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Par Daniel DUBOURG

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La débredinoire de Saint-Menoux

        Sur la route allant de Moulins à Bourbon l’Archambault, dans l’Allier, vous passez dans le joli village de Saint-Menoux. Dans la vieille église, vous découvrez la débredinoire signalée à l’intersection par une pancarte. Ça interpelle forcément, une débredinoire, surtout quand on ne sait pas de quoi il s’agit. Il s’agit d’un bel et ancien édifice, tout en pierre, assez semblable à un sarcophage, mais placé à hauteur d’homme. Nécessaire, indispensable…
       Au VIIe siècle, selon la légende, un prélat probablement d'origine irlandaise, dénommé Menulphe, supposément évêque de Quimper, de retour d'un pèlerinage à Rome, passe par le village, alors nommé Mailly-sur-Rose. Malade, il s'y installe et sa réputation de faiseur de miracles, se répand bien vite. Durant son séjour, il s'attache les services du simple d'esprit du village, un certain Blaise. À la mort de son protecteur, Blaise refuse de le quitter et se couche sur son sarcophage. Finalement, il peut continuer à honorer la dépouille de l'évêque en passant sa tête dans son sarcophage, grâce à un orifice percé avec le concours du curé.

       Débredinoire… Débredinoire… Il doit y avoir une relation avec le mot « bredin ». Bredin : simple d’esprit…

       À cette époque assez éloignée de nous, somme toute, la débredinoire était un outil thérapeutique censé remettre en place un esprit perturbé. Tout un programme. On ne sait rien de la nature exacte de la perturbation dont pouvaient être affectés ceux qui venaient passer la tête dans le trou du sarcophage épiscopal. L’essentiel était dans le résultat découlant de l’opération.
       À cette époque où le mot psychothérapie était loin d’exister, la débredinoire remplissait a priori le rôle du thérapeute de la nôtre. Moins coûteux, en ce Moyen-âge dépourvu de sécurité sociale.

       Maintenant, quelle était alors la nature des idées à remettre en place et à quels critères fallait-il satisfaire pour être guéri ?  Autant de questions d’importance.
       La « fameuse » débredinoire était aussi « le fameux » débredinoire, ce qui autorisait d'abondantes guérisons dans les deux genres ! Le mode d’emploi, des plus élémentaires, permettait ainsi une utilisation optimale.
       L’appareil est-il encore efficace, de nos jours ? Chacun peut, avec ou sans risques encourus, passer la tête dans l’orifice ménagé sur un côté du sarcophage. Mais, gare à ne pas toucher les bords du trou en y passant la tête, car la légende veut que celui qui le ferait récupère toute la folie, accumulée dans la pierre, de ceux qui sont passés avant lui. Libre à chacun de tenter d’imaginer la charge pesant sur n’importe quel congénère maladroit qui s’y serait essayé.
       Bien des années après avoir visité l’église romane de Saint-Menoux, en me prêtant à l’exercice de remise en place des idées, en simple d’esprit que je pensais être, je reste songeur. Mes idées sont-elles « bien en place » ?

    En même temps, j’ai le net sentiment que bon nombre de mes semblables, anonymes ou célèbres, ont dû toucher le bord du trou, par mégarde, bien sûr. Enfin, certains des nôtres, pas forcément simples d’esprit, devraient rapidement programmer un voyage à Saint-Menoux. Pour en être convaincu, il suffit de voir comment va la planète.

Dubourg

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