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Par Angeline BOSMAHER

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Le complexe d'Eden Bellwether
de Benjamin Wood

Benjamin Wood est né en Angleterre en 1981 et vit aujourd’hui à Londres. Son premier roman a été suivi d’un second L’Écliptique qui paraît en 2017 aux Éditions Robert Laffont.

Complexe

Cambridge de nos jours…

Au cours d’une promenade, Oscar, aide-soignant dans une maison de retraite, est subjugué par le son magistral d’un orgue provenant de la chapelle de King’s College. Là, il fait connaissance avec Iris, la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont l’intérêt obsessionnel pour la musique baroque s’accompagne de conceptions étranges quant à son usage hypnotique.
Rapidement, une passion naît entre les deux jeunes gens, ce qui permet à Oscar, autodidacte sans le sou, d’intégrer le petit groupe d’étudiants de Cambridge qui gravite autour de la fratrie. Leur relation amoureuse est vite ternie par l’égo narcissique et machiavélique d’Eden au point qu’Oscar s’interroge sur sa santé mentale.
Grâce à l’un des résidents de la maison de retraite, il entre en relation avec un spécialiste des troubles de la personnalité, Herbert Crest, pour comprendre les anomalies comportementales d’Eden.
Cependant, les jours du célèbre professeur sont comptés, car il est atteint d’une tumeur au cerveau. Séduit par les thèses d’Eden qui pense posséder des pouvoirs de guérison, le malade en quête de sursis se soumet à sa thérapie musicale… La relation médecin-patient se transforme en un duel où s’affrontent l’équilibre mental de l’un et l’espérance de survie de l’autre… jusqu’au drame final. 

Pour un premier roman, il s’agit là d’un coup de maître qui fouille de façon magistrale la thématique du pouvoir thérapeutique de la musique et de l’hypnose sur la maladie et la souffrance, oppose le rationnel à l’irrationnel, les sciences aux croyances surnaturelles.
En filigrane se dessine aussi une analyse sociologique qui souligne l’antagonisme entre les étudiants prestigieux de Cambridge incarnés par le clan d’Eden et Oscar garçon très modeste. Observateur lucide, c’est par son regard que l’histoire de ce pervers narcissique nous est racontée.
L’intrigue, riche en rebondissements, entretient un suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu’au tragique dénouement. Servie par une écriture simple et belle qui joue avec brio d’un vocabulaire musical spécialisé, elle ne cesse de poser des interrogations obsédantes sur le génie, la folie, la maladie, la mort… Et surtout l’espoir, le fol espoir, car si le lecteur se laisse envoûter par Bach, Haendel et les musiciens baroques, découvrant leur étrange pouvoir thérapeutique, il aimerait tant guérir corps et âme par la musicothérapie sous hypnose.

« J’ai beaucoup écrit sur l’espoir. Ma théorie est que l’espoir est une forme de folie. Une folie bénigne, certes, mais une folie tout de même. En tant que superstition irrationnelle, miroirs brisés et compagnie, l’espoir ne se fonde sur aucune espèce de logique, ce n’est qu’un optimisme débridé dont le seul fondement est la foi en des phénomènes qui échappent à notre contrôle. »

Bref, un roman très original à découvrir sans préjugés.

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