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Par Dominique LACORDE

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Les femmes pendant la Grande Guerre
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L’inauguration à Verdun du monument en hommage aux femmes de la guerre de 14-18 et de 39-45 a été l’occasion de préparer un article sur le thème des « Femmes durant la guerre de 14-18 ». De nombreux documents graphiques familiaux et provenant des Archives départementales de la Meuse l’ont illustré. En voici un résumé.

Avant d’aborder la situation des femmes, leur vie et leur rôle durant la Grande Guerre, il convenait de définir le contexte français et les contours de leur situation sur l’ensemble de l’Hexagone à la veille de la guerre.

LA FRANCE AVANT 1914

La France comme la Meuse est profondément rurale ; on vit dans une société rurale définie par des modes de vie presque ancestraux tant ils varient peu depuis très longtemps. Le village vit pratiquement en autarcie. La vie courante est celle de la campagne de l’époque : aucune mécanisation, de nombreux d’artisans, peu de communications, pas d’adduction d’eau ni d’électricité, une vie économique fondée essentiellement sur l’agriculture. Dans le village on trouve tous les métiers de base. Les cantons français se dépeuplent déjà depuis 1830, petit à petit. Quelques rentiers peuplent les villages, propriétaires des terres et quelques petits notables ou bourgeois vivent dans les villes. Le curé, le maire et l’instituteur sont les référents du village.

Le travail des femmes existait avant la guerre : c'était très souvent un travail non salarié dans la société rurale. Les paysannes, les boulangères, les épicières... aidaient leur mari au travail. Dans le secteur urbain, c'était très souvent un travail de domesticité, les bonnes ainsi qu'une activité textile, les tisseuses. Certaines femmes étaient salariées, comme les institutrices par exemple. Avec la guerre, la main-d'œuvre féminine salariée va croitre dans tous les secteurs de la vie économique et dans l'industrie de guerre en particulier.

Malgré les conflits, dans certains villages, dus à la séparation des Églises et de l’État en 1905, la foi occupe encore une grande place dans les campagnes. Chaque village fête son patron avec processions et cortège de musiciens, la fête des Mais, le 14 juillet…

Néanmoins à la veille de la guerre, s’esquissent des changements dans la condition des femmes françaises dus aux luttes des femmes elles-mêmes, à un mouvement féministe très fort avec la Ligue française pour le droit des femmes, l’Union fraternelle des femmes, l’union française pour le suffrage des femmes, le Conseil national des femmes françaises (100 000 adhérentes). De plus en plus de jeunes bourgeoises refusent le code de conduite et le statut qui leur est imposé et la vie de leurs mères. La femme n’a en effet aucun droit et elle dépend totalement de son mari. Elle n’a pas le droit de vote.

LA BELLE ÉPOQUE

En ce début du XXe siècle, l’image de la femme évolue. Jusqu’à la guerre, la France vit la Belle époque. Ce terme recouvre après la guerre de 1870, l’essor rapide de la France dans tous les domaines : transports, voies ferrées, industrie, banques, arts, habillement. Et pourtant les idées politiques, les idéologies s’affrontent et des mouvements sociaux agitent la société : l’affaire  Dreyfus, la séparation des Églises et de l’État, Barrès le porte-parole du nationalisme, Jaurès, le porte-parole du socialisme et de la paix. La société se laïcise. La guerre de ce fait sera un moyen de retourner à la foi. Le retour des nombreux religieux exilés revenant pour défendre la France soit comme aumôniers soit comme combattants changera le climat de la France.

L’UNION SACRÉE

L’union sacrée est décrétée par Poincaré à la Chambre dès le 4 août 1914. Elle est effective dans toutes les couches politiques françaises. Les sociétés de secours et de bienfaisance, les syndicats, l’Action française autour de Charles Maurras, la Société Saint-Vincent-de-Paul... recueillent des fonds pour secourir les détresses et subventionner les œuvres nées essentiellement de la sollicitude féminine. Servir devient le mot d’ordre de la bourgeoisie française qui se retrouve en première ligne de l’aide et du secours. Les féministes de même s’enrôlent sous la bannière de la Patrie et mettent de côté leurs revendications sans les renier.

VICTIMES DANS LES RÉGIONS ENVAHIES : ÉVACUÉES ET RAPATRIÉES

En 1914, la réputation de cruauté qui précède les Allemands fait fuir les civils réfugiés belges et français. La peur de l’envahisseur pour beaucoup est plus forte que celle de l’inconnu et du déracinement. Beaucoup cependant préfèrent rester confiants en l’armée française ou sont incapables de quitter leurs biens et leurs bêtes. Les Allemands sont des barbares comme on les surnomme : incendies, pillages, exécutions sommaires, prise d’otages, déportation en masse d’hommes, viols. De nombreux hommes et femmes sont aussi déportés en Allemagne.

LA MOBILISATION DES FEMMES DANS L’EFFORT DE GUERRE ET L’AGRICULTURE

La guerre a besoin du concours des femmes. Le pays ne peut se contenter de vivre sur ses stocks industriels et d’armement. 35% seulement de la main-d’œuvre travaille. 40% sont en chômage. La moitié des établissements industriels est fermée. 25% de la population active est mobilisée. En quatre années, plus de 60% des actifs seront mobilisés. 6% du territoire national sont occupés par les Allemands, dont des parties industrielles importantes comme le Nord et l’Est qui pourvoient à la production totale du charbon, du fer, de la fonte et de l’acier français.

La mobilisation des ouvrières est bien plus tardive que celle des paysannes, pas avant la fin de l'année 1915, dans un contexte bien différent. Elles seront 400 000 fin 1917, début 1918, à l'apogée de la mobilisation féminine, alors que l'ensemble du personnel féminin du commerce et de l'industrie dépasse de 20 % son niveau d'avant-guerre. Pour la Meuse, côté français, la question du manque de main-d’œuvre dans l’agriculture ne se posera pas du fait du grand afflux de réfugiés du Nord vers le Sud meusien.

Elles seront infirmières, fermières, ouvrières, poinçonneuses dans les tramways, taxis, factrices, « munitionnettes » dans les usines d’armement... La fourniture de munitions se révèle rapidement inférieure aux besoins. Des usines vont devoir être transformées pour de la production de guerre et d’armement : Renault, Schneider... Le besoin de main-d’œuvre féminine coïncide avec la nécessité où se trouvent de nombreuses femmes privées du soutien de leurs hommes de se procurer des ressources. L’attribution d’allocations n’est accordée qu’aux femmes nécessiteuses et encore beaucoup la refusent sous prétexte d’effort patriotique. Mais le peu qui est accordé permet à certaines familles de survivre. Certaines grosses entreprises comme Michelin et beaucoup d’autres font œuvre philanthropique en versant des indemnités aux épouses d’ouvriers partis au front ou en embauchant immédiatement ces épouses.

(Les photographies peuvent être agrandies d'un clic)

Gesnes commando mauvaises herbes Jouy sous les cotes
Gesnes - Commando mauvaises herbes Jouy-sous-les-Côtes

 

Lacorde

 

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