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Par Jean-Luc QUÉMARD

Quemard 3

Montbras, ce château

Chateau

Certains membres de l’association participeront au cours de cette année aux soirées dites, des « Tailbras ». Celles-ci se dérouleront dans ce majestueux château de la Renaissance, sis dans le Sud meusien, à proximité de Vaucouleurs. Il est donc utile, de faire connaissance avec son histoire qui, au demeurant, intéressera certainement nos abonné(e)s.

Braz ou Bras[1], fut à l’époque médiévale un domaine enrichi d’une maison forte sur un surplomb, appelée château. Il était la propriété d’une vieille famille de Saint-Elophe, puis au début du XIVe siècle, de la famille de Bourlémont. Il ressemblait, semble-t-il, à celui de Gombervaux, situé sur la route de Void au nord-est de Vaucouleurs. Le château que l’on connaît actuellement a été construit pratiquement au même endroit, sur les vestiges de l’ancien.

Au cours de son histoire, il changera maintes fois de propriétaires. Sa construction remonte à 1598, lorsque le seigneur d’Amanty, Claude II de Verrières, dignitaire de la cour de Lorraine, et son épouse Louise de Salles, firent l’acquisition de cette propriété de Bras. Cette dernière corroborant la noble richesse des époux, c’est ainsi qu’ils entreprirent son édification. Louise décèdera en 1611, elle ne verra jamais la fin des travaux. Claude se remariera avec Julia Della Valle Mantouane venue en Lorraine à la suite de Marguerite de Gonzague, femme du Duc Henri II. C’est à cette époque que les dépendances seront réalisées et elles constituent, à ce jour, le village de Montbras. Cette petite localité abritant actuellement 16 habitants, dépourvue d’église, dépend de la paroisse voisine de Taillancourt. Cependant, le château possédait une chapelle qui fut détruite par un incendie au XVIIe siècle. Au fil du temps, des restructurations et des modifications y furent apportées, notamment par l’adjonction d’un colombier en 1773.

Ce château de style Renaissance à l’architecture militaire, construit avec les pierres des carrières de Taillancourt et de Pagny-la-Blanche-Côte, muni de mâchicoulis, de meurtrières, de fenêtres à meneaux, possède la plus belle façade des châteaux du département. En effet, sculptées dans la pierre de Savonnières, des niches à coquilles situées au rez-de-chaussée accueillent des statues dédiées aux déesses de la mythologie classique. Quant au niveau supérieur, si deux niches sont dépourvues d’œuvres d’art, deux abritent des statues du XIXe siècle. Cet édifice, conçu par un architecte italien dont le nom n’est pas certain[2], sera endommagé lors des guerres du XVIIe siècle, incendié au XVIIIe siècle, notamment lors de la révolution, dépecé au XIXe siècle. Suite à de nombreuses réparations, ce château sera modifié dans sa structure.

À l’abandon au début du XIXe siècle, perdant de sa superbe, il sera restauré à partir de 1876 sous l’impulsion de Monsieur Francis de Chanteau (1848-1882), un illustre propriétaire dont la profession d’archiviste-paléographe lui permit d’être l’auteur d’un ouvrage[3] historique et archéologique, édité en 1878, sur ce sujet. Au-dessus de la porte principale sont sculptés des écoinçons encadrant les armes de cette famille. Ces diverses détériorations qui n’ont pu être toutes effacées, sont encore visibles aujourd’hui, hélas, au grand dam de ses visiteurs.

Érigé sur un terre-plein, il domine la Meuse et est entouré de fossés défendus par des tours bastionnées, encore visibles à ce jour, munies de créneaux pourvus, à l’époque, de canonnières. Digne d’un château de la Loire, celui-ci, tout autant majestueux, n’a rien à leur envier, les bords de la Meuse étant aussi beaux que ceux de ce fleuve le plus long de France.

Aujourd’hui, c’est un lieu remarquable et de prestige en Lorraine, qui contribue à la valorisation culturelle de cette région.

Propriété de Monsieur Claude Thomas, il renaît petit à petit de ses cendres. Son riche intérieur est composé de plusieurs salons d’une grande beauté et décoré de peintures ou fresques originales dont celle figurant dans le salon dit « de Claude, en hommage à Claude II de Verrières » représentant la danse de topinanbouc. Cette dernière est vouée à six Indiens d’une tribu amérindienne du Brésil ramenés en France en 1613 pour y suivre une éducation religieuse. Ce cabinet est surmonté également d’une voûte peinte comprenant des monogrammes dédiés aux premiers propriétaires.

C'est dans ce magnifique décor que les membres de Plume seront accueillis pour leur intervention dans le cadre de "La plume au château" et les veillées d’antan...


[1] À cette époque, ce mot signifiait : marais

[2] Il pourrait s’agir de Balthasar Paderano, Ambrosio Principiano, Antonio Bergame. Ces derniers, souvent invités et attirés par la cour de Charles III, Duc de Lorraine.

[3] Ouvrage consulté parmi d’autres à la bibliothèque d’étude de Verdun.

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