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Par Édith PROT

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Jules Bastien
(dit Jules Bastien Lepage)

À l’époque où apparaissaient les premiers impressionnistes, on demanda à Émile Zola ce qu’il pensait d’un artiste en vogue dont il était l’ami et qui semblait aller à contre-courant. Zola répondit que ce jeune peintre, bien que qualifié de naturaliste, avait su au contraire intégrer adroitement la formule impressionniste à son œuvre, la rendant plus accessible au commun des mortels, d’où le succès qu’il rencontrait. Cependant, avec sa franchise habituelle, il ajouta que ce succès lui faisait hélas craindre que son ami Jules n’accède jamais au rang de peintre d’exception, cet honneur n’étant généralement dévolu qu’aux artistes ayant eu à lutter pour imposer leur vision du monde. Cette prédiction dut paraître déplacée à l’époque où le Tout-Paris s’arrachait ses œuvres, mais avec le recul, elle s’avère cruellement lucide.

Jules Bastien naît à Damvillers en 1848. Bien que fils de paysans, il fait des études et obtient son baccalauréat. Son diplôme en poche, il décroche une place dans l’Administration des Postes à Paris et tente le concours des Beaux-arts. Cinq ans plus tard, il obtient déjà ses premiers succès, dont un second prix de Rome pour son tableau « l’Annonciation aux bergers », qu’il signe Bastien-Lepage. Il commence alors une carrière de peintre de la vie rurale et réalise un grand nombre de toiles inspirées de scènes de la campagne comme « Les Foins », « L’Amour au village », « Le Faucheur aiguisant sa faux » ou « Le Père Jacques ». Ses toiles sont achetées dans le monde entier et l'on peut en admirer quelques-unes dans les grands musées de Londres, New York, Moscou ou Philadelphie. Pour travailler au plus près de la nature et dresser des portraits des paysans et des évènements de son village, il installe un atelier de plein air dans son verger, à Damvillers, où il reçoit de grandes personnalités du moment, comme le frère du roi de Serbie, ainsi que de nombreux élèves venus du monde entier pour étudier son style particulier. Les grands hommes et les jolies femmes de la capitale, comme le prince de Galles, Juliette Drouet et Sarah Bernhardt se bousculent également dans son atelier parisien situé rue Legendre pour qu’il fasse leur portrait. Toute cette activité ne l’empêche pas de réaliser quelques œuvres plus exotiques comme « Venise le soir » ou « Lever de lune sur Alger », et certaines d’un réalisme et d’une crudité saisissants, comme son « Diogène ». En tout, c’est plus d’une centaine d’œuvres qu’il réalise entre 1874 et 1884, date à laquelle il décède d’un cancer à l’âge de 36 ans.

Son frère Émile consacrera le reste de sa vie à entretenir le souvenir de ce peintre lumineux dans son village natal. Le verger des Rainettes, devenu aujourd’hui un parc d’agrément fréquenté par les artistes, peut être visité par le public en août, et au centre du village, dans le square qui porte son nom, on peut admirer une statue de Jules Bastien-Lepage réalisée par Rodin, qui avait bien connu cet artiste (inutile donc de faire des centaines de kilomètres pour admirer une sculpture de Rodin, nous en avons une en Meuse). Et si ce sont des œuvres de Jules Bastien-Lepage que vous désirez admirer, là encore, inutile d’aller au musée Pouchkine de Moscou, ou au Met’ de New York : poussez jusqu’à Montmédy ! Dans l’ancienne école de la Citadelle se trouve un musée qui lui est entièrement consacré. Le nom de Jules, comme le prévoyait son ami Zola, a effectivement peu à peu disparu de la mémoire collective, mais son talent n’en est pas moins encore présent dans ses peintures. Si vous ne le connaissiez pas, allez le découvrir !

Prot

Commentaires (4)

1. Edith Prot mardi, 06 Novembre 2018

Merci d'avoir pensé à moi en visitant cette exposition, mais j'ai déjà consacré un article à Jean Berain, décorateur du Roy il y a plusieurs mois. Si vous trouvez un autre Meusien inconnu, n'hésitez pas, je suis preneuse !

2. Lagneau Michèle lundi, 05 Novembre 2018

Bonjour, je lis chaque mois avec grand intérêt la rubrique l'inconnu célèbre. Je ne sais pas si vous êtes à la recherche d'inconnus ? Je me permets de vous en signaler un : le musée des Beaux Arts de Nancy expose des tapisseries prêtées par le musée du Louvre, réalisées par Jean Berain, né à Saint Mihiel. L'expo s'intitule "Arabesques de Jean Berain autour d'un chef-d'oeuvre du Louvre".
Merci pour votre rubrique.
M Lagneau

3. Edith Prot jeudi, 01 Novembre 2018

Merci. c'est exactement le but de cette rubrique ! Sortir des inconnus de l'anonymat ne serait ce que le temps de la lecture de mon article !

4. Claudine R. jeudi, 01 Novembre 2018

Cela m'a beaucoup intéressée car je ne connaissais pas grand-chose de la vie de Jules Bastien-Lepage. Mais je connais ce joli parc à Damvillers. Merci de nous donner l'idée d'aller voir son musée à Montmédy.

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