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Daniel DUBOURG
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Vieux vinyles : Jean-Michel Caradec

Ils sont nombreux, les chanteurs que j'appelle « vieux vinyles », et dont les chansons ne passent plus sur les ondes : trop encombrées ? Ils ne font pas péter l'audimat ou les a-t-on déjà oubliés ?
Je viens de m'apercevoir que l'un d'eux ne serait que d'un an mon cadet. Le temps qui coule m'a laissé de lui cette image de jeunesse empreinte de poésie, de révolte et d'une certaine irrévérence propre à bousculer les trucs poussiéreux, les BCBG et autres ronds de jambe convenus.
Il a obtenu le Prix du conservatoire de Brest en 1967, celui de la jeune chanson francophone en 78 et le Grand Prix de la SACEM en 77.
Il a assuré la première de Brassens, Lama et Maxime Le Forestier… Pas si mal !

Enfin, je vous le dis, il s'agit de Jean-Michel Caradec parti en 1981, dans un accident de voiture. Son dernier 33 tours, au titre prémonitoire, s'intitule « Je pars ». Et sur la jaquette, on peut le voir, baluchon sur l'épaule, allant sur le chemin et nous adressant du regard un dernier au revoir.

J’ai été un inconditionnel de ce chanteur parti trop tôt, comme le dit la formule consacrée, et je le demeure. Souvent, il m'arrive de chanter « avec lui » sur l'une de ses belles mélodies.
Autrefois, j’ai sans cesse guetté la parution d’un nouvel album que j’écoutais en boucle sur la platine, dans un lecteur de cassettes, à la maison ou en voiture.
Toujours mélodieuse, la voix, claire et souvent haute, distille des textes forts de tendresse, où les mots eux-mêmes sont musique. Douces mélodies, chansons plus rythmées, airs enjoués. L’orchestration est toujours servie à point pour enchanter l’oreille. Poésie...
Jean-Michel (soyons familiers par amour) m’a grisé d’une palette colorée où les gris de sa mer, de son ciel de Bretagne, jouent avec les bleus de ses souvenirs d’enfance, saupoudrés du noir de jais des ardoises et du sobre des granits.

Breton, le poète-musicien s'est fait chantre de son beau pays de landes et de korrigans (Île, Ma Bretagne quand elle pleut...). « À Kernoa » (https://youtu.be/rReMXjhE15Y?t=12) nous conduit dans les terres envoûtantes de cette Bretagne mystérieuse, où les rochers soupirent d'aise sous la caresse des vents.
L'amour qu'il promenait chaque jour dans le ventre de sa guitare n'a jamais été en reste. Romantique, Caradec a murmuré des mots tendres, parfois mutins ; et la mélodie se faisait intimiste et feutrée, douce à effleurer corps et cœur (Marie, « Fifi l'oiseau » (https://youtu.be/jBGKYxPZ234?t=9), Ma petite fille de rêve, Passer la nuit avec toi...).
Dans ses chansons pour les enfants, les couleurs vives jouent avec le corail et l’or du soleil. Et toutes les mélodies sont éclaboussées des rires des mômes. « La colline aux coralines » (https://youtu.be/yqCaki0Unl4), la chanson la plus connue sans doute, en est un exemple. Mais il faut tout écouter.

Il y a aussi les mots de la révolte qui se désengluaient des pétroles visqueux de l’Amoco Cadiz pour pleurer la mer d'Iroise souillée au plus profond de son âme et les oiseaux agonisant sur plages et rochers battus par la vague écumant de colère. Sans oublier ceux nés d’espoirs avortés ou tués dans l’œuf d’un certain mois de mai oublié de beaucoup « Mai 68 » (https://youtu.be/d2BCb2Gmnes?list=RDd2BCb2Gmnes).
Là, Caradec laissait affleurer son immense sensibilité, sa douceur, ses douleurs, sans jamais un accent plaintif.

MAI 68

                         1
La branche a cru dompter ses feuilles
Mais l'arbre éclate de colère
Ce soir que montent les clameurs
Le vent a des souffles nouveaux
Au royaume de France

                         2
Le peintre est monté sur les pierres
On l'a jeté par la frontière
Je crois qu'il s'appelait Julio
Tout le monde peut pas s'appeler Pablo
Au royaume de France

                         3
Et le sang des gars de Nanterre
A fait l'amour avec la terre
Et fait fleurir les oripeaux
Le sang est couleur du drapeau
Au royaume de France

                         4
Et plus on viole la Sorbonne
Plus Sochaux ressemble à Charonne
Plus Beaujon ressemble à Dachau
Et moins nous courberons le dos
Au royaume de France

                         5
Perché sur une barricade
L'oiseau chantait sous les grenades
Son chant de folie était beau
Et fous les enfants de Rimbaud
Au royaume de France

                         6
La branche a cru dompter ses feuilles
Mais elle en portera le deuil
Et l'emportera au tombeau
L'automne fera pas de cadeau
Au royaume de France

Quelques aquarelles de la palette-kaléidoscope montrent aussi des côtés espiègles et taquins de l'artiste, comme dans « La ballade de Mac Donald » « Sitting on the canapé » ou « Le petit ramoneur » qui dit que « ça guérit du soleil, des piqûres d'abeilles, des abracadabra et des mouches angora ». Cherchez quoi...
Caradec, c'est une belle époque venant s'ajouter à la précédente, déjà riche en chanteurs de variétés, comme ils disent. Enfin, pour moi. Celle des Maxime Le Forestier, Alain Souchon, Hubert-Félix Thiéphaine, Catherine Lara, Michel Fugain, Serge Lama, Isabelle Aubrey, Jean Ferrat, Léo Ferré, Bernard Lavilliers, Anne Sylvestre, Angelo Branduardi, Michel Jonasz, Yves Simon, Gilles Vigneault, Plume la Traverse, Roger Mason, les cousins cajuns et canadiens, pour ne citer que certains des plus connus. Sûr que j'en oublie ! Mais c'est si simple de les retrouver sur internet ou dans les bacs.

Laissez-vous porter, emporter par la musique et (re)découvrez Jean-Michel Caradec avec son tube de 1974 « Ma petite fille de rêve ».

Dubourg

Commentaires (1)

1. Dominique Temmerier vendredi, 01 février 2019

Bonsoir, j'ai lu votre article sur Jean-Michel Caradec ce matin dans Plume et je vous remercie pour ce témoignage. Nolwen Leroy a repris dans l'album Folk « Ma petite fille de rêve » et son interprétation ne peut que vous plaire.
Bien cordialement ,
Dominique TEMMERIER

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