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Par Daniel DUBOURG

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Fait main

« Il y a loin de la coupe aux lèvres » a-t-on coutume de dire lorsque le temps est long entre le désir et sa satisfaction.

Les Homo sapiens que nous sommes mesurent-ils la complexité de l'équipement qui nous permet, en une fraction de seconde, d'accomplir chaque geste pensé ou automatique, et la vitesse à laquelle l'information parvient de notre cerveau à notre main, pour accomplir une foule considérable de mouvements dirigés dans un objectif précis ?

Qui n'est pas admiratif devant un travail manuel, du plus simple au plus complexe, pourtant accompli avec une certaine maîtrise, voire une maîtrise certaine, lorsque son acteur a exercé son art, maintes fois, afin que le geste semble facile au point qu'on le pense automatique ?

Nos vieilles civilisations n'ont pas toujours donné la place qui lui revient au travail manuel, souvent délaissé et même méprisé au détriment d'apprentissages théoriques conduisant à des diplômes valorisants, souvent générateurs d'un réel mieux-être matériel et d'une plus grande considération sociale.

Telle qu'elle était conçue (et encore maintenant ?), l'école a largement attribué sa préférence aux matières théoriques, sans pour autant donner, dès le plus jeune âge, les moyens d'exercer manuellement ses talents. Ainsi, et sans entrer dans les détails, bon nombre d'élèves se sont un jour retrouvés en difficulté et ont été dirigés vers des filières manuelles, seules destinations d'un manque de réussite. Les choses ont-elles réellement changé ?

L'homme du XXIe siècle semble cependant plus soucieux de réconcilier intellectuel et manuel. Il commence à accepter que les deux ne vont pas l'un sans l'autre, dans une complémentarité sans cesse démontrée, même si, socialement et économiquement, les différences restent marquées. On conçoit mal la réalisation d'actes manuels sans intelligence.

Mais arrêtons-nous à la main, ce merveilleux et irremplaçable outil dont nous sommes pourvus et dont l'absence ou le dysfonctionnement, même temporaires sont ressentis comme un réel handicap.

Privés de l'une d'elles, nous devons apprendre de nouveaux fonctionnements et nous réadapter, trouver de nouveaux gestes pour des tâches élémentaires qu'il faut accomplir avec l'autre main « qui ne sait pas faire grand-chose ». Nous devons partiellement nous reprogrammer et, de ce fait, par un feed-back étonnant, nous recevons des informations que nous devons prendre en compte et qui ont parfois des incidences inattendues sur nos pensées et notre comportement global. À ce moment-là, peut-être, quand le « bon geste » fait défaut, nous pensons à l'habileté de la couturière sur sa machine, à la précision du coup de maillet sur le ciseau du tailleur de pierre, à la maîtrise du souffleur de verre qui joue comme un jongleur avec l'air et le feu.

Mais revenons à cette main polyvalente et adaptable à une infinité de fonctions. Imaginons-la, ne serait-ce qu'un instant, dépourvue d'un seul de ses doigts. Il m'arrive de revoir en pensée ces nombreux robots articulés œuvrant dans les chaînes de montage des automobiles. Tout n'est que bras, mains et doigts créés par la technologie humaine. Mais la similitude me paraît saisissante.

Un pouce n'est rien sans son index de voisin. Et l'inverse est tout aussi vrai. C'est sans doute une banalité, mais chaque doigt est complémentaire des quatre autres, dans des rôles variant en fonction des tâches à effectuer. Et puis, par un incessant va-et-vient de la tête à la main, on voit bien que beaucoup de choses se mettent en mouvement pour concourir à une réalisation, quelle qu'elle soit.

Cette main, à la regarder, à la voir agir, deux mots me viennent à l'esprit : solidarité et complémentarité. C'est une image forte, peut-être utopique, que d'imaginer les hommes unis comme les cinq doigts de la main. Une synchronisation, une harmonie sont-elles à trouver ? Pas forcément au moyen de grands calculs…

De plus, il se trouve que nous avons deux mains. Allez ! À demain !

Dubourg

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