Janvier 2018

Jeuxdemots

Par Daniel DUBOURG

Dubourg daniel 3

Culottes

Le propos qui suit fait logiquement suite au précédent, d’autant qu’il le suit. Implacable. Dès l’entrée dans le vif du sujet, on ne peut qu’immédiatement remarquer que « cul » et « culotte » sont indissociables, puisque, possédant le même fondement, car issus du même mot, bien plus que « cul » et « chemise », affichant, eux, si l’on peut dire, une réelle intimité qui s’est forgée au fil du temps à l’aide de l’image que ces deux attributs font naître. En effet, ils collent si bien l’un à l’autre qu’ils finissent par se ressembler et se fondre, comme par mimétisme. On ne peut évoquer l’un sans que l’autre vous vienne immédiatement à l’esprit. Cette évidence culturellement constatée a donné lieu, voici très longtemps, à une reconnaissance officialisée par l’arrêt d’Éphèse, en l’an 738 ou quelque chose comme ça.

Sans doute pour ces raisons, aussi, « culotte » a vu son cercle familial s’agrandir grâce à l’arrivée d’un certain nombre de mots dotés de la même empreinte ADN. C’est bien ce que nous allons voir à présent.

Qui n’a pas usé sa culotte sur les bancs de l’école ? Qui n’a jamais pris une déculottée, n’a jamais connu de défaite sportive ou politique vous laissant à la traîne derrière un rival ou des rivaux(rivales) sous-estimés(es) et, ce jour-là, inaccessibles ? Il s’agit là d’une sévère correction assimilable à la « bonne » fessée, sanction heureusement d’un autre temps (du moins, je l’espère !) qui faisait autrefois office de pratique « éducative » dont le donneur ne soupçonnait sans doute pas la nature humiliante, car il était tout à son plaisir en se vengeant ainsi sur le receveur qui n’en pensait pas le moindre bien.  On raconte que bon nombre de victimes parvenaient parfois à rembourrer leur culotte de paille ou à y glisser un cahier pour atténuer la douleur. Pas question de dictionnaire, objet trop épais ne permettant pas de tromper l’adversaire, d’autant que le son produit par la baguette ou la main révèle d’office sa présence.

Il est intéressant de noter aussi que la gent féminine utilise très tôt la petite culotte qui ne change pas de nom, quelle que soit sa taille (à la fois celle de l’objet et de la personne). Ce qui paraît certain, c’est que la femme hottentote et Lucie n’en portaient pas. Mais ai-je vraiment raison ? Vu l’époque, elles devaient être rudimentaires, même si tous les homos qui se sont succédé ont fait montre en tous domaines de talents étonnants trop longtemps ignorés.

J’imagine l’embarras que pourraient éprouver bon nombre d’entre nous auxquels on demanderait de définir le mot « stéatomérie ». Il s’agit tout bonnement de la fameuse culotte de cheval, qui est loin d’être, nous le savons, un accessoire de mode envié des dames !

Et que dire des sans-culottes qui ont inscrit douloureusement leur nom dans l’histoire de notre pays ? Marquaient-ils leurs adversaires à la culotte afin de les contrôler toujours pour qu’ils ne s’échappent jamais ? Nous pouvons en douter, puisque leurs rencontres sanglantes se réglaient à coups de canon dans le pire des cas, souvent à coups d’escopette ou à l’arme blanche. À l'époque, il n’y avait pas de compétitions sportives telles que nous les connaissons de nos jours. Et nos sans-culottes avaient d’autres préoccupations que de se grouper par paquets de onze individus pour courir comme des dératés derrière un ballon et gagner des salaires somptuaires, ce qui aurait correspondu à d’énormes boisseaux de sel, à la Révolution. Une « misère » ne permettant de rouler carrosse. À l’époque encore, les combats embryonnaires pour la survie du peuple n’étaient qu’une pâle préfiguration de ceux qui allaient marquer la révolution industrielle dévoilant « l’effet salaire ».

C’est donc du monde du ballon rond, autrement dit du football, que nous vient l’expression « marquer à la culotte ». Plus tard, on a pratiqué ce marquage dans des sports, tels que le basket-ball et le hand-ball, se jouant sur une surface assez réduite et dans lesquels les adversaires se trouvent en permanence dans un quasi-corps à corps, en tout cas, sans cesse très proches et en contact. Fréquentes ont donc été les occasions de tricher, pour un défenseur qui voit son adversaire attaquant hériter d’un ballon prêt à partir au fond des filets. Quoi de plus simple alors, que de retenir le porteur dudit ballon, en le retenant discrètement par les coutures du short, à l’amorce de son élévation verticale, au beau milieu des défenseurs ? L’efficacité est garantie, car personne ne voit rien, même l’arbitre le plus avisé. Le joueur lâche le ballon vite fait pour empêcher ou retarder la déculottée, s’il en est encore temps !

De nos jours, bien des culottes sont marquées, tant la griffe semble être un signe de notoriété, au moins de distinction, sur le plan social. La publicité de nos hommes-sandwiches a donc quitté le dos et l’abdomen pour descendre au niveau de la ceinture. On attend l’échelon suivant, où la marque, imprimée en plus petits caractères (nécessité oblige), sera lue et découverte dans des circonstances que je vous laisse le soin d’imaginer. Et nous ne comptons pas ceux qui sont susceptibles de nous fournir bien involontairement et de façon inattendue quelques éléments de lecture, parce qu’ils arriment très sommairement leur culotte, au point de la perdre.
Enfin, ne serait-il pas judicieux de marquer certains individus au chéquier et au compte à chiffres, plutôt qu’à la culotte ?

Impossible de clore ce propos sans évoquer quelques proverbes toujours forts imagés, qui en disent long sur cet incontournable vêtement.

Plus grande est la culotte, plus l’homme est fort : la taille de cet habit induit une relation directement quantifiable entre la surface de tissu utilisée et la puissance supposée de celui qui le porte. Un homme, en plus. C’est à ce niveau-là que siège la force, à n’en pas douter. Et encore, nous n’évoquerons pas toutes les hypothèses que cette image est susceptible de produire.
Il est possible également de ne rien avoir dans la culotte. À chacun alors de se demander ce qu’elle serait susceptible de contenir, si, à tout hasard, il s’y trouvait quelque chose…
Et à l’évidence, il est important pour certains de porter la culotte. Notons que ce port de culotte ne fait l’objet d’aucune discussion, d’aucune contestation particulière, lorsque c’est l’homme qui en est porteur. Par contre, rien ne va plus quand il s’agit de son épouse. Il faut croire alors qu’elle devient l’homme de la situation. En ce cas, la porte est ouverte à tous vents : on peut porter le chapeau, sa croix, la poisse, se prendre une veste, faire ceinture, mouiller le maillot ou la chemise au point d’en avoir plein les bottes.

Mais le courage s’apprend jour après jour en affrontant et en franchissant les épreuves, de façon à ne jamais faire dans sa culotte.
Ce n’est pas pour autant qu’il faut être culotté, gonflé, ni baisser la culotte, en montrant sa vulnérabilité, en subissant des humiliations ou en se montrant veule.
Enfin, question culot, il faut bien observer que celui de la pipe, de la casserole et du poêle est toujours le produit d’un échauffement intérieur, lent et progressif ayant pour vertu d’en tapisser le fond d’une substance qui va lui donner son « épaisseur » son caractère, sa personnalité, et marquer son âge par tous les services rendus.
Certains voient cela comme un retour aux fondements (ici, forcément au singulier), qu’ils interprètent comme une marque de puissance. Voilà qui ne contredira pas des propos tenus dans ce propos. J’en voudrais pour témoignage cet extrait d’une chanson de l’auteur-compositeur et interprète succulent qu’est Henri Tachan :

« Z'ont leur petit spectre dans leur culotte,
Leur petit périscope sous la flotte,
Z'ont le bâton ou la carotte,
Les z'hommes,
Et au nom de ce bout de bidoche
Qui leur pendouille sous la brioche,
Ils font des guerres, ils font des mioches,
Les z'hommes. »

Dubourg

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