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Par Monique VILLAUME

Chaque mois, Monique vous propose le parcours et les ramifications de trois mots français courants.

Nain, nom ou adj. Vient du latin nanus, avec au féminin, nana. Donc lorsque vous parlez des nanas, ce n’est pas de l’argot mais du latin, nana signifiant : femme de petite taille !

Le mot nain a été attesté en français comme nom au XIIIème siècle, puis il s’adjectiva avec un sens figuré et moral dépréciatif signifiant : de peu de valeur, de considération, d’envergure. Il est utilisé dans le monde végétal, dans le sens non dépréciatif de petit. Un cèdre nain.
Au sens initial : personne de taille très inférieure à la moyenne, s’ajouta, au XIVème, avec le concept médical du nanisme, l’idée d’une morphologie pathologique. Au XXème siècle, les intéressés, ayant considéré cette définition comme humiliante, ont souhaité être nommés personnes de petite taille. Dès 1938, on connaît le jeu du nain jaune. A côté des humains, les nains désignent des personnages mythiques. Dans les contes celtes ou germaniques, ils sont souvent dévolus à la garde de trésors cachés dans les mines. Les plus récents nains de jardin représentaient initialement les nains de contes allemands traditionnels.
Depuis 1980, nain est devenu un adjectif ou un nom négatif voisin de nul, de bouffon. Il exprime le mépris à l’égard d’une personne ayant commis un acte jugé bas, mesquin. Avec quelques nuances, on se retrouve trois siècles en arrière ! Voilà un nom difficile à porter !

Nez, nom. Issu du latin nasus, organe de l’olfaction, et par métonymie, sens de l’odorat.

Comme les autres organes des sens, le nez a donné lieu à de nombreuses locutions, attestées aux dates ci- dessous.
Pendre au nez, XIIIème siècle, menacer. Ça lui pend au nez.
Tirer les vers du nez de quelqu’un, fin XVème, le faire parler malgré lui.
Se faire mener par le bout du nez, 1559, obéir à tous les désirs de quelqu’un, auquel répondit la locution mener quelqu’un par le bout du nez, 1808.
La longueur du nez a permis des locutions comme pied de nez, 1640, pied étant une unité de mesure, ou à vue de nez, 1821. Notez l’humour décapant de cette dernière.
Se piquer le nez ou avoir un verre dans le nez, dans le domaine de l’alcoolisme, 1934.
On peut avoir le nez fin ou le nez creux, lorsqu’on pressent, pré-sent, que l’on est perspicace. Se manger le nez, 1857, ou se bouffer le nez, récent, se disputer.
Dès le XVIème, on  trouve beaucoup d’expressions où nez signifie, visage, voire personne. Fourrer son nez quelque part, nez à nez, 1660, fermer la porte au nez (d’une personne), 1579.
Beaucoup font référence à l’odorat, comme dans avoir du nez ou avoir dans le nez, ne pas pouvoir sentir quelqu’un !

Piquer du nez s’utilise aussi bien en mer et en aéronautique, 1911, que dans l’usage commun, s’endormir, la tête en avant.

Niche. Le nom niche serait apparu après le verbe nicher, faire son nid, dont il serait le déverbal. Le mot est resté longtemps un terme d’architecture, désignant un renfoncement dans une surface pour abriter une statue, un objet spécial, ou même un meuble. C’est vers 1700 qu’ il prend le sens de petite cabane pour chien, et de là, le sens familier de refuge. L’idée de cavité dans un pan vertical vaut aussi bien pour un abri naturel dans une roche que pour une cavité creusée dans un mur, et ceci jusqu’à notre siècle. Nous utilisons aujourd’hui ce mot dans le sens de cachette, en retrait de ce qui est visible, pour l’écologie ou la fiscalité !  
Ā noter que les mots niche, nichée, nicher et nid ont beaucoup interféré dans le passé, nid venant de nidus : nid d’oiseaux, créant par métonymie, nichée : participe passé du verbe nicher substantivé pour désigner l’ensemble des oisillons. Nichon, quant à lui, vient de ce que les seins sont nichés dans le corsage ou que le nourrisson se niche contre sa poitrine maternelle.

Les insolites des étymots en un clin d’œil.

Nabab. En1780, personne ayant fait fortune aux Indes. Puis, personne riche vivant avec faste. Nabot, probablement forme dénasalisée de nimbot, 1549, ou nain bot, issu de nain et de bot
Nanan, mot familier venant de la répétition enfantine de nam (miam) : du nanan c’est très bon.
Nanar ou Nanard. En argot, vieillerie sans valeur. Mauvais film.
Nano. Préfixe d’usage actuel. Nanoseconde, Nanoparticule. Très petit.
Nécro, nécrose, nécrologie, nécropole. Elément formant d’un mot induisant l’idée de mort.
Négro, implique l’idée de race. L’ensemble des noirs a rejeté le nom négro, jugé insultant.

La lettre N semble prédisposer à la répétition enfantine : Nain-nain, Nanan, Nounours... 
O
u familière, et elle concerne souvent les femmes : Nana, Nénette, Nounou :-)

Villaume

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