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Par Serge BEYER

Beyer serge 2

Si...

Cette ombre bleuissant sur l’ocre des déserts
L’ultime méharée au safran de la dune,
Et ce khôl soulignant l’aube de l’univers
Pour guider en tes yeux la barque de Neptune.

Ces fiers oiseaux criards déchirant les hivers,
Brodant tous les brouillards pour en parer nos lunes,
Cette brune pythie immolant mes travers,
Gravant sur notre peau le secret de nos runes.

Les alizés froissant la soie de mes silences,
Murmurant aux lagons nos rêves d’indécences
Et les brûlants parfums des corsages ouverts.

Ces doigts échevelant les harpes de l’écume,
Abritant nos baisers loin du jusant pervers
D’une Odyssée ourlée aux franges d’une plume...

Si c’était Toi ?

Un ancien texte que j’ai beaucoup retouché. On reste toujours un peu  « commençant », et c’est tant  mieux ! Ne m’en voulez-pas pour le « e » de soie qui est suivi par une consonne... mais c’est voulu. Il est vrai que j’aurais pu écrire « froissant leur soie à mes silences », mais ce sont bien de mes silences dont je parle, et de leur soie, alors... je n’ai pas fait cette concession à la prosodie classique. Il faut parfois être un peu rebelle...

Beyer

Commentaires (11)

serge beyer
  • 1. serge beyer | lundi, 11 février 2019
Quel bonheur en effet. Que dire de plus que Merci ?
J'vous adore! J'vous like ! En fait, je suis surtout ravi de savoir, qu’au-delà des savoureux échanges techniques, j'ai pu partager avec vous l'instant d'un voyage, d'une émotion, d'une image, d'un rêve... Emmener le lecteur ailleurs, avec des mots posés autrement, en les faisant saigner, rire, chanter, pleurer, espérer, voler, vivre, en leur confiant un peu ou beaucoup de nous-mêmes, n'est-ce pas un des buts de la poésie, ou de ceux qui, grâce à elle, ne se taisent pas.
Villaume Monique
  • 2. Villaume Monique | lundi, 11 février 2019
Quel bonheur que cette discussion et ces commentaires, merci Serge de les avoir provoqués !
STOCK CHRISTINE
  • 3. STOCK CHRISTINE | lundi, 11 février 2019
Je n'ai pas assez de connaissances en matière de poésie pour t'écrire autant que Zaz, Monique et.... mais j'ai beaucoup aimé voyager avec ton sonnet. Bravo et merci
Soizic
  • 4. Soizic | dimanche, 10 février 2019
Merci pour ce poème. Chaque strophe fait naître un paysage différent, qui lui est propre; le désert, bien sûr, en ouverture... mais plus loin, passe l'évocation de "lagons"; après le cri d'oiseaux dans l'hiver, comme si on était alors sous des cieux plus gris. Et comment ne pas penser à l'océan, dans le dernier tercet? Quatre atmosphères en si peu de vers! Et l'esquisse d'un espace intérieur en coda...!
MORIN
  • 5. MORIN | samedi, 09 février 2019
Merci encore Serge pour cette magnifique poésie...que je reconnais avec tant de plaisir.
Vers classiques, néo-classiques, libres ou libérés, le "e" de soie ne m'a pas choquée, je suis assez ignorante des règles de la poésie, mais ce que je sais, c'est que j'aime !
Continuez à nous enchanter s'il vous plaît.
Zaz Chalumeau
  • 6. Zaz Chalumeau (site web) | samedi, 02 février 2019
En fait, même si j'ai une nette préférence pour les vers classiques, je n'ai rien contre la poésie néo-classique ou même libre en tant que telle ; j'en connais d'ailleurs de très beaux, qui m'ont beaucoup émue. J'ai moi-même commis quelques vers libres, mais je dois dire que j'ai toujours une petite insatisfaction... car il m'est difficile d'oublier les règles de la prosodie, si bien que mes vers libres ou néo ne sont que de mauvais vers classiques !
Ce qui m'énerve en revanche, ce sont ces poètes qui pensent écrire des vers classiques et se gargarisent du mot "alexandrins" alors que leurs vers sont boiteux de toutes parts quand ils ne comptent pas 11 ou 13 voire 14 pieds ! Et quand ils déclarent que l'alexandrin leur vient tout seul sous la plume, sans une rature, j'ai du mal à ne pas exploser ! Car ceux qui maîtrisent la prosodie savent bien que parfois la bête est récalcitrante et qu'il faut beaucoup raturer et chercher le mot juste pour que l'alexandrin soit parfait.
Voilà ! c'était mon p'tit coup de gueule du jour !
En tout cas, mon cher Serge, ne nous prive pas de ta poésie, qu'elle soit classique, néo ou libre, car elle est toujours magnifique !
serge beyer
  • 7. serge beyer | samedi, 02 février 2019
Merci à vous Isabelle, Claudio, Monique et Dominique d'avoir pris soin de laisser un commentaire sous cet ancien poème. Ah ! Bande de chenapans, pour certains, vous étiez déjà prêts à sortir vos L.B.D ! ( sourires ! ) Ce fameux "e" muet ne vous a pas laissé sans voix, et c'est tant mieux, car cet échange me plait bien !
De plus, je sais désormais que je serai "pardonné" quand je partagerai des vers néoclassiques ou libérés... À bientôt !
Dominique Temmerier
  • 8. Dominique Temmerier | vendredi, 01 février 2019
Magnifique poème qui a illuminé cette journée d’hiver grise et pluvieuse. Merci pour ton talent .
Et Merci de m’instruire Serge ; Prosodie ; Runes.
Villaume Monique
  • 9. Villaume Monique | vendredi, 01 février 2019
J’aime beaucoup ce poème et cette discussion d’experts. Je suis parfois contente quand, par déformation professionnelle, mon oreille s’accommode de quelques rebellions dans la poésie classique. En orthophonie, on oralise tout, et la soie de tes silences, Serge, passe très bien. Je me situe à mi-chemin, ayant écrit un “jusques aux cieux” dont beaucoup s’étonnent, mais dont je n’aimerais pas qu’il s’entende jusqu’aux cieux... Je viens de composer un poème pour un marque-page où la règle est tout orale, avec élisions apostrophées, qui donne, paraît-il, du rythme et un p’tit air “djeun”, voulu comme tel. Mais l’important est de savoir dans quel registre on se situe au moment où l’on écrit. Coucou à toi, Zaz
Claudio Boaretto
  • 10. Claudio Boaretto | vendredi, 01 février 2019
Même réflexe que la Zaz et je m'étais dit, lisant le reste du sonnet, je ne ferai pas la remarque, bien m'en a pris en lisant ton commentaire à la fin...
Ton sonnet est superbe, bravo Serge, ça fait du bien de te lire...
Zaz Chalumeau
  • 11. Zaz Chalumeau (site web) | vendredi, 01 février 2019
Tu me connais, ce "e" de soie m'a fait violemment sursauter, mais je l'avais accepté avant même de lire ton explication, connaissant ta rigueur en prosodie. Je savais que ce n'était pas une erreur due à la négligence ou pire à l'ignorance, mais une décision du poète de passer outre la sacro sainte règle au profit du sens. Et tu as bien fait ! Les plus grands poètes classiques se sont autorisés des licences parce que justement ils maîtrisaient tellement les règles de la prosodie qu'ils pouvaient s'en affranchir.
Bravo à toi pour ce superbe poème que je crois avoir déjà lu ailleurs...

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