de l'autre, tous ceux qui refusent à leur prochain le droit de se réaliser en les combattant, en les anéantissant, trébuchent, eux aussi, mais plus lourdement, car ils font des victimes.

Alors, trébuchons pour apprendre toujours, pour tenter de percevoir le visage de la vérité et en approcher la nature, afin de parvenir à mieux définir et différencier justice et justesse, afin de promouvoir et cultiver le respect de l'autre, qui ne se définit pas qu'à travers ses idées.

Dubourg

Commentaires (1)

1. Jacques René jeudi, 06 décembre 2018

Au judo nous avons la même approche sur la définition et le symbole de la chute .Merci pour cet écrit pertinent.

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