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Par Édith PROT

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Casimir BONJOUR

Il en est des compétitions littéraires comme des compétitions sportives. Malheur au vaincu ! Qui se souvient du nom du deuxième une fois proclamé le nom du vainqueur ? À moins qu’il ne collectionne cette place avec une obstination perverse comme le fit un certain Raymond Poulidor, le second finit toujours par tomber dans l’oubli. Ainsi, qui se souvient que Victor Hugo ne fut élu que d’une courte tête à l’Académie française ? Et surtout face à qui ?? Un Meusien, bien sûr !

Casimir Bonjour nait à Clermont-en-Argonne en 1795. Son père, sous-officier de gendarmerie, est ensuite muté dans la ville de Reims. Casimir y fait de brillantes études au Collège des Bons-Enfants, devenu aujourd’hui Lycée de Reims puis entre à dix-huit ans à l’École normale. Il enseigne quelques mois en province puis est engagé à Paris pour diriger les études du jeune Morny, demi-frère bâtard de Napoléon III. Il enseigne encore quelques années la rhétorique au lycée Louis-le-Grand puis il abandonne l’enseignement pour  écrire des pièces de théâtre. Cependant, bien conscient que l’écriture ne nourrit pas son homme, il accepte prudemment un poste au ministère des Finances. Ses pièces connaissent un réel succès puisqu’elles sont jouées par la Comédie française (La Mère rivale en 1821, L’Éducation ou Les Deux Cousines en 1823 et Le Mari à bonne fortune en 1824). Hélas, ce succès n’est pas du goût de son supérieur hiérarchique, Monsieur Villèle, qui le licencie en 1824 au prétexte qu’il « a trop d’esprit pour travailler dans les bureaux ». Heureusement pour lui, il va bénéficier rapidement d’une modeste pension sur la liste civile de Charles X, ce qui lui évite de se retrouver à la rue. Pour s’assurer un train de vie plus confortable, il se tourne alors vers le journalisme et collabore au journal Le Constitutionnel. Il faut dire qu’il prend en effet beaucoup de temps pour peaufiner et retoucher chacune de ses œuvres (il met 10 ans à composer le Bachelier de Ségovie), on dit d’ailleurs de lui qu’il songe plus à sa réputation littéraire qu’à sa situation financière. Il produit cependant quelques pièces, dont une à caractère politique, L’épreuve électorale, qui n’a aucun succès, mais lui vaut en 1830 une proposition à un poste de préfet qu’il refuse.

Finalement, il opte pour une place de bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris où il travaille à son ambition ultime : entrer à l’Académie française. Il possède de sérieux atouts, ses comédies sont bien composées et élégamment versifiées. Il fait partie des auteurs qui luttent contre l'invasion de ce que l'on considère alors comme le mauvais goût. Ses œuvres sont pleines d'esprit et de finesse et son style est pur et châtié, si bien que comme l’écrit un de ses contemporains, une mère peut y conduire sa fille sans crainte.

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Il postule donc en 1841 et se retrouve en compétition avec Victor Hugo, qui ne le bat que de quelques voix. Il se représente plusieurs fois par la suite, mais sa chance d’obtenir un fauteuil s’amenuise à chaque fois et il finit par renoncer pour se consacrer entièrement à l’écriture jusqu’à sa mort, en 1856. Dans son testament, il demande la création au lycée de Reims où il a fait ses études, d’une bourse pour un élève peu fortuné se destinant à l’École Normale Supérieure.

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Clermont-en-Argonne a honoré la mémoire du poète en donnant son nom à une rue qui conduit à l’église de Clermont.

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