Janvier 2018

Etymots

Par Monique VILLAUME

Coucou aux lecteurs des dix mots de lady Mo !

Me voici de retour dans le porte-plume avec d’autres mots, parfois plus savants, moins locaux.
Pas tout à fait avec les tits mots de lady Mo, comme l’a d’abord cru notre webmaster.
Encore moins avec des éthymots de lady Mo, que j’aurais conçus dans des vapeurs d’alcool !
Mes étymots, vous le pressentez, auront été touchés au berceau par la baguette d’une fée, la fée étymologie, celle qui nous permet de retrouver le sens caché ou même l’orthographe de bien des mots français.
Pour vous, j’en choisirai 3 par mois que j’écorcerai devant vous, pour mon plus grand plaisir.

Les Étymots de Lady Mo

Abîme. Nom masculin.

C’est ce mot dont vous ne savez jamais s’il porte un accent circonflexe !
Vers 1120, on le trouve dans le latin chrétien sous la forme : abisme, abysme et même abysmus.
Chez les Grecs, on connaît abyssus (qui donnera abyssal) de a (privatif) et bussos : le fond de la mer. En grec classique, le mot abussos veut déjà dire : dont on ne peut pas toucher le fond.
Donc, si vous parlez d’un abîme sans fond, étymologiquement, vous faites un pléonasme.
Au sens figuré, abîme exprime un degré extrême. Un abîme de bêtise=d’une bêtise sans fond.
Le verbe abîmer au sens ancien, veut dire jeter, précipiter dans un abîme, dans un gouffre.
Le français a gardé l’expression : un bateau s’est abîmé en mer, il a été précipité au fond.
Le mot s’est ensuite affaibli, pour désigner des dommages plus légers, ses synonymes sont alors, casser, déchirer, endommager. On trouve beaucoup son participe passé, abîmé.
Mais même avec un sens affaibli, le mot garde fièrement son accent circonflexe, comme beaucoup de mots qui ont perdu leur s dans leur vie : abisme>abîme, comme hostel>hôtel.
Et puis retenez cette phrase : l’accent circonflexe de la cime est tombé dans l’abîme !

Agrafe. Nom féminin.

De ce mot, retenez qu’il n’a besoin ni de 2 "G" ni de 2 "F", pour être bien accroché.
Ce mot pourrait être une altération de l’ancien français agrappe, d’après graffe, crochet, lui-même emprunté au germanique : krapfo, puis krappa en latin médiéval, qui ont fourni grappe : crampon, et les mots français agripper, grimper (pensez aux crampons), et même grippe, grippé.
Le mot s’est spécialisé en architecture : crampon, crochet soutenant des tapisseries, et en chirurgie : poser des agrafes, tandis qu’il désigne communément un petit crochet destiné à réunir deux papiers.
Agrafer, au sens de griffer, s’est employé pour accrocher un navire avec un grappin(1546).
En argot, se faire agrafer est synonyme de se faire épingler, arrêter par la police.
Attention à ce petit mot qui aurait tendance à vous cramponner, à vous mettre le grappin dessus, faites en sorte qu’il vous lâche un peu la grappe !

Albe. Adjectif.

Cet adjectif à la mode dans la poésie des années 1900 vous est peut-être totalement inconnu. Si je l’ai retenu, c’est parce qu’il a des ramifications insoupçonnées dans la langue française.
Il est emprunté au latin albus qui signifie : blanc.
Peut-être pensez-vous alors au mot albâtre, cette roche blanchâtre devenue, depuis la poésie de Clément Marot, le mot phare pour désigner la carnation des femmes. Un teint d’albâtre.
Repérez-le dans les mots albinos, albumine, albatros, dans l’album et ses pages immaculées.
Débusquez-le caché derrière sa transformation alb>aub dans des mots courants comme dans aube, aubépine, aubade ou aubier.
Dans tous ces mots, recherchez la blancheur, c’est leur point commun !

Villaume

Commentaires (1)

1. ANSELMET Fabienne lundi, 01 Janvier 2018

Bonjour Monique, Bravo pour cette nouvelle rubrique intéressante ! ( comme toutes celles de Plume d'ailleurs )Grâce à toi on en apprend un peu plus tous les jours sur ces mots que l'on utilise parfois dans nos livres sans en connaître vraiment l'origine .... Encore merci et bonne et heureuse année 2018 bises

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