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Par Dominique LACORDE

Lacorde dominique

Les femmes pendant la Grande Guerre
(Seconde et dernière partie)

(Les photographies peuvent être agrandies d'un clic)

LES FEMMES DANS L'AGRICULTURE ET LES TRAVAUX DES CHAMPS

Au début du 20e siècle, la France est un pays essentiellement agricole. Une fois les hommes mobilisés début août 1914, mois des moissons, les femmes et les enfants devront assurer les travaux agricoles. En 1914, on compte 8 500 000 travailleurs de la terre (5 237 000 hommes, 3 238 000 femmes). 3 700 000 agriculteurs seront mobilisés. La population agricole pendant la guerre sera de 5 000 000 de personnes environ. Le manque d'hommes pour les travaux agricoles et le manque de chevaux également, qui avaient été réquisitionnés pour la logistique militaire se ressentent.

En effet, l'armée réquisitionne 730 000 chevaux en 1914 soit un cheval sur quatre. Au total, 1 500 000 chevaux ont été réquisitionnés ou achetés à l'étranger entre 1914 et 1918. On utilise les chevaux pour le transport de l'artillerie lourde, des munitions, pour la nourriture des poilus. Il faut 3 750 tonnes d'avoine par jour pour leur nourriture. En 1917, la France manque d'avoine. L'armée réduit ses effectifs de 150 000 têtes sur les 960 000 en présence.

Le travail repose sur les 3,2 millions d'agricultrices, ouvrières agricoles ou femmes d'exploitants. Elles ont accompli l’essentiel du travail dans un grand élan patriotique et avec un sens nouveau de la solidarité. Les femmes deviennent maréchales-ferrantes, gardes champêtres, boulangères…

Chefs d'exploitation ou pas, les paysannes joignent aux tâches qui leur étaient traditionnellement imparties une grande part des travaux d'hommes, même ceux qui exigent de la force ou un long apprentissage.
Partout les femmes ont labouré, semé, hersé, fauché à la main ou à la machine, rentré les foins. Des instruments agricoles qui ne leur étaient jamais confiés leur deviennent familiers, comme la faucheuse, la moissonneuse lieuse, la batteuse.

Pour laisser le moins possible de terres en friches susceptibles d’être réquisitionnées par la commune, les paysannes s’épuisent au travail. La réquisition des animaux de trait, chevaux et bœufs ne facilite pas les choses, et toutes n’ont pas les moyens, même en se groupant, de se mécaniser. Il y a eu des membres sectionnés par la faucheuse, de mauvais coups et des chutes, les maladies aussi contractées par fatigue, des fausses couches et des naissances prématurées. Les outils étaient inadaptés aux femmes.

Une femme écrit dans ses lettres que vendanges et moissons ne sont pas à l’abandon. Mais comment accomplit-elle les travaux alors que le cheval a été réquisitionné par l’effort de guerre ? Quand trouve-t-elle le temps de s’occuper des enfants, le temps de lui écrire comme elle parle ?

Avec la guerre, le quotidien des Françaises est fortement bouleversé. Après le départ au front des hommes, elles vivent dans la peur de perdre un être qui leur est cher (époux, fils, père…). Elles sont confrontées à des difficultés matérielles et doivent s’impliquer dans la vie économique en accomplissant certaines tâches, autrefois réservées aux hommes. Des tâches parfois difficiles que les hommes ont été contraints d’abandonner (moisson, vendanges, travaux des champs…). Elles doivent maintenir l’activité des campagnes, terminer les récoltes et préparer les récoltes à venir. La majorité des femmes devaient donc « remplacer » les hommes tout en continuant d’entretenir leur foyer.

Avant la guerre, les femmes ne s’occupaient pas des récoltes, c’était le travail des hommes. Le 7 août 1914, Viviani, le président du Conseil, fait appel aux femmes pour qu’elles achèvent la moisson puis qu’elles entreprennent les travaux de l’automne.

Toutes les villageoises travaillent pour le salut de la France. Du fait de la guerre, 850 000 femmes d’exploitants, un bon tiers de celles déclarées au recensement de 1911, se trouvent à la tête de l’exploitation et 300 000 femmes d’ouvriers agricoles ont à charge une famille. Elles ont de lourdes responsabilités auxquelles elles étaient peu préparées (décider des productions, diriger la main d’œuvre, vendre), sauf sur les petites exploitations des régions pauvres qui connaissaient des migrations masculines plus importantes. En Dordogne, il y a même des cas où elles ont amélioré la valeur de l’exploitation et sont arrivées à payer des dettes antérieures à la mobilisation.

Certaines femmes travailleront dur au service des exploitants agricoles ne percevant que 2 francs par jour alors que les hommes touchent le double. Les jeunes filles s’engagent aussi comme « bonnes à tout faire » dans les châteaux, travaillent à domicile dans la confection.

Il y a cependant des femmes, qui ne pouvant assumer seules, quittent les campagnes et deviennent citadines. De paysannes, elles se font ouvrières.

Dès juillet 1914, des écoles ménagères rurales vont être créées pour former les jeunes filles.

CÔTÉ ALLEMAND

En effet, dix départements sont occupés par les Allemands partiellement. Le département des Ardennes est le seul à être totalement occupé. Les Allemands, après avoir déporté tous les hommes en âge de combattre dans des camps en Allemagne, utiliseront la main-d’œuvre féminine pour les travaux des champs en particulier : appel le matin, travail dix à douze heures par jour, couvre-feu, brimades, amendes…

LE RÔLE DES FEMMES AU FRONT ET À L'ARRIÈRE

Les femmes font partie du personnel hospitalier ou sont employées par la  Croix rouge. Il n'y a pas de femmes médecins dans les hôpitaux militaires sauf si elles se sont engagées en tant qu'infirmières. Elles sont les gardiennes du foyer et de l'éducation des enfants. Elles sont organes de l'assistance publique, sont infirmières dans les hôpitaux et maisons de convalescence, elles travaillent dans les bureaux, l'administration, les transports, etc. Les femmes sont aussi marraines de guerre et épouses, c'est-à-dire assurer le soutien moral par l'envoi de lettres et colis. Les marraines visitent aussi les hôpitaux. Mais elles sont aussi un risque d'énervement des combattants dû à l'éloignement et au décalage arrière/front. Les Poilus ressentent vite un vide affectif.

L’ARMÉE DE LA CHARITÉ

De nombreuses œuvres de charité sont créées dès novembre 1914. Le but est de venir en aide aux prisonniers. De nombreuses femmes d’élus s’y investissent : Mme Wallerstein, Mme Millerand, Barrès, Lavisse... mais aussi tous les élus meusiens réfugiés à Paris. En 1914 on se préoccupe surtout de recruter des femmes sans qualification pour travailler dans les ouvroirs et ateliers existants ou créés à cet effet pour coudre les épaulettes, réaliser des bonnets, des gants, tricoter des chaussettes. Les ouvroirs naissent dès le début de la guerre pour occuper les chômeuses. On propose à des femmes dans le besoin une assistance.

Beaucoup de femmes se dévoueront dans les hôpitaux, à l’arrière du front en Meuse et partout en France, où affluent des milliers de blessés. La Croix-Rouge jouera un grand rôle.

D’autres aspects ont été abordés : la femme dans la propagande, la femme dans l’univers du combattant, les marraines de guerre, les femmes célèbres, quelques portraits de femmes exceptionnelles, les espionnes, l’après-guerre avec le retour au foyer pour les femmes qui retrouveront leur statut d’avant-guerre, leur statut de mère et d’épouse d’autant que la France est à repeupler. Le droit de vote ne leur sera consenti qu’en 1944 par le Général de Gaulle !

CONCLUSION

En conclusion, les femmes n’ont pas hésité à s’engager pour tenter de sauver les soldats et apporter elles aussi leur soutien à la Nation. Elles ont fait preuve d’un grand courage et ont prouvé qu’elles pouvaient affronter la peur, le front et les hommes. Elles furent nombreuses à donner leur vie pour sauver celle des combattants. Pour clore, on peut dire que la guerre, affaire d’hommes, est devenue avec la Grande Guerre une affaire de femmes aussi.

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  Saint-Maurice
Fabrique de caillebotis
Lacorde Emilienne et Olivier Françoise  

 

Lacorde

 

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