Prot edith 313 inconnu t22024

Par Édith PROT

Jean-Baptiste MARTINET

Contrairement à une idée bien ancrée, même chez les Meusiens, les habitants de ce beau département (eh oui, j’ose le proclamer, les Meusiens ont un beau département !) ne sont pas des ruraux casaniers. Le Meusien s’exporte ! J’en ai retrouvé partout, de Madère aux Philippines en passant par le Pakistan. J’en vois qui sourient… et pourquoi pas en Chine ? Raté ! J’en ai trouvé un !

Jean-Baptiste Martinet naît à Pouilly-sur-Meuse en 1844. Ses parents, d’abord ouvriers dans une usine de drap, sont devenus gardiens d’un immeuble appartenant à leur patron, et l’avenir de Jean-Baptiste semble alors (hélas) tout tracé au sein de l’usine. (À cette époque, l’ascenseur social n’a pas encore été inventé). Par chance, le patron de l’usine croit en l’éducation et soutient la mise en place d’une école dans le village. Jean-Baptiste, comme beaucoup d’autres enfants d’ouvriers, fréquente d’abord l’école maternelle tenue par des sœurs, puis l’école du village. Cela lui permet d’obtenir à quatorze ans une place dans le service de la comptabilité de l’usine. Un an plus tard, il est atteint de la fièvre typhoïde et on le croit perdu. Il en réchappe par miracle et n’a plus dès lors qu’une idée en tête : il veut devenir prêtre.

Au début, on tente de le décourager. Il est trop âgé pour entreprendre des études et ne connait pas un mot de latin. Mais le curé du village finit par être touché par sa détermination et lui donne des cours de latin pendant deux ans. Il a vingt-quatre ans lorsqu’il entre enfin au séminaire à Verdun et vingt-six quand il est ordonné prêtre en 1870.

Mais il ne souhaite pas devenir curé de campagne. Il a découvert sa véritable vocation pendant ses études : devenir missionnaire. On hésite un peu, car depuis sa maladie, il a une santé fragile, mais il obtient un poste à Singapour. Pas vraiment celui de ses rêves, car, comme on ne le sent pas suffisamment vaillant physiquement pour une tâche d’évangélisateur, on lui attribue un poste de procureur.

Un procureur, dans le jargon des missionnaires catholiques, c’est celui qui fait le lien avec les différents religieux établis dans le pays, dans le but de leur procurer ce dont ils ont besoin : livres, matériel religieux, matériaux de construction, mais aussi soutien policier et judiciaire pour obtenir réparation en cas de préjudice (comme la mise à sac d’une mission), ou soutien moral et logistique (quand il faut rapatrier un blessé grave suite à des exactions). Jean-Baptiste doit donc rapidement maitriser la langue locale pour avoir des contacts fructueux avec les autorités, qui lui vouent un grand respect et lui attribuent le nom chinois de /Ma (Mémorial). Mais surtout il doit se muscler le poignet vu le nombre de lettres qu’il doit écrire journellement pour maintenir le lien entre tous les religieux du pays, de l’évêque au simple curé, et les autorités religieuses françaises.

Martinet

Après Singapour, il occupe cette charge à Shangaï et enfin, à Hong-Kong. Il y reste dix ans, jusqu’en 1901. Il est alors atteint de si violents maux de tête qu’il doit quitter son poste et est rapatrié en France. C’est là qu’il fait un premier AVC qui le rend en partie hémiplégique. Un pèlerinage à Lourdes n’y change rien, et il préfère retourner en Chine pour y finir ses jours. Un deuxième AVC lui fait perdre partiellement la mémoire et il ne peut plus travailler. Mais, il s'en excuse en disant « heureusement que le bon Dieu tient compte de la bonne volonté ». Il s’installe alors au sanatorium de Béthanie, à Hong-Kong et après un troisième AVC, il y meurt en 1905.

Si vous avez l’occasion de vous rendre à Hong-Kong, déposez une fleur sur la tombe de ce Meusien qui aima tant la Chine qu’il demanda à y être inhumé : il repose au cimetière du monastère de Béthanie, au nord de Hong-Kong, et le site est devenu une destination touristique !

Bas retour page precedenteBas lien visite

Lectures de cette page
Visit counter For Websites

Ajouter un commentaire